samedi 2 mars 2013

La surconsommation (Thème donnée par Malorie )



Voilà un thème des plus intéressants. Bon, comme d’habitude : aucune des informations ci-dessous n’est vérifiée, tous ces avis n’engagent que moi,  si c’est pas passé à la télé, c’est que c’est pas vrai, etc…
Ce qui me fait le plus rire dans la société de consommation actuelle, c’est comment ça a commencé.
Allez voir Century of the self d’Adam Curtis, vous allez rigoler aussi.
On a parfois l’impression qu’on a toujours pensé comme ça en tant que société, genre l’objectif principal a toujours été de s’enrichir, Noël est une tradition multi millénaire, etc.
Hé ben en fait non, du moins pas à ce point. A la fin de 2nd guerre mondiale, toutes les usines servant à fabriquer les armes sont devenues inutiles, ainsi que les gens qui travaillaient dedans, il a donc fallu les recycler pour créer des emplois et faire tourner l’économie. Malheureusement, nos ancêtres, tout primitifs qu’ils étaient n’achetaient que ce dont ils avaient besoin, donc pas grand-chose finalement.
Il a donc fallu trouver une solution pour sortir les gens de cet enfer, imaginez un peu, contents avec rien !!! Genre j’ai bien mangé, je suis au chaud, je suis content…la misère, quoi…
Alors les publicitaires ( entre autre, Edward Bernays, mon idole, le gars qui a dit :”The engineering of consent is the very essence of the democratic process, the freedom to persuade and suggest” ) se sont dit “Tiens, ce serait mieux si les gens se mettaient à acheter ce dont ils ont envie ?”.
Alors au début, il a fallu user de psychologie parce que ces braves gens avaient pas envie de grand-chose, ça consommait pas assez. Heureusement, Mr Bernays, étant le petit neveu de Freud, il touchait plutôt pas mal en manipulation.
Ils ont inventé des trucs genre « Cosmopolitan » où ils prenaient des gens célèbres en photos avec de jolis habits. Le pékin moyen s’identifiait à la star et voulait s’habiller pareil. Pour être bien sûr, des idées comme la psychologie vestimentaire sont nées : La manière dont vous vous habillez va exprimer votre moi profond et permettre aux gens qui vous entourent de savoir qui vous êtes vraiment et boum ! On laisse un peu évoluer tout ça, on étend à d’autres domaines genre tous les objets et ouf, vous avez enfin un moyen de faire savoir au monde entier qui vous êtes vraiment grâce aux conneries que vous achetez, que vous en avez pas besoin mais que ça fait super plaisir d’entendre quelqu’un dire qu’il adore votre pull.
Bon après ça c’est juste du côté consommateur, les techniques se sont affinées et continuent de le faire, la psychologie de l’acheteur a changé ( et pas forcément en bien ).
Après il y a l’autre côté : les gens ont besoin d’argent pour acheter des trucs. Il faut donc qu’ils en gagnent. Parce que, soyons honnêtes, vous travaillez pas pour vous payer à bouffer, vous travaillez pour vous payer une jolie voiture, une télé et un Iphone. Quand vous avez trop d’argent sur votre compte, vous achetez pas un sac de riz, vous achetez un écran plat.
Pour en gagner, que faire ? Ben travailler dans une boîte qui tourne bien, qui vend des services ou des biens.
Pour que la boîte tourne bien, que faire ? Ben il faut vendre beaucoup de biens et de services à beaucoup de gens.
Pour vendre beaucoup de biens et de services à beaucoup de gens, que faire ? Ben il faut les persuader d’acheter.
On va passer sur les différentes manières de faire ça. Ca évolue sans arrêt, c’est rigolo.
Donc on va pousser les gens à consommer.
Je pourrais dire que je ne mange pas de ce pain-là, tout ça, tout ça mais ce serait pas vrai. J’ai un produit à vendre, j’essaie donc de le vendre le mieux possible. J’essaie de le faire honnêtement, sans glisser de quenelles mentales de Jedi, en le mettant sur l’étalage et en expliquant ce que c’est, je les laisse décider ensuite s’ils en ont besoin ou non.
Enfin bref, toutes ces boites essaient de vendre leur trucs et les gens n’essaient même plus de pas se faire embobiner, c’est devenu normal.
On pourrait dire, tiens, on va produire le strict nécessaire, minimum d’emballage, tous les mêmes voitures ( ce qui n’empêche pas d’avoir un max d’options ), trois modèles de téléphone différents, etc…
Mais non, les boîtes doivent tourner. Pas parce que si on arrête d’acheter, elles se casseront la gueule, hein ? Pas du tout. Si on arrête d’acheter, les actionnaires toucheront moins d’argent.
La courbe du salaire moyen a arrêté de suivre la courbe des bénéfices générés depuis au moins 40 ans. Maintenant les bénéfices augmentent, le salaire reste le même.
Bon après, est-ce qu’il y a une solution à tout ça ? En gros, on pourrait dire oui, éduquer les gens et utiliser le conditionnement positif/ négatif dans l’autre sens.
Encourager ceux qui vont dans le bon sens (qui est bien entendu subjectif)  et se moquer des autres et leur mettre des coups de pieds dans les couilles.
Regardez bien la quantité d’emballages que vous balancez par jour et demandez-vous : Est-ce vraiment nécessaire ?

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samedi 2 février 2013

L'importance de la communication entre voisins



SAMEDI SOIR

Depuis son emménagement, Carl n’avait pas encore eu l’occasion de se détendre et de profiter de son nouvel appartement. Ce samedi soir était donc parfait pour se faire sa petite pendaison de crémaillère perso.
Au programme : Téléphone éteint, un bon petit plat cuisiné, le dernier film d’action américain ( beaucoup d’explosions, très peu de scénario ), puis la lecture du dernier tome de la Roue du Temps accompagné des meilleurs albums de rock psyché des années 70. Des vraies petites vacances.
Carl démarra donc son film en dégustant son poulet curry, se laissant absorber par la succession d’images qui défilait devant ses yeux.
Une fois son repas terminé, il s’allongea dans son canapé, enveloppé à la fois d’un duvet et d’un profond sentiment de satisfaction. Devant lui, une grande métropole américaine se faisait ravager par un troupeau d’hostiles extra-terrestres.
Soudain, le mur de son salon, celui qu’il partageait avec son voisin, se mit à vibrer. Trois coups sourds retentirent.
Malgré son inquiétude à l’idée que son voisin de palier puisse être atteint de troubles psychologiques, il ne fallut pas longtemps à Carl pour se replonger dans son film. Par deux fois, le phénomène se reproduisit, à intervalles réguliers.
Probablement une machine à laver, se dit-il.
Carl coupa la vidéo à l’apparition du générique et lança une play list préparée spécialement pour l’occasion. Du Doors, du Led Zeppelin, du Pink Floyd, le tout enrobé de quelques morceaux de post rock bien longs. Ce qui méritait une petite hausse du volume.
Quinze minutes plus tard, alors que Rand, accompagné d’un mix d’Aiel, d’Ashamans et d’Aes Sedai, se préparait à décimer une armée de vilains Trollocs, ce fut au tour de son sol de vibrer. Pareil. Trois fois.
Etrange. Le voisin du dessous aussi serait bon pour l’asile ? Peut-être tentait-il une nouvelle position sexuelle avec sa femme ? Que son appartement était bas de plafond ?  L’idée le fit sourire, sans l’inquiéter plus que ça.
Puis encore une fois.
Carl coupa la musique pour identifier la source du bruit, mais n’eut que du silence à interpréter…Bon…Il remit la musique.
Le sol vibra encore quelques fois pendant un morceau de Sepultura qui s’était perdu au milieu de sa sélection. Puis silence.
Puis sa sonnette retentit.
Se demandant qui pouvait bien passer chez lui à cette heure tardive, pendant sa soirée détente, qui plus est.
La sonnette retentit à nouveau.
« Oui, oui, j’arrive ! »
Carl ouvrit la porte sur son voisin, qui semblait passablement mécontent.
« Ca va pas, non ? » s’exclama Mr Portinot 
« Bonsoir…quoi ??? » Répondit Carl, interloqué…
« Ca va pas de mettre la musique aussi fort ? Ca fait au moins dix fois qu’on vous le dit ! »
« Ah bon ? Mais c’est la première fois que je vous vois ce soir. Vous avez sonné avant ? »
« Vous avez pas entendu ? Mme Flicouni a tapé contre le mur toute la soirée ! Et j’ai cassé mon balai sur le plafond ! »
« De…je…quoi ??? »
« Ca fait deux heures qu’on vous demande de baisser la musique ! »
« Encore une fois, Mr Portinot, c’est la première fois que je vous vois ce soir. »
« Les coups sur les murs, et au plafond ! C’était pour vous dire de baisser la musique ! »
« Houlà, j’ai peur de comprendre…êtes-vous en train de me dire que dans cet immeuble, la communication entre voisins se fait à travers les murs ? »
« Ben si vous tenez absolument à faire des grandes phrases, oui, c’est ça ! »
« D’accord, j’en prends note. Excusez donc pour le bruit, je ne pensais pas déranger. »
En entendant ses excuses, le voisin sembla se calmer, tentant de justifier sa perte de sang-froid.
« Ben c’est pas grave, mais vous comprenez, je travaille demain et Mme Flicouni élève seule ses enfants en bas-âge, c’est pas facile pour elle… »
« Non, non mais je comprends, je mettrais la musique moins fort la prochaine fois. Et donc, vous me confirmez donc qu’il est d’usage de communiquer avec ses voisins à travers les murs dans cet immeuble ? »
« Ben oui, c’est plus simple, dans certains cas. Bon, je vais pas vous déranger plus longtemps, j’ai une grosse journée demain… »
« Aucun problème, bonne nuit donc, Mr Portinot, et encore désolé… » Dit Carl en fermant la porte.

L’annonce de Mr Portinot venait de faire sauter une limite dans son esprit, laissant la place à une infinité de possibilités. Carl allait bien s’amuser dans son nouvel appartement.

DIMANCHE MATIN

A peine Carl avait-il ouvert les yeux que l’incident de la veille lui revint en mémoire.
Il resta quelques minutes au lit à méditer sur la situation puis se leva tranquillement, enfila un T-shirt, un pantalon et hurla à tue-tête :
« AAAH, QU’EST-CE QUE J’AI BIEN DORMI ! C’EST HALLUCINANT COMME MON NOUVEAU SOMMIER ME CHANGE LA VIE ! AVANT J’AVAIS UN VIEUX SOMMIER EN BOIS QUI ME DONNAIT MAL AU DOS, LA, C’EST LE JOUR ET LA NUIT. AH, AH, LE JOUR ET LA NUIT ! VOUS AVEZ COMPRIS ? ET J’AI MÊME PAS FAIT EXPRES ! »
Il tendit l’oreille quelques secondes, pas de réponse…puis un nouveau-né se mit à pleurer. Bon, les voisins devaient être absents.
Carl se servit un bol de cornflakes qu’il avala rapidement avant de s’allumer une cigarette. A peine fut-elle éteinte, qu’une sensation familière lui contracta l’estomac.
« Houlà, comme quoi, la bonne vieille formule ‘Corn flakes, clope, caca’ reste valide… »
Il se précipita dans les toilettes, s’assit en catastrophe et vida bruyamment ses intestins en poussant un soupir de soulagement.
Une porte claqua dans l’appartement d’à côté.
« AH BEN VOUS ETES LA ? DESOLE POUR LE BRUIT, HEIN ? CA DOIT ETRE LE POULET CURRY D’HIER QUI ETAIT PRESSE DE SORTIR ! CA ME FAIT TOUJOURS CA ! MA MERE DISAIT QUE J’AI UN DIGESTION SUPER RAPIDE ! PROBABLEMENT PAS UN TERME MEDICAL, HEIN ? AH AH ! »
« MAIS ? MAIS ? IL VA FERMER SA GUEULE, OUI ? »
Content d’avoir enfin une réponse, Carl reprit de plus belle.
«  AH , MAIS VOUS ETES PAS AU COURANT ? C’EST MR PORTINOT, IL A DIT QU’ON COMMUNIQUAIT A TRAVERS LES MURS ICI ! LA, IL DOIT ETRE AU BOULOT, IL TRAVAILLE LE DIMANCHE, VOUS SAVEZ ? CA DOIT PAS ETRE FACILE ! VOUS POURREZ LUI DEMANDER QUAND IL RENTRERA ! »
Carl passa ainsi sa journée à commenter en détail à haute voix chacune de ses actions. Les voisins semblaient apprécier sa tentative pour s’intégrer à la vie de l’immeuble et l’encourageait en lui balançant toutes sortes d’insultes.
Lorsque Mr Portinot revint de sa journée de travail, Carl essaya, sans succès, d’engager la conversation.
Il lui vint alors une idée…peut-être ne l’entendait-il pas ? Sachant qu’il entendait bien la musique, il suffit à Carl de brancher un micro sur sa chaine hifi pour amplifier sa voix. Dans un souci d’efficacité, il plaqua également les enceintes face contre le sol, histoire qu’il n’ait pas à se répéter. La communication était extrêmement importante entre voisins.
«  BONSOIR MR PORTINOT ! CA VA ? C’ETAIT PAS TROP DUR LA JOURNEE ? DESOLE POUR LES LARSENS, MES ENCEINTES NE SONT PAS DE TRES BONNE QUALITE ! JE LES AIE ACHETEES SUR INTERNET ALORS C’EST UN PEU LE BORDEL POUR LES RETOURNER ! C’EST CA LE PROBLEME AVEC LES ACHATS SUR INTERNET ! C’EST PRATIQUE MAIS DES QU’ON A UN PROBLEME… »
Le sol se mit soudain à vibrer. Trois coups qui firent trembler le vaisselier.
« AH, VOUS N’AVEZ PAS D’AMPLI ? VOUS VOULEZ FAIRE CA EN MORSE ? CA VA PAS ETRE FACILE MAIS JE VAIS ESSAYER ! JE CONNAIS JUSTE COMMENT ON FAIT SOS ! »
Il illustra ses paroles en sautant 9 fois sur le sol, trois fois rapidement, trois fois plus espacées, puis à nouveau trois rapides.
Carl alla se coucher tôt ce soir-là, car il devait partir au travail à 6h30, mais il fut satisfait de constater que personne n’était venu sonner à sa porte. Tous les messages avaient été transmis via ce moyen de communication fort pratique.

LUNDI MATIN, 6h30.

« BON, JE VAIS AU BOULOT, MOI ! PAS FACILE LE LUNDI, HEIN ? »

LUNDI SOIR

« WOW , VOUS AVEZ VU LES INFOS ? C’EST FOU, HEIN ? METTEZ LA 2 ! VOUS ETES SUR LA 2 ? »
« FERME TA GUEULE OU J’APPELLE LES FLICS ! »
« PARDON ? J’AI PAS BIEN ENTENDU ! Y A UN MUR ENTRE NOUS QUAND MEME, FAUT PARLER PLUS FORT ! »

VENDREDI SOIR

La semaine s’était déroulée sans incident particulier. Carl continuait à dialoguer régulièrement avec ses voisins, chantant des berceuses aux enfants, commentant l’état de son transit intestinal. Cette technique de commmunication était si efficace que, lorsqu’il les croisait dans les escaliers, ses voisins détournaient les yeux et ne décrochaient pas un mot. Ils n’avaient plus rien à dire. Tout avait déjà été dit. Quelle chance de partager une telle intimité avec ses voisins de paliers.
Il s’était même acheté un micro HF pour pouvoir se promener dans tout son appartement sans être embêté par le fil.
Carl se prépara un bon bain bien chaud, pour se détendre après une longue semaine de travail, commentant les furoncles à l’allure bizarre qui poussaient sur ses fesses, dans le micro, posé sur le bord de la baignoire.
Une fois son inspection terminée, il s’appuya sur le rebord de la baignoire pour attraper le livre qu’il avait posé sur le panier de linge sale.
Malheureusement, sa main mouillée glissa sur l’email, rompant son équilibre précaire. Carl virevolta et heurta violemment la baignoire de son dos. Le choc provoqua une onde de douleur fulgurante dans son corps, puis soudainement, plus rien.
Lorsqu’il reprit connaissance, Carl gisait la tête en bas, sur le sol tandis que ses jambes pendaient dans la baignoire pleine d’eau encore tiède. Son dos formait un angle bizarre. Il tenta de s’appuyer sur son coude pour se redresser, mais son bras n’obéit pas. Ni le reste de son corps d’ailleurs. Il était paralysé.
« Aie… » . Miracle ! Sa voix marchait encore ! Il pouvait appeler au secours !
« AIDEZ MOI ! »
«  JE SUIS TOMBE ! JE SUIS PARALYSE ! »
Le microphone, trop loin, tourné dans la mauvaise direction, ne le captait pas.
Carl hurla à tue-tête, décrivant sa situation, mais le volume de sa voix était faible, ses poumons comprimés par la position de son corps, qui eut été inconfortable s’il avait pu ressentir quoi que ce soit.
Il continua d’appeler au secours pendant plusieurs heures.


Vers 22h30, Mr Portinot, pris de remords décida d’aller voir ce qui se passait. Il monta les escaliers et tomba face à face avec Mme Flicouni, qui tenait son fils endormi dans ses bras. Ils se fixèrent longuement, hochèrent la tête lentement, et regagnèrent leurs appartements respectifs, sans un bruit.
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jeudi 10 janvier 2013

Réfléchissons ensemble...



Bon alors j’avoue que j’y ai déjà réfléchi un peu de mon côté…
Partons du début.

Au début, on naît. Et pis, un moment après, on meurt.
La mort, c’est la fin. Parce qu’on peut dire ce qu’on veut, personne n’en a la moindre idée de ce qui se passe après. On a des théories, des suppositions mais on n’en sait rien.
Donc entre la naissance et la mort, on a un certain laps de temps.
La question à laquelle je réfléchis et à laquelle j’aimerais bien que vous m’aidiez à trouver une ou des réponses, c’est :
Quelle est la meilleure manière d’occuper tout ce temps ?
Alors j’ai déjà regardé un peu autour de moi pour voir ce que les gens faisaient.
On peut déjà enlever tous les gens qui n’en viendront jamais à se poser cette question puisque déjà survivre les occupent à plein temps.
Pour eux, le but est juste d’arriver à la fin sans croiser un Game Over au milieu, soit parce qu’ils ont l’art de prendre de mauvaises décisions ou parce qu’ils sont dans un contexte où la tranquillité n’est pas forcément donnée.
Prenons maintenant ceux qui ont à boire, à manger et un toit, ont déjà couvert les besoins de base.
Dans ce tas-là, dont je considère faire partie, il y en a un beau paquet qui vont chercher à se poser des défis, à trouver des moyens d’occuper leur temps pour ne pas avoir à se poser cette question.
Ils vont se marier, faire des enfants, trouver un boulot qui les occupe tout le temps et rajouter des hobbies par-dessus afin de pouvoir traverser leur vie sans avoir à se demander s’ils l’ont remplie correctement. On s’en fout, elle était remplie, pas besoin de savoir de quoi.
Je ne juge pas, c’est juste pas mon truc, les enfants et tout ça… Et puis vous vous débrouillez très bien tous seuls pour perpétuer la race humaine.
Ensuite, il y a ceux qui vont essayer d’atteindre l’immortalité indirectement. En laissant une trace indélébile dans l’histoire, en laissant des enfants pour perpétuer leur mémoire, etc…
Bon. Ca me semble un peu inutile finalement puisque ça en revient à dire : « Hé, regardez, peut-être que je vais mourir, mais au moins y aura des gens pour dire mon nom quand je serais mort. ».
Oui, peut-être, mais tu seras quand même mort.
Après, on peut se dire que ça serait pas mal d’aider les autres qui galèrent à survivre pour qu’ils galèrent moins. Mais est-ce que ça ne reviendrait pas à les amener là où on est pour leur demander ou on va ensuite ?  Et pis, ça enlève un peu du piment du jeu.
Genre, c’était bien ton jeu ? Ouais, j’ai passé mon temps à essayer d’aider les autres à gagner leur partie mais j’ai pas eu le temps de finir la mienne.
Et puis y a ceux qui en sont arrivés là au prix d’efforts énormes. Et c’est un peu le problème. L’impression d’être arrivé. C’est un peu le sentiment d’essayer de redresser un avion qui bat de l’aile, d’y arriver et de mettre le tout sur pilote automatique pour que ça reparte en vrille.
Y en a d’autres qui vont le faire repartir en vrille juste pour voir s’ils arrivent à le redresser une seconde fois. C’est rigolo, ça occupe un moment.
Enfin voilà, ce que je vois pour l’instant c’est qu’on a tous un gros paquet de temps, et qu’on cherche tous un moyen de le faire passer.
Alors, on va me dire : Perds pas ton temps à te poser toutes ces questions, vit !
C’est exactement ce que je fais, figurez-vous, parce que, croyez-le ou non, je respire en même temps que j’écris tout ça. Du coup, je vis. Facile.
Après on pourrait rajouter la notion de plaisir à tout ça. On fuit la douleur et on va vers le plaisir.
Le truc, c’est que le plaisir, c’est plutôt fugace comme truc. Genre manger un bout de gâteau au chocolat, ça fait plaisir. Manger 53 kilos de gâteau au chocolat, moins.
Alors on pourrait faire un inventaire de tous les trucs qui font plaisir, les alterner, les répéter, les faire à tour de rôles pour pas tous les épuiser trop vite.
Ok. Bon. J’aime bien le côté Epicurien, je crache pas sur le plaisir quand il se présente, et je pense pas être le dernier quand il faut profiter d’un bon truc.
Mais j’ai quand même l’impression que les trucs de base s’émoussent. Un bon truc qui fait plaisir le fait un certain nombre de fois et puis un jour, pouf… c’est plus pareil.
Je suis bien conscient que le plaisir n’apporte qu’une valeur ajoutée limitée, subjective, personnelle. Quand on fait quelque chose avec plaisir, c’est facile, ça donne de l’énergie plus que ça en prend, on ne voit pas le temps passer…
C’est un peu comme ça qu’on sait si on fait des trucs bien ou pas. Je parle pas de plaisir lié à la satisfaction d’un manque ou d’un besoin mais d’un plaisir net, sans attache.
Mais les sources de plaisir se tarissent peu à peu…
Alors il faut en trouver de nouvelles. C’est là que je me dis que la nouveauté est un élément essentiel.
Quand on est gosse, tout est nouveau, y a du plaisir à chaque coin de rue. On découvre, on explore, on grandit, on avance.
Donc voilà, pour l’instant, j’en suis là. On peut garder ça et occuper son temps avec ça déjà, ça sera pas trop perdu : prendre tout ce qui fait plaisir et en profiter.
Les petits plaisirs de la vie, tout ça, machin…
Bon, et après ?
J’en suis à me dire qu’à force d’essayer d’occuper son temps avec tout et n’importe quoi, d’essayer d’oublier qu’on va mourir, on se ferme au plaisir.
On se raconte des histoires, on se dit qu’il y a quand même des obligations à avoir, des responsabilités envers la société, l’espèce humaine, tout ça. Qu’il faut faire des concessions, qu’on ne peut pas tout avoir, etc…
La vérité c’est qu’il n’y a aucune obligation. Que dalle. De toute façon, on va mourir. Un passage à autre chose final, alors pourquoi se refuser ne serait-ce que le plus infime instant de plaisir ?
On n’a signé aucun contrat, et même si on l’avait fait, il n’y a aucun contrat qui nous oblige à respecter les contrats qu’on signe.
La vie n’a aucun sens, on peut lui donner le sens qu’on veut, l’emmener dans la direction qu’on veut. On peut fuir la douleur, on peut juste se diriger vers le plaisir.
C’est ça, la liberté. Ca fait un peu peur, mais ça libère grave. Y en a peut-être qui vont lire ça, qui vont trouver ça déprimant, qui vont m’en vouloir de remettre le sens qu’ils ont décidé de donner à leur vie en question. Tant pis.
Moi je trouve ça rigolo d’en arriver là. A ce stade où il y a toujours un univers de possibilités de disponible, à ce carrefour qui n’a aucun sens sauf celui que je déciderais de lui donner.
Et en attendant de choisir ce sens, je vais me faire plaisir.
En attendant de trouver le but du jeu, je vais faire plein de petites parties de plein de jeux différents.
Mais ça m’intéresse de savoir ce que vous en pensez. Vraiment.
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samedi 8 décembre 2012

Impressions



Les arbres du parc avaient revêtu leur parure d’automne, malgré les températures dignes d’un mois de septembre. Les allées étaient bondées de Joggers, Roller skateurs, cyclistes et couples divers venus profiter de cette étendue de verdure au milieu de la ville.
Il longea le bord du lac, les yeux fixés sur une mouette qui se chamaillait avec une corneille, se demandant ce qu’on pouvait ressentir en volant.
Après quelques minutes de marche paisible, il s’assit sur le banc, à côté d’elle, comme chaque jour à cette heure-ci.

_Bonjour. De quoi veux-tu parler aujourd’hui ?

Chacune de leurs conversations commençait par cette phrase.

_Bonjour. J’ai réfléchi ce matin, et je crois que j’ai fini par l’accepter.
_Accepter quoi ?
_ Le fait que personne ne me connaitra jamais vraiment. Personne ne saura jamais qui je suis.
_Tu connais des gens pourtant, tu as bien des amis ?
_ Oui. Mais ils ne connaissent qu’une image de moi, un mélange d’expériences et d’impressions… C’est faux. Ce n’est pas moi…
_Et que veux-tu de plus ?
_ Qu’ils me laissent ma liberté d’être., ma liberté de changer…Dès que je rencontre quelqu’un, avant même de lui parler, je dois déjà surmonter une barrière de pré-jugés. C’est comme s’ils essayaient de peindre un tableau qui me représente dans leur tête. Ils sélectionnent un canevas type, par exemple, homme blanc qui porte un jean et des baskets et tentent de faire entrer tout ce qui se passe ensuite dans cette image de base.
Les femmes dessineront les hommes en se basant sur leur expérience, si elle a été positive, j’aurais une image positive, sinon je devrais me battre mon montrer qui je suis, et chacune de mes actions pourront être interprétées de manière négative…
Si je trébuche en approchant, je serais quelqu’un de maladroit. Jusqu’à ce que je prouve le contraire.
_ Et ça t’embête ?
_ Oui, enfin ça m’embêtait…J’avais l’impression de lutter sans arrêt contre ces images…Les gens s’attendent à ce qu’on se comporte en accord avec  leurs concepts…L’image de l’homme civilisé…L’image du petit ami…L’image de moi tel qu’ils m’imaginent…Tellement d’attentes, de contraintes…De déceptions et de rancune lorsqu’elles se retrouvent sans réponse. Devoir se justifier sans arrêt pour rassurer l’autre, pour lui prouver que son image n’était pas si fausse finalement…L’aider à en construire une autre…
_Ça m’a l’air….fatigant…
_Oui, le pire est que beaucoup de gens préfèrent essayer de te faire entrer dans l’image plutôt que d’ajuster l’impression par rapport à la réalité…Tellement de jugement…
_ Et tu as réussi à te libérer de ça ?
_ Pas encore, non. Mais j’ai arrêté de chercher quelqu’un qui me comprenne. Je ne réponds plus aux attentes, je les laisse voir ce qu’ils veulent en moi sans essayer de corriger leurs impressions fausses…Impression…c’est exactement ça…comme une photo prise à un instant T, rangée dans un dossier…Je suis plus qu’un simple tas de photos… Je ne lutte plus pour faire bonne impression…
_ Je sais…

Un courant d’air imperceptible décroche une feuille de platane jaunie qui entame une lente descente vers le sol. Le clapotis des vagues sur le bord du quai retentit doucement, en un rythme irrégulier ponctué par le cri des mouettes. Une petite fille pédale de toutes ses forces sur son vélo à roulettes pour suivre son père qui semble l’avoir oubliée pour quelques instants.

_ Je ne te juge pas moi, tu sais ? Reprend-elle.
_ Oui je sais… Mais chaque personne qui est passée depuis le début de notre conversation m’a jugé et s’est fait une image de moi…d’une manière ou d’une autre…
_ C’est possible… Est-ce que tu peux vraiment leur en vouloir ? Ca fait plus d’une demi-heure que tu discutes avec une statue en bronze…
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