samedi 17 mars 2012

J'ai décidé d'arrêter de fumer ( thème de Veronique )


Chaque matin, sur le chemin du boulot, je m’arrête à la boulangerie pour acheter un sandwich. Pour la pause de midi.
Et Lundi, en fouillant dans mes poches pour payer mon pan bagnat ( Vous savez ? Le pan bagnat avec thon/mais/salade/mayo…etc. , genre le repas complet entre deux tranches de pain, le truc qui déchire tout et qui fait saliver rien que d’y penser ) je me suis rendu compte que : 
  1. .  J’avais plus de clopes.  
  2.        J’avais pas assez pour acheter un pan bagnat ET des clopes.
Alors  comme tout individu sensé qui sait définir correctement ses priorités, j’ai acheté un jambon beurre pourri à 2 euros. Sur le moment, c’était la meilleure chose à faire.
Si j’avais pas mon pan bagnat :

1. J’aurais juste fait un peu la gueule en mangeant un vieux jambon beurre rassis.

Si j’avais pas mon paquet de clopes :

1.J’y aurais pensé toute la journée
2. A partir de 10-11h, j’aurais commencé à être un peu nerveux.
3. A 11h30, j’aurais fait le tour des bureaux en vain pour trouver un fumeur, de plus en plus rares en ce moment.
4. A 12h, j’aurais ingurgité mon pan bagnat et aurais probablement eu encore faim.
5. A 12h30, j’aurais engueulé quelqu’un, juste parce que ça fait du bien. Ou peut-être que je lui aurais juste parlé sur cet espèce de ton bizarre, extrêmement cassant, laissant deviner une légère envie d’entendre le bruit de crânes se brisant contre un bon mur en béton bien fait. Pas gentil, quoi.
6. A 13h, je me serais remis au boulot pour une bonne heure à commencer quelque chose, penser à autre chose, recommencer quelque chose d’autre, penser à encore autre chose, tourner en rond et paniquer parce que le travail n’avance pas, puis penser à autre chose.
7. A 15h, j’aurais été fatigué, épuisé d’avoir autant tourné en rond.

Enfin bref, j’aurais…ah…quel con…Ca me fait chier de dire bref maintenant…J’ai l’impression de faire une vieille parodie pourrie.
Donc j’ai acheté mon pan bagnat. Ce qui m’a amené à me demander pourquoi je fumais.
Ca a pas été tout seul, j’ai fini par déduire que c’était parce que j’arrêtais pas. Alors forcément après, je me suis demandé pourquoi j’arrêtais pas.
Déjà j’arrête pas parce que ça ferait trop plaisir à tous ces gens qui me disent que je devrais arrêter et si y a bien un truc que je déteste, c’est qu’on me dise ce que je dois faire. Tu peux raconter ce que tu veux, je vais t’écouter mais ensuite je ferais ce que j’ai envie.
Parce que, mine de rien, fumer c’est un choix. D’accord c’est addictif, d’accord c’est pas facile d’arrêter. Mais c’est un choix. Ma vie est sous ma responsabilité et j’en fais ce que j’en veux. Alors on pourrait dire que c’est une forme d’acte politique, d’indépendance, d’activisme et tout ça.

Seulement je sais un truc : Début 1900, les femmes ne fumaient pas. Les hommes se rejoignaient au fumoir pour partager un cigares pendant que les femmes restaient à la cuisine pour faire la vaisselle.
Puis, un beau jour, des vendeurs de tabac sont allés voir Edward Bernays, le petit neveu de Freud en lui disant : Hé dédé, tu veux pas utiliser ta nouvelle invention, les relations publiques, pour que les femmes se mettent à fumer ?
Edward, il a dit d’accord. Il a embauché une équipe de psychologues pour essayer de comprendre ce que représentait la cigarette dans l’inconscient collectif et il a découvert que la cigarette était un symbole de pouvoir, un symbole phallique ( Tout est un symbole phallique en psychologie Freudienne…).
Il a redit d’accord. Et il a organisé un petit truc. Tous les ans, il y avait une marche dans New York pour célébrer je sais plus quoi. Il a embauché un troupeau de mannequins, leur a filé des clopes et les a balancé dans le cortège en leur disant «  Allumez moi ostensiblement ces cigarettes au milieu de la foule » . Ensuite il est allé voir des reporters et il leur a dit «  les gars, vous allez pas me croire, c’est un truc de fou, y a un troupeau de gonzesses qui sont en train de fumer des clopes devant tout le monde, même pas honte. ».
Alors les reporters, ils sont allés documenter ça, pendant que Edward Bernays leur glissait à l’oreille des trucs comme « C’est marrant, c’est un peu comme si elles allumaient le flambeau de la liberté ».
Les reporters ont fait « c’est bon ça Coco, je prends » et hop, les ventes de clope ont doublé en même temps que les droits des femmes.

Et c’est marrant du coup parce que argument imparable : fais valoir ta liberté, fume ta clope. Si quelqu’un te dit, arrête, tu vas choper le cancer, on se dit lui, il en veut à ma liberté.
Comme dirait Dieudonné, là ça a glissé de la quenelle de 250 facile.

Alors en sachant ça, pourquoi j’arrête pas ? Ben parce que j’aime bien mon pays et je trouve qu’il faudrait plus de CRS, avec plus de bâtons et que les ministres sont pas assez payés. Quel rapport ?
Ben une bonne partie du prix d’un paquet de cigarettes sert à financer le gouvernement à coups de taxes et tout ça. Et, ce qui est bon, c’est qu’ils peuvent augmenter les prix comme ils veulent, les gens peuvent rien dire. La cigarette c’est pas bien, augmenter les prix va les inciter à arrêter et oh ? Tiens ? Ben ça alors, c’était pas prévu du tout mais on s’en fout plein les poches.

Imaginez un gars accro à l’héroïne ( mais qu’on soit bien d’accord, arrêter de fumer, ça a rien à voir avec arrêter l’héroïne, celui qui arrête pas la clope parce que c’est trop duuuur est une tafiole, entendons nous bien ), vous lui vendez sa drogue et chaque jour vous augmentez les prix. Et là vous allez me dire, c’est complètement con, il va aller acheter son héroïne ailleurs. C’est vrai.

Sauf que la culture du tabac est interdite en France si t’as pas un permis spécial délivré par l’état. Du coup, c’est pas comme le basilic, tu peux pas en mettre dans ton jardin. C’est rigolo, hein ?
Je suis sûr que si les gens faisaient pousser leur propre tabac, y aurait moins de cancers parce que moins de saloperies dedans. Quoiqu’ils vont continuer à respirer des pots d’échappement…
Bon je m’en fous, j’achète mes clopes au Duty Free.

Alors pourquoi j’arrête pas de fumer ?

Parce que ça me ferait grossir ? Ben non, je suis déjà en train de grossir et je suis déjà en train de faire ce qu’il faut pour avoir un poids à peu près correct.
Je sais pas. J’en ai pas envie, c’est tout. J’ai autre chose à foutre. 

Pour certains, ça semble être un combat important qui va donner un sens à leur vie, leur permettre de se prouver qu’ils sont capables d’accomplir quelque chose.
Genre si t’as une période de spaspagranchose dans ta vie, arrête de fumer, ça rajoute du défi, de l’aventure. Genre : tu fais quoi en ce moment ? Je suis en train d’arrêter de fumer.
Les gens te regarde, admiratifs, « quel courage ! » , « Wow, il prend vraiment sa vie en main ! », « Je suis content pour lui, regarde comme il rayonne ! ».

D’autres vont se lever un matin et faire : Ok, c’est bon, j’arrête, j’en ai marre et pis j’ai envie d’économiser pour tuner ma twingo, ou pour me faire opérer des cataractes et retrouver la vue ( et c’est rigolo, les deux sont motivés pareil…comme quoi…)

Et d’autres vont le faire par amour, ou parce que leur moitié leur pète vraiment trop les couilles avec ça ( j’utilise cette expression en partant du principe qu’il est possible de péter les couilles à une femme, je voudrais pas discriminer, les hommes aussi sont toutes des salopes…….…hmm…trop loin ? Ouais, trop loin…..  )  

Donc voilà, chacun ses raisons. J’en ai pas. M’emmerdez pas.
Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

dimanche 1 janvier 2012

Les animaux du cirque ( thème proposé par Véronique ) 3ème partie


LEO
La porte de la cage s’ouvre, le fouet claque et Léo n’a pas d’autre choix que de s’avancer dans le chapiteau pour prendre place sur un petit tabouret chromé. Le dompteur se place devant lui et agite le fouet sous son nez.
Léo tente de l’attraper avec sa patte et pousse un grognement. La foule retient son souffle. Il sait parfaitement qu’il ne ferait qu’une bouchée de ce petit humain arrogant qui ne cesse de le maltraiter. Mais ensuite quoi ? S’il se débarrasse de ce celui-ci, une dizaine d’autres arriveront pour le maitriser et cela ne ferait qu’empirer les choses.
Et voilà qu’il place sa tête dans sa gueule…ce serait tellement simple de mettre fin à tout ça.

LIONEL
Lionel, coincé dans ce costume trop serré pour mettre en valeur sa musculature imposante, se tient derrière son chef. Voilà en quoi consiste son travail, être présent. Son contrat a beau le définir comme garde de corps, il se sent plutôt comme une statue humaine, un faire-valoir organique.
_Lionel ! Fais-moi un café ! Et n’oublie pas le sucre cette fois.
Gérard, son chef, ne mesure pas plus d’1m65 et tente de compenser sa petite taille par sa nervosité et son arrogance. Comme un roquet qui aboie sans arrêt pour se donner de l’importance.

LEO
Il sait parfaitement qu’il n’est aucunement la star de ce numéro. Toute l’admiration du public va au dompteur, cet être formidable, sans peur, capable de dominer des bêtes féroces. Mais sans Léo, le numéro n’a plus aucun sens. Et le dompteur n’est plus qu’un être humain comme les autres, avec ses faiblesses et ses doutes.

LIONEL
Il ne se fait pas d’illusion et sait qu’il n’est qu’un accessoire. Son impressionnante carrure n’est qu’un élément de décoration permettant à son chef d’imposer le respect. Après tout, s’il laisse ce nabot lui donner des ordres sans broncher, ne lui confère-t-il pas tout son pouvoir ? Et les clients reconnaissent ce pouvoir, et le craigne.
Lionel aimerait parfois lui rabattre le caquet, rétablir l’équilibre en lui assénant une bonne claque derrière la tête lorsqu’il emploie cet insupportable ton condescendant. Mais il a besoin de ce travail pour régler ses dettes, se nourrir, préparer sa retraite…

LEO
Le numéro est bientôt fini, il se dresse sur ses pattes arrières et pousse un rugissement sonore, qui fait frémir le public. Le torse du dompteur se gonfle d’orgueil, et fait claquer son fouet d’un geste théâtral pour faire taire le lion, montrer qui est le maître du cirque. Malheureusement, il ne retient pas sa main et le fouet claque sur le museau de Léo qui se recule par réflexe, surpris. Une douleur fulgurante enflamme ses babines et quelque chose se brise dans son esprit, une limite a été franchie. Une barrière explose.
Il est temps de remettre l’humain à sa place. Le dompteur, qui ne s’est pas aperçu de son erreur, s’est déjà retourné en levant les bras, comme pour accueillir les acclamations du public.
Léo s’élance, attrape le bras tenant le fouet entre ses crocs puissants et mord jusqu’à sentir le tissu du costume se déchirer et les os craquer.
Alors ? Qui dompte qui maintenant ?

LIONEL
Réunion importante. Clients importants. Les négociations n’ont pas l’air de trop bien se dérouler, le chef est nerveux. Lionel dépose le café sur le bureau et reprend sa place, les mains croisés devant lui, jambes légèrement écartées, la position la moins fatigante lorsqu’il faut rester debout durant des heures.
Son chef attrape l’anse de la tasse entre le pouce et l’index et la porte à sa bouche. Il boit une gorgée de café, qu’il recrache ausitôt sur les pieds de Lionel.
_Je t’avais dit sucré ! Mais c’est incroyable ! T’es stupide ou quoi ? C’est compliqué de faire un café ? Trop de sang dans les muscles ? Plus assez pour le cerveau ?
Lionel n’en peut plus, un voile rouge lui passe devant les yeux et, sans réfléchir, il envoie sa main, bien à plat, sur la joue du petit homme. La tête de ce dernier bascule si fort et si vite que le corps entier la suit dans sa trajectoire et renverse la chaise à roulette.
Assis sur le sol, une main sur sa mâchoire, le chef le regarde, bouche bée.
_ Ca, c’était ma démission. J’en ai marre d’être traité comme un chien, va falloir que tu trouves quelqu’un d’autre pour supporter tes conneries ! Et, pour ton information, le petit bout de métal sert à remuer ton café, sinon le sucre reste au fond. Connard.
Une fois sa tirade terminée, Lionel réajuste son costume et quitte la pièce dans un silence absolu, sous les regards ahuris de son ex patron et de ses clients.
Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

lundi 26 décembre 2011

Les animaux du cirque ( thème proposé par Véronique ) 2ème partie.


FIDELE
Fidèle se tenait debout sur son tabouret face au cerceau. Il savait parfaitement ce que la dompteuse attendait de lui : Qu’il saute à travers le cerceau et atterrisse sur la plate-forme en face.
Il aurait alors droit à sa friandise. Parfois, il lui suffisait de courir à l’intérieur du cirque, marcher sur ses pattes arrières ou sauter à travers des cerceaux. Rien de compliqué et le jeu en valait la chandelle.
« Allez, hop ! »
Le signal. Fidèle s’élança et atterrit gracieusement sur la plateforme de réception sous les applaudissements de la foule. La dompteuse glissa la main dans sa poche et lui jeta discrètement un morceau de viande séchée. Sa récompense.

FLAVIO
Flavio était fatigué. Après 10 heures de travail acharné, sa compagne, Magalie, lui avait demandé d’aller lui acheter un morceau de tissu à l’autre bout de la ville. Il ouvrit légèrement sa fenêtre pour laisser passer un filet d’air frais et éviter l’endormissement.
Il aurait pu refuser, bien sûr. Elle se serait alors mise à bouder, ne lui aurait pas adressé la parole de la soirée et il aurait fini par y aller le lendemain.
Autant prendre les devants…Peut-être même que cela lui permettrait d’obtenir une partie de sexe. Jamais trop fatigué pour ça…
Magalie finissait toujours par avoir ce qu’elle voulait. Ses phrases favorites ? «Si tu m’aimes vraiment, alors tu dois…. », « Si tu tiens à moi, tu dois le prouver … »,  « Si tu fais ça, tu auras droit à… ».
Flavio monta le volume de l’autoradio.
Cela rendait les choses plus simples pour lui. Il savait ce qu’il devait faire pour entretenir son amour. Des instructions précises. Pratique, même si ce n’était pas toujours agréable. Et puis un couple nécessite de faire des compromis.

FIDELE
Fidèle trottina sur la petite poutre puis s’assit, face à la dompteuse, attendant sa récompense. Elle était tout pour lui, le nourrissait, le lavait, le promenait hors de sa cage de temps en temps.
Et, s’il faisait ce qu’elle lui demandait, lui donnait de succulents morceaux de viande séchée.
Fidèle attrapa la friandise au vol et attendit. Il n’aimait pas la pirouette suivante.
La dompteuse mit le feu à un cerceau et le tendit en face de lui.
« Allez, hop ! »
Fidèle s’élança mais au moment de propulser son corps vers l’avant, sa patte glissa sur le métal chromé du tabouret, raccourcissant son saut de quelques centimètres.
Sa fourrure frotta le bord du cerceau et s’imprégna de liquide inflammable, s’embrasant instantanément. Une odeur de poils grillés envahit le chapiteau, au son des cris paniqués de plusieurs spectateurs.
A peine avait-il touché le sol que la douleur  envahit son flanc et ne sachant que faire pour l’arrêter, il tenta de la fuir. Une couverture, puis une pluie de mains s’abattirent sur lui. Encore plus effrayé, il se tortilla frénétiquement pour échapper à toute cette violence et sortit du chapiteau en piaillant.

FLAVIO
« Mais non ! Je t’avais dit bleu , pas turquoise ! Je ne vais rien pouvoir en faire ! » Magalie ne semblait pas contente du tout.
Flavio, affalé dans le canapé, n’en avait, pour une fois, rien à faire. Trop crevé.
« Il va falloir que tu y retournes. »
Il se tourna vers elle en soupirant :
_ Oui, si tu veux, j’y repasserais demain.
_ Non, pas demain, aujourd’hui ! Si je ne l’ai pas, je ne pourrais pas finir mon rideau et mes parents viennent manger demain midi !
_ Ah non, pas aujourd’hui, je suis claqué.
Magalie s’assit à côté de lui et déposa un baiser sur sa joue.
_Allez, s’il te plait. Si tu m’aimes vraiment…
Flavio explosa.
_ Bon, tu sais quoi ? En fait, je crois que je t’aimes pas vraiment. Si la condition qui va décider de mon amour pour toi ou de ton amour pour moi, c’est le fait d’aller à l’autre bout de la ville chercher un bout de tissu de merde ou non, et bien, je te le dis : je t’aimes pas. Voilà. Salut.
Et il sortit en claquant la porte, bien décidé à trouver un hôtel tranquille, non sans avoir éteint son portable au préalable.

FIDELE
Fidèle erra travers la ville pendant plusieurs jours, fouillant dans les poubelles à la recherche de nourriture. Et étonnamment, il en trouva. Beaucoup. Souvent meilleure que celle de la dompteuse. Fini de sauter à travers des cerceaux, de sauter sur des tabourets. Il trouverait lui-même ses propres friandises maintenant.
Parfois même, il recevait des caresses gratuites, de passants qui ne le connaissait même pas. Et ne demandaient rien en échange…

FLAVIO
Six mois s’étaient écoulés. Il avait récupéré ses affaires, s’était trouvé un appartement et même une nouvelle copine. Et il pouvait rester lui-même. Ils s’aimaient. C’est tout. Pas de conditions. Pas de pirouettes. Ils s’appréciaient pour ce qu’ils étaient. Et lorsqu’il voulait lui prouver son amour, il choisissait lui-même comment le faire.
Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

dimanche 25 décembre 2011

Les animaux du cirque (Thème proposé par Veronique ) 1ère partie.


ALBERT
Albert l’éléphant venait de naître. Il se leva péniblement puis retomba contre l’énorme patte de sa mère. Il allait devoir prendre des forces avant de pouvoir explorer le monde.
Peu à peu, il parvint à se mettre debout et à marcher. Il parcourut quelques mètres sans toutefois trop s’éloigner de sa mère.
Après quelques jours, gagnant en confiance, il se dirigea vers la porte du chapiteau pour voir d’où provenait toute cette lumière. Il s’approcha de l’ouverture, frémissant d’excitation et fut stoppé net. Une de ses pattes arrières refusait d’aller plus loin.
Une longue corde accrochée à un piquet l’empêchait d’avancer. Albert tira de toutes ses forces, se démena, poussant de longs barrissements désespérés. Si près du but…Pourquoi…
Il se rapprocha du pieu planté dans le sol et tenta de l’arracher avec sa trompe. Il prit de l’élan et tenta de rompre la corde en courant le plus vite possible dans la direction opposée.
Il passa des jours entiers, des semaines à tenter de se débarrasser de cette corde.
Sans succès.
Puis il se rendit compte que sa mère, elle aussi, avait une corde attachée à sa patte.

ALEXIS
Alexis commençait tout juste à se promener à quatres pattes, galopant de pièce en pièce, faisant courir ses parents.
« Ne vas pas par là ! »
« Reste ici ! »
Puis il apprit à marcher, et commença à explorer la maison. Ouvrir des portes. Découvrir des pièces inconnues.
Un jour, au cours de l’une de ses explorations, il s’accrocha à un fil qui pendait et un bloc de métal brûlant lui tomba sur l’épaule, lui marquant la joue au passage.
Il hurla, sa mère hurla. Lui de douleur, elle de peur.
« Arrête de toucher à tout ! Mais c’est pas possible ! C’est dangereux ! Quand je te dis de rester vers moi, tu restes vers moi ! »
Après cela, il resta trois semaines auprès de sa mère sans oser explorer à nouveau. Mais sa curiosité fut la plus forte, et un jour, il ouvrit la porte d’entrée et se retrouva dans le jardin.
Presqu’aussitôt, sa mère accourut pour l’attraper et lui flanquer une fessée, tout en criant : « Ca va pas non ? C’est dangereux dehors. Dangereux. Tu te souviens pas du fer à repasser ? Tu veux encore te faire du mal, c’est ça ? Une cicatrice sur la joue, ça te suffit pas ? »
C’est dangereux dehors… Dangereux…
Il tenta encore une ou deux fois de satisfaire sa curiosité, mais à chaque fois, sa mère le rattrapait et lui rappelait tous les malheurs qui l’attendaient s’il s’aventurait seul dans le monde.

ALBERT
20 ans avaient passé. Albert regardait passer les badauds en balançant la tête, attrapant de la trompe les cacahuètes qu’ils voulaient bien lui offrir. Il mesurait maintenant 3 mètres au garrot et dépassait presque la hauteur de sa mère.
Lorsqu’il n’y avait aucun visiteur, il se contentait de fixer la porte, se demandant ce qu’il pourrait faire à l’extérieur si cette stupide corde ne l’empêchait pas de sortir.
Toujours la même corde, attachée au même pieu. Depuis vingt ans. Voilà de quoi dépendait sa liberté…

ALEXIS
Alexis verrouilla la porte de son bureau et prit l’ascenseur pour rejoindre sa voiture au 2ème sous-sol du parking souterrain. Il avait hâte. Dans sa voiture l’attendait son album de  Bach, concerto pour deux violons en D mineur. Le seul CD qu’il possédait. Mais il n’avait besoin que de ça pour se détendre.
Il entrerait dans sa voiture, enclencherait le contact, laissant le doux son des violons emplir l’habitacle et n’en sortirait qu’une fois dans son propre garage.
Voilà à quoi se résumait sa vie : travail, maison, travail, maison. Il faisait même ses courses sur internet.
Il n’aimait pas sortir, dès qu’il mettait un pied dehors, une impression de danger imminent lui étreignait le cœur. Rien ne valait la sécurité de son foyer, son salon, son lit.
Dehors, il n’y avait que des maladies, des crimes, de la souffrance et de la misère.

ALBERT
La nuit venait de tomber. Une pluie violente battait sur la toile du chapiteau, poussée par de puissantes bourrasques. Les éléphants étaient nerveux, ils détestaient les tempêtes, qui rendaient si bruyant leur environnement d’habitude si tranquille.
Albert trépignait, se demandant quels horribles monstres pouvaient bien rôder à l’extérieur, se jetant sur la toile…
Soudain un éclair s’abattit sur le pilier principal du chapiteau dans un fracas assourdissant.
Albert sursauta et se rua vers la porte du chapiteau.  Les monstres étaient à l’intérieur. Plus rien ne pouvait les protéger désormais. Il sentit à peine la tension de la corde sur sa patte lorsqu’elle tenta de le retenir puis céda dans un claquement sec.
Pris de panique, il courut plusieurs centaines de mètres, manquant écraser le personnel du cirque qui se trouvait sur son passage.
Après quelques minutes de course, il se calma enfin, abasourdi d’être enfin seul, à l’extérieur, libre. Et il comprit. Il comprit que la corde qui le retenait était restée la même, alors que lui avait grandi. Et il comprit où avait été son erreur. Il avait arrêté d’essayer.

ALEXIS
« Tôt ce matin, dans un quartier résidentiel de Flupertu-les-Pomplenec, un homme a été retrouvé mort dans sa maison. Alexis Bouernier était un homme plutôt casanier, d’après ses voisins. Ils le disaient étrange, il ne sortait jamais de chez lui .
Le facteur a été alerté par l’odeur lors de sa tournée quotidienne, et ne recevant aucun réponse après avoir frappé à plusieurs reprises, il a décidé de prévenir les secours.
Son patron ne l’avait plus vu depuis 2 semaines, sans que cela ne l’inquiète véritablement. Il travaillait aux archives, dit-il, Alexis arrivait tôt le matin, repartait tard le soir, une fois je ne l’ai pas vu pendant un mois entier.
D’après les secours envoyés sur place, Alexis se serait électrocuté avec un fer à repasser défectueux… »
Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.