vendredi 4 mai 2012

Lettre à celui qui sait que les étrangers sont la source de beaucoup de ses problèmes.


Il y a toujours deux manières d’arriver à une idée :

1/ Elle peut venir de l’extérieur (médias, amis, etc ) et coller à notre expérience, notre manière de voir le monde ce qui va nous pousser à l’adopter. Elle semblera expliquer de manière cohérente la situation dans laquelle on se trouve.
Ce sont généralement des idées qui ne tiennent pas longtemps si elles ne sont pas constamment renforcées par notre environnement. Si la situation change, ou si les émotions/comportements qui nous ont fait accepter cette idée disparaissent, elle va juste se décrocher et mourir.
Par exemple, dans cette situation, tu éprouves des difficultés à mener la vie que tu souhaiterais, contexte économique difficile, tissu social qui se déchire, taux de chômage fort.
Il est important de trouver un moyen de sortir de cette situation. Ça fait peur, pas moyen de savoir où on va, de faire des projets. Une forte impression de se faire ballotter sans vraiment avoir aucun pouvoir sur rien.
Généralement, les gens vont se poser deux sortes de questions :
_De qui est-ce la faute ?
_Comment je vais m’en sortir ?
Si tu as décidé de te poser la première :
Imagine que tu sois dans une cour d’école. C’est ton anniversaire et il y a un gâteau pour toi. Lorsque tu l’apprends, tu cours chercher ton gâteau et tu ne trouves qu’une assiette vide avec quelques miettes dessus.
A côté, il y a un ami à toi qui se lèche les doigts. Tu lui demandes où est ton gâteau et il te répond :
_ C’est le petit nouveau là-bas qui te l’a pris.
Il pointe du doigt un petit gamin que tu ne connais pas et qui est en train de jouer avec un ballon, l’air de rien.
A partir de là, soit tu pètes la tronche à ton pote qui t’as menti, soit tu vas t’attaquer au gamin qui n’a rien demandé à personne. 
A toi de juger si tu préfères essayer de trouver le coupable toi-même ou risquer de punir un innocent.
Maintenant, remplace ton pote par le gouvernement (ou les banquiers), et le gamin par les étrangers.
Ce sont juste des gens comme toi et moi, qui essaient juste de faire leur vie et de s’en sortir comme ils peuvent, quand il y a soudain toute une partie de la population qui leur tombe dessus.
Tu sais ce que c’est. Tu vis la même chose parce que les gens ne comprennent pas pourquoi tu votes pour ton parti et te traite de raciste en parlant de toi avec mépris. Pour eux, tu es la cause des problèmes de la société. C’est pas rigolo, ça ?
Tu es leur gamin à eux.

2/L’idée vient de l’intérieur. Après plusieurs expériences, tu as réfléchi, compilé les informations et en suivant un raisonnement logique, tu es arrivé à une conclusion.
Ce sont généralement les idées les plus puissantes. Notre moteur intérieur. On est tous pareils, on est persuadés d’avoir raison, puisque l’idée est de nous.
Vu que cette idée vient de nous, on se doit de la partager. Elle ne vient pas de l’extérieur, donc elle n’est pas encore connue. Il faut la faire vivre, il faut en parler, il faut que les gens se rendent compte.
Et on va rencontrer des gens qui sont d’accord avec nous, d’autres qui ne le sont pas.
C’est rassurant de trainer avec les gens qui sont d’accord avec nous.
Ca demande du courage de discuter avec ceux qui ne le sont pas.
Remettre ses convictions en question, se rendre compte que l’on s’est trompé est quelque chose qui peut être extrêmement désagréable. Mais ça fait grandir.
Tu penses que les étrangers sont la source de tes problèmes.
Tu as donc probablement pu valider ta théorie avec de nombreuses preuves. Peut-être que tu t’es fait agresser par un étranger ou que c’est arrivé à plusieurs de tes connaissances. Qu’à chaque fois que tu croises un étranger, ça se passe mal.
Et ça te fait peur.
Une solution serait de faire comme pour les araignées, on les écrase et on les sort.
Le problème est qu’il y a beaucoup d’araignées, on ne peut pas toutes les exterminer. Elles se cachent dans la forêt, se reproduisent, pondent des œufs et tout.
Alors on se protège, on essaie de les empêcher de rentrer un maximum. Une de temps en temps ça va. C’est gérable.
Tu aimerais que l’on fasse pareil avec les étrangers.
Le problème est que l’on a pas que ça à foutre. Si pour chaque petite phobie, il fallait mobiliser toute la population pour éliminer la cause de la phobie, on aurait pas fini.
Le mieux serait que tu arrêtes d’avoir peur.
Tout le monde a peur de temps à autre, d’un truc ou d’un autre. Mais la plupart des gens apprennent à dominer leur peurs, à les dépasser.
Tu es grand maintenant, il est temps de t’y mettre. On a pas le temps de te choyer et de te protéger sans arrêt, il faut t’assumer, grandir, faire face à tes peurs.
Si quelqu’un t’emmerde, tu lui dit. Tu lui expliques ce qui va pas, tu lui fais face.
Si tu penses qu’il a besoin d’être éduqué, apprends lui, expliques lui mais reste pas dans ton coin à ruminer ta peur parce que ça c’est malsain. Et ça va se transformer en haine si c’est pas déjà fait.
Voilà, si ça se trouve, tu penses de manière totalement différente et tu as envie d’en discuter. Pas de problème, ça me fait plaisir, je vais pas te juger, on a tous nos problèmes et nos manières de voir le monde et il y en a aucune qui est meilleure que les autres.
T’as même sûrement plein de choses à m’apprendre.
Je finirais bien avec des trucs genre respect, tolérance, on est tous l’étranger de quelqu’un d’autre, mais ça, on l’a déjà entendu.
J’ai juste envie que les gens s’entendent bien et vivent ensemble correctement. J’aime pas passer mon temps à gérer des conflits.