lundi 16 avril 2012

Impossible


José était recroquevillé sous ses couvertures, ne laissant que son nez dépasser,  de manière à pouvoir respirer. Quelqu’un, quelque chose était là, avec lui, dans la chambre.
Il pouvait l’entendre gratter contre le mur. Son imagination dessina pour lui l’auteur de ces bruits.
Un monstre vert à la peau visqueuse, aux dents acérées, tapi dans l’ombre, prêt à lui sauter dessus pour le dévorer.
Le croque mitaine.
José, écoutait, attentif au moindre détail qui pourrait venir troubler le silence nocturne.
Soudain, un craquement retentit. Pris de panique, il se mit à hurler :
_Maman !!!! Papa !!!!!
Des bruits de pas dans le couloir, la porte s’ouvre, la lumière s’allume.
_ Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
_ Là ! Y a un monstre là !
_ Où ça ? Je vois rien.
_ Mais si, il est là, il gratte !
Il pointait le coin du mur du doigt, la tête enfouie dans son oreiller, n’osant regarder.
_ Mais non, y a rien, regarde ! Dit son père, tout en lui arrachant l’oreiller des mains.
José garda les yeux fermés, ne voulant pas faire face au monstre qui le hantait.
_ Ouvre les yeux, je te dis, y a rien ! C’est pas la peine d’hurler…
_ Je l’ai entendu.
_ Ca existe pas les monstres, c’est impossible, tu m’entends ? Ca existe pas.
Lentement, José entrouvrit un œil, puis l’autre, les posant d’abord sur ses parents qui le fixaient, sourire aux lèvres avant de se tourner vers le coin de sa chambre.
_ Tu vois ? Y a rien ? Pas de monstre. Impossible.

Impossible.

Deux jours ont passés, José éteint sa lampe de chevet, prêt à s’endormir.
Un craquement se fait entendre.
Le monstre ! Il est revenu !
José attrape le bord de sa couverture et le rabat sur sa tête, serrant de toutes ses forces. Les monstres n’existent pas. C’est pas possible. Pas possible.
Peu à peu, il parvient à repousser le monstre dans un coin de sa tête. Loin, tout au fond de son esprit. Pour l’enfermer, il construit une palissade, comme celle qui protège le chantier en bas de chez lui. Une haute barrière de bois, de deux mètre de haut. Personne n’est assez grand pour passer par-dessus, même la tête de son père ne la dépasse pas.
Mais il entend encore gratter. Il entend les griffes du monstre user le bois pour se frayer un chemin.
Alors, devant la palissade, il rajoute un mur, en béton, épais, comme dans la cour de l’école. Et sur cet enclos, qu’il a construit dans son esprit, il peint un mot, une formule magique qui enfermera le monstre pour toujours : « Impossible »

José a 10 ans maintenant. Il ne va pas tarder à aller se coucher mais ses parents le laissent regarder encore un peu la télé. 
_ Après le journal, tu vas te coucher.
A la fin du journal télévisé, ils passent la bande annonce d’un film qui vient de sortir. Un film de vampires. Des monstres buveurs de sang qui sortent la nuit pour attaquer les gens.
Et José se retrouve seul dans sa chambre, la tête pleine de vampires. Il s’enfouit sous sa couverture en tentant de se persuader que c’est impossible. Que les vampires n’existent pas. Que ce n’est qu’un film. Mais ils sont là, autour de lui, dans sa chambre, attendant patiemment qu’il s’endorme pour le mordre et le transformer en l’un des leurs.
Il réunit alors tout son courage et les repousse dans un coin de sa tête, jusqu’au mur ou le monstre est enfermé. Les vampires, c’est impossible. Et il les jette par-dessus le mur.
Et tout au long de son enfance, il va enfermer tout un tas de choses derrière ce mur. Des zombies. Des fantômes. Tout un tas de monstres hideux qui tentent d’envahir son imagination. La magie. Les elfes. Les fées. Les sorciers. Les licornes.

Impossible.

Tout ce qui est impossible se retrouve derrière ce mur.
En cours, lors d’un exercice de maths, on lui demande de faire une division énorme, pleine de chiffres qui tournoient dans sa tête. Il essaie une fois…se trompe…recommence…La plupart de ses amis ont fini et sont déjà partis en récréation et plus il y pense, moins il arrive à réfléchir.
_ Oh, mais c’est pas vrai ! C’est impossible à faire ce truc, j’y arriverais jamais !
Et juste comme ça, il abandonne. Toutes ses possibilités de résoudre cette division se trouvent enfermées derrière ce mur. Avec les monstres.
Et José se dit qu’il est nul en maths. Et il le devient.

José a quinze ans maintenant. Assis dans la cour du collège, il ne cesse de regarder cette fille, une blonde magnifique.
A chacun de ses éclats de rire, son cœur explose. Il aimerait la prendre dans ses bras, la serrer fort. La couvrir de baisers.
Mais il n’ose pas aller la voir. Elle va se moquer de lui. Elle est trop belle. Et pis pourquoi elle l’aimerait d’abord ? Il n’a rien à lui offrir. Il ne l’intéressera jamais.
Mais il n’arrête pas de penser à elle. Le soir en fermant les yeux, il revoit son sourire, ses grands yeux bleus qui scintillent, qui l’obsèdent.
Elle ne voudra jamais de moi. C’est impossible.
Et juste comme ça, il abandonne. Il la repousse dans un coin de sa tête, derrière le mur . Et son amour avec.

José a 18 ans. Il tient la main de sa copine tandis qu’elle lui parle. Il est tourné vers elle mais ne la regarde pas, ne l’écoute pas, il regarde à travers elle.
Il ne ressent rien pour elle. C’est juste pour passer le temps. Pour le sexe. Elle ne l’intéresse pas.

José a 25 ans. Il vient de rentrer du travail. Il est fatigué, allongé sur son lit, mais n’arrive pas à dormir. Il laisse son esprit vagabonder. Il se demande pourquoi ses amis sont tous en couple alors qu’il est encore tout seul.
Il cherche, creuse, remonte dans ses souvenirs, fouille sa mémoire.
Et soudain, il se heurte à un mur. Un mur gigantesque. De plusieurs dizaines de mètres de haut. Et sur ce mur, juste un mot, gravé en lettres d’or : « IMPOSSIBLE ».
José reconnait ce mur, il s’en rapproche et pose sa main dessus, caressant les lettres dorées. Soudain son ventre se crispe, d’horribles crampes d’estomac le plient en deux sur son lit. Il se lève tant bien que mal et va vomir dans les toilettes.
Ce mur.

José a 40 ans. Il en a marre. Se sent seul. Ne sait pas quoi faire de sa vie. Elle n’a plus de goût. Ne l’intéresse plus.
Il se laisse gagner par la tristesse, la mélancolie, s’apitoie sur son sort. Son réveil vient de sonner mais il ne se lève pas. Pour quoi faire ? Il pense à la mort, à ce qu’il ressentira lorsque tout s’arrêtera. Sera-t-il enfin libéré ?
Et à nouveau, il laisse son esprit vagabonder. Il ne met pas longtemps à se retrouver face à ce mur, qui prend de plus en plus de place dans sa tête. Un mur gigantesque dont il ne voit plus la fin. Dès qu’il s’en approche, son estomac se contracte. Tout son corps se tétanise.

Impossible.

Mais José en a marre, il n’en peut plus de voir ce mur, ne veut plus être esclave de cet obstacle énorme qui se dresse sur son passage. Il veut le détruire. Il imagine une pioche entre ses mains et commence à l’attaquer.
Des voix retentissent dans sa tête.
_Tu n’y arriveras pas.
_ Ca marchera pas.
_Parce que tu crois vraiment que c’est aussi simple ?
Et il continue, sans relâche, de creuser ce mur dans sa tête. Sur son lit, son corps se convulse, secoué de tremblements mais il n’y fait pas attention. Toute son attention est concentrée sur la destruction de ce mur.
_Tu crois quoi ? Que tu vas y arriver comme ça ? Que tu es meilleur que tout le monde ?
_Tu t’es vu ?
Il avance peu à peu, des fissures apparaissent sur la surface. Des pierres énormes tombent tout autour de lui. Mais il continue.
Il se souvient de ce qu’il y a derrière le mur. Des monstres. Des vampires. Des zombies. Mais il continue.
Il se rend compte que toutes ses peurs sont derrière ce mur. Tout ce qu’il a jamais craint va se retrouver libre dans son esprit. Et il va devoir y faire face. Mais il continue.
Un pan entier de roche s’écroule derrière lui. Il n’a plus le choix. Il ne peut plus faire demi-tour.
Alors il continue.
Il creuse, creuse, dégageant les morceaux de pierre avec ses mains tout se préparant à faire face à ses démons.
Soudain, il frappe de sa pioche un caillou qui s’effrite en mille morceaux, laissant apparaître un puissant rayon de lumière qui lui réchauffe le visage.
Sur son lit, il inspire un grand coup. Comme s’il venait de passer 30 ans de sa vie en apnée.
Le mur se transforme tout à coup en poussière, puis disparaît. Seuls quelques grains flottent encore ici et là, sous la puissante lumière blanche.
Abasourdi, il tombe à genoux, étonné qu’il n’y ait finalement rien derrière ce mur qui prenait tant de place dans son esprit.
Et il comprend.

Rien n’est impossible.
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dimanche 1 avril 2012

Pourquoi j'aime pas la musique commerciale


Alors voilà, je me suis rendu compte que je faisais vraiment preuve d’intolérance envers les musiques et radios « commerciales ». Elles m’énervent, me foutent des boutons et quand j’entends une radio dans le genre, j’ai envie d’exploser le poste à la hache.

Ou de prendre mon scooter et…Nan, trop tôt..

Donc je me suis demandé pourquoi. Pourquoi péter un plomb dès que retentit du David Guetta ? 

Pourquoi partir en vrille quand ça ne fait que 14 fois que j’entends la même musique dans la journée ?

Est-ce que je serais anormal ? Est-ce que je ne suis qu’un de ces individus prétentieux, ces hipsters qui ne s’intéressent qu’à l’underground et abandonnent leurs artistes favoris lorsqu’ils touchent le grand public ?

Est-ce que je voudrais à tout prix que les autres aiment ce que moi, j’aime, et rien d’autre ?

Voilà la réponse que j’ai trouvé en faisant un peu d’introspection :

Un artiste est, pour moi, une personne qui a un message à faire passer. Une vision du monde à partager. Ses œuvres sont une tentative d’expression de cette vision du monde.
Un artiste a généralement une manière différente de voir les choses, et il tente par tous les moyens à sa disposition de se faire comprendre. Il ne fait pas de concession, ne se censure pas et met tout en œuvre pour que le message passe. Et lorsque l’auditeur, le spectateur, l’observateur se met en position d’écoute telle qu’il comprend ce que l’artiste essaie de dire ( ou s’imagine qu’il le comprend ), il se passe quelque chose de magique. Il arrive souvent qu’une bonne musique nécessite un effort de la part de l’auditeur pour apprécier le message.
Un artiste n’aurait absolument aucun intérêt à faire ce que les gens attendent de lui. 

Prenons maintenant une radio commerciale :

Leur objectif est de faire un maximum d’audience. Pas pour faire passer un message humaniste. Pas parce qu’ils ont quelque chose à dire. Parce qu’ils doivent faire de l’argent.
Pour faire de l’argent, ils ont réfléchi à ce qui marche, ce qui coûte le moins cher et aux meilleurs manières d’attirer l’audimat pour vendre leurs espaces de publicité plus cher.
 Cela comprend donc du sponsoring de soirées, de compresser la musique qu’ils passent pour qu’on entende un peu plus les basses, de faire des jeux concours.
Pour que l’auditeur ne change pas de radio, il ne faut pas le fatiguer. Il ne faut pas qu’il sente de résistance, il faut qu’il continue à entendre ce qu’il a toujours entendu, il faut le maintenir dans sa zone de confort.
L’auditeur de base est fainéant. Il ne veut pas essayer de comprendre un artiste, il veut seulement se faire bercer par le boum boum boum.
Pour garder l’auditeur, les radios ne passent donc que « ce qui marche ». Elles le passe 5, 10, 15, 20 fois pour que l’oreille s’habitue, que le cerveau s’endorme et ne soit pas surpris par quoi que ce soit de nouveau.

Et donc certains musiciens, dont l’objectif est également de faire de l’argent et d’être connu, vont se conformer à ce que ces radios demandent. Ils vont appliquer les formules écrites par les maisons de disques pour « faire un tube ». La créativité nécessaire pour accomplir ce genre de tâches est minime. Le message à faire passer est « ouhou baby I love you » ou alors « baby baby you broke my heart ».
Ces musiciens ne sont pas des artistes. Ce sont des lâches. Ils font ce qu’on attend d’eux pour obtenir de l’argent, de la gloire, et autres. Ce sont des produits marketing. Ils sont beaux, ils sont formatés, leur image est polie, brossée et sans surprises.

Il existe en France plusieurs centaines voire milliers de groupes qui jouent de la musique, qui pondent des œuvres tellement énormes qu’elles peuvent vous transporter ou vous donner les larmes aux yeux.
Ils ont un message à faire passer. Ils créent un univers. Ils ne font pas de concessions, et vous ne les entendrez pas à la radio.
Les plus chanceux arrivent à vivre en tournant dans les salles et dans les festivals.
D’autres sont obligés d’avoir un job en plus pour vivre ou sont au RMI. Parce qu’ils préfèrent vivre de cette manière que de « faire un tube », ce que n’importe qui peut faire. Et que le message qu’ils ont à faire passer n’est pas pour les fainéants. Il n’est pas pour les gens qui ne veulent pas faire d’effort pour les comprendre.

Imaginons qu’à l’époque de Léonard de Vinci, lorsqu’il a peint la Joconde, quelqu’un se soit aperçu que son tableau plaisait énormément et pouvait rapporter beaucoup d’argent.
Il aurait immédiatement reproduit la Joconde en centaines d’exemplaires et l’aurait vendu pour des centaines de milliers d’unités monétaires. D’autres auraient commencé à faire pareil, changeant peut-être une couleur ici et là.
Dès qu’un peintre aurait fait un peu preuve d’agilité avec son pinceau, on lui aurait dit « Peins des Jocondes, c’est ce que les gens veulent, c’est la seul chose qui marche ». Tous les magasins vendraient des Jocondes, tout le monde aurait une Joconde dans son salon. Et personne ne s’intéresserait aux œuvres des autres peintres.    

Voilà ce qui se passe avec les radios commerciales. Une bande de lâches, incapables de créer quoi que ce soit qui ont juste envie de faire de l’argent.

Alors pourquoi ça m’énerve quand j’entends NRJSKYFUNRADIOROUGEFMETC ?

Parce que j’aimes pas qu’on chie comme ça impunément sur ce qui fait de nous des êtres humains. J’aime pas que l’on prenne des lâches et qu’on les appelle des artistes. J’aime pas qu’on prenne cette capacité que nous avons tous à créer des choses merveilleuses et qu’on l’endorme chez 80% de la population.
Et pour ça, je suis désolé, mais je continuerais à péter les couilles à tout le monde. On dirait que ce serait mon œuvre à moi.
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samedi 17 mars 2012

J'ai décidé d'arrêter de fumer ( thème de Veronique )


Chaque matin, sur le chemin du boulot, je m’arrête à la boulangerie pour acheter un sandwich. Pour la pause de midi.
Et Lundi, en fouillant dans mes poches pour payer mon pan bagnat ( Vous savez ? Le pan bagnat avec thon/mais/salade/mayo…etc. , genre le repas complet entre deux tranches de pain, le truc qui déchire tout et qui fait saliver rien que d’y penser ) je me suis rendu compte que : 
  1. J’avais plus de clopes.  
  2.        J’avais pas assez pour acheter un pan bagnat ET des clopes.
Alors  comme tout individu sensé qui sait définir correctement ses priorités, j’ai acheté un jambon beurre pourri à 2 euros. Sur le moment, c’était la meilleure chose à faire.
Si j’avais pas mon pan bagnat :

1. J’aurais juste fait un peu la gueule en mangeant un vieux jambon beurre rassis.

Si j’avais pas mon paquet de clopes :

1.J’y aurais pensé toute la journée
2. A partir de 10-11h, j’aurais commencé à être un peu nerveux.
3. A 11h30, j’aurais fait le tour des bureaux en vain pour trouver un fumeur, de plus en plus rares en ce moment.
4. A 12h, j’aurais ingurgité mon pan bagnat et aurais probablement eu encore faim.
5. A 12h30, j’aurais engueulé quelqu’un, juste parce que ça fait du bien. Ou peut-être que je lui aurais juste parlé sur cet espèce de ton bizarre, extrêmement cassant, laissant deviner une légère envie d’entendre le bruit de crânes se brisant contre un bon mur en béton bien fait. Pas gentil, quoi.
6. A 13h, je me serais remis au boulot pour une bonne heure à commencer quelque chose, penser à autre chose, recommencer quelque chose d’autre, penser à encore autre chose, tourner en rond et paniquer parce que le travail n’avance pas, puis penser à autre chose.
7. A 15h, j’aurais été fatigué, épuisé d’avoir autant tourné en rond.

Enfin bref, j’aurais…ah…quel con…Ca me fait chier de dire bref maintenant…J’ai l’impression de faire une vieille parodie pourrie.
Donc j’ai acheté mon pan bagnat. Ce qui m’a amené à me demander pourquoi je fumais.
Ca a pas été tout seul, j’ai fini par déduire que c’était parce que j’arrêtais pas. Alors forcément après, je me suis demandé pourquoi j’arrêtais pas.
Déjà j’arrête pas parce que ça ferait trop plaisir à tous ces gens qui me disent que je devrais arrêter et si y a bien un truc que je déteste, c’est qu’on me dise ce que je dois faire. Tu peux raconter ce que tu veux, je vais t’écouter mais ensuite je ferais ce que j’ai envie.
Parce que, mine de rien, fumer c’est un choix. D’accord c’est addictif, d’accord c’est pas facile d’arrêter. Mais c’est un choix. Ma vie est sous ma responsabilité et j’en fais ce que j’en veux. Alors on pourrait dire que c’est une forme d’acte politique, d’indépendance, d’activisme et tout ça.

Seulement je sais un truc : Début 1900, les femmes ne fumaient pas. Les hommes se rejoignaient au fumoir pour partager un cigares pendant que les femmes restaient à la cuisine pour faire la vaisselle.
Puis, un beau jour, des vendeurs de tabac sont allés voir Edward Bernays, le petit neveu de Freud en lui disant : Hé dédé, tu veux pas utiliser ta nouvelle invention, les relations publiques, pour que les femmes se mettent à fumer ?
Edward, il a dit d’accord. Il a embauché une équipe de psychologues pour essayer de comprendre ce que représentait la cigarette dans l’inconscient collectif et il a découvert que la cigarette était un symbole de pouvoir, un symbole phallique ( Tout est un symbole phallique en psychologie Freudienne…).
Il a redit d’accord. Et il a organisé un petit truc. Tous les ans, il y avait une marche dans New York pour célébrer je sais plus quoi. Il a embauché un troupeau de mannequins, leur a filé des clopes et les a balancé dans le cortège en leur disant «  Allumez moi ostensiblement ces cigarettes au milieu de la foule » . Ensuite il est allé voir des reporters et il leur a dit «  les gars, vous allez pas me croire, c’est un truc de fou, y a un troupeau de gonzesses qui sont en train de fumer des clopes devant tout le monde, même pas honte. ».
Alors les reporters, ils sont allés documenter ça, pendant que Edward Bernays leur glissait à l’oreille des trucs comme « C’est marrant, c’est un peu comme si elles allumaient le flambeau de la liberté ».
Les reporters ont fait « c’est bon ça Coco, je prends » et hop, les ventes de clope ont doublé en même temps que les droits des femmes.

Et c’est marrant du coup parce que argument imparable : fais valoir ta liberté, fume ta clope. Si quelqu’un te dit, arrête, tu vas choper le cancer, on se dit lui, il en veut à ma liberté.
Comme dirait Dieudonné, là ça a glissé de la quenelle de 250 facile.

Alors en sachant ça, pourquoi j’arrête pas ? Ben parce que j’aime bien mon pays et je trouve qu’il faudrait plus de CRS, avec plus de bâtons et que les ministres sont pas assez payés. Quel rapport ?
Ben une bonne partie du prix d’un paquet de cigarettes sert à financer le gouvernement à coups de taxes et tout ça. Et, ce qui est bon, c’est qu’ils peuvent augmenter les prix comme ils veulent, les gens peuvent rien dire. La cigarette c’est pas bien, augmenter les prix va les inciter à arrêter et oh ? Tiens ? Ben ça alors, c’était pas prévu du tout mais on s’en fout plein les poches.

Imaginez un gars accro à l’héroïne ( mais qu’on soit bien d’accord, arrêter de fumer, ça a rien à voir avec arrêter l’héroïne, celui qui arrête pas la clope parce que c’est trop duuuur est une tafiole, entendons nous bien ), vous lui vendez sa drogue et chaque jour vous augmentez les prix. Et là vous allez me dire, c’est complètement con, il va aller acheter son héroïne ailleurs. C’est vrai.

Sauf que la culture du tabac est interdite en France si t’as pas un permis spécial délivré par l’état. Du coup, c’est pas comme le basilic, tu peux pas en mettre dans ton jardin. C’est rigolo, hein ?
Je suis sûr que si les gens faisaient pousser leur propre tabac, y aurait moins de cancers parce que moins de saloperies dedans. Quoiqu’ils vont continuer à respirer des pots d’échappement…
Bon je m’en fous, j’achète mes clopes au Duty Free.

Alors pourquoi j’arrête pas de fumer ?

Parce que ça me ferait grossir ? Ben non, je suis déjà en train de grossir et je suis déjà en train de faire ce qu’il faut pour avoir un poids à peu près correct.
Je sais pas. J’en ai pas envie, c’est tout. J’ai autre chose à foutre. 

Pour certains, ça semble être un combat important qui va donner un sens à leur vie, leur permettre de se prouver qu’ils sont capables d’accomplir quelque chose.
Genre si t’as une période de spaspagranchose dans ta vie, arrête de fumer, ça rajoute du défi, de l’aventure. Genre : tu fais quoi en ce moment ? Je suis en train d’arrêter de fumer.
Les gens te regarde, admiratifs, « quel courage ! » , « Wow, il prend vraiment sa vie en main ! », « Je suis content pour lui, regarde comme il rayonne ! ».

D’autres vont se lever un matin et faire : Ok, c’est bon, j’arrête, j’en ai marre et pis j’ai envie d’économiser pour tuner ma twingo, ou pour me faire opérer des cataractes et retrouver la vue ( et c’est rigolo, les deux sont motivés pareil…comme quoi…)

Et d’autres vont le faire par amour, ou parce que leur moitié leur pète vraiment trop les couilles avec ça ( j’utilise cette expression en partant du principe qu’il est possible de péter les couilles à une femme, je voudrais pas discriminer, les hommes aussi sont toutes des salopes…….…hmm…trop loin ? Ouais, trop loin…..  )  

Donc voilà, chacun ses raisons. J’en ai pas. M’emmerdez pas.
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dimanche 1 janvier 2012

Les animaux du cirque ( thème proposé par Véronique ) 3ème partie


LEO
La porte de la cage s’ouvre, le fouet claque et Léo n’a pas d’autre choix que de s’avancer dans le chapiteau pour prendre place sur un petit tabouret chromé. Le dompteur se place devant lui et agite le fouet sous son nez.
Léo tente de l’attraper avec sa patte et pousse un grognement. La foule retient son souffle. Il sait parfaitement qu’il ne ferait qu’une bouchée de ce petit humain arrogant qui ne cesse de le maltraiter. Mais ensuite quoi ? S’il se débarrasse de ce celui-ci, une dizaine d’autres arriveront pour le maitriser et cela ne ferait qu’empirer les choses.
Et voilà qu’il place sa tête dans sa gueule…ce serait tellement simple de mettre fin à tout ça.

LIONEL
Lionel, coincé dans ce costume trop serré pour mettre en valeur sa musculature imposante, se tient derrière son chef. Voilà en quoi consiste son travail, être présent. Son contrat a beau le définir comme garde de corps, il se sent plutôt comme une statue humaine, un faire-valoir organique.
_Lionel ! Fais-moi un café ! Et n’oublie pas le sucre cette fois.
Gérard, son chef, ne mesure pas plus d’1m65 et tente de compenser sa petite taille par sa nervosité et son arrogance. Comme un roquet qui aboie sans arrêt pour se donner de l’importance.

LEO
Il sait parfaitement qu’il n’est aucunement la star de ce numéro. Toute l’admiration du public va au dompteur, cet être formidable, sans peur, capable de dominer des bêtes féroces. Mais sans Léo, le numéro n’a plus aucun sens. Et le dompteur n’est plus qu’un être humain comme les autres, avec ses faiblesses et ses doutes.

LIONEL
Il ne se fait pas d’illusion et sait qu’il n’est qu’un accessoire. Son impressionnante carrure n’est qu’un élément de décoration permettant à son chef d’imposer le respect. Après tout, s’il laisse ce nabot lui donner des ordres sans broncher, ne lui confère-t-il pas tout son pouvoir ? Et les clients reconnaissent ce pouvoir, et le craigne.
Lionel aimerait parfois lui rabattre le caquet, rétablir l’équilibre en lui assénant une bonne claque derrière la tête lorsqu’il emploie cet insupportable ton condescendant. Mais il a besoin de ce travail pour régler ses dettes, se nourrir, préparer sa retraite…

LEO
Le numéro est bientôt fini, il se dresse sur ses pattes arrières et pousse un rugissement sonore, qui fait frémir le public. Le torse du dompteur se gonfle d’orgueil, et fait claquer son fouet d’un geste théâtral pour faire taire le lion, montrer qui est le maître du cirque. Malheureusement, il ne retient pas sa main et le fouet claque sur le museau de Léo qui se recule par réflexe, surpris. Une douleur fulgurante enflamme ses babines et quelque chose se brise dans son esprit, une limite a été franchie. Une barrière explose.
Il est temps de remettre l’humain à sa place. Le dompteur, qui ne s’est pas aperçu de son erreur, s’est déjà retourné en levant les bras, comme pour accueillir les acclamations du public.
Léo s’élance, attrape le bras tenant le fouet entre ses crocs puissants et mord jusqu’à sentir le tissu du costume se déchirer et les os craquer.
Alors ? Qui dompte qui maintenant ?

LIONEL
Réunion importante. Clients importants. Les négociations n’ont pas l’air de trop bien se dérouler, le chef est nerveux. Lionel dépose le café sur le bureau et reprend sa place, les mains croisés devant lui, jambes légèrement écartées, la position la moins fatigante lorsqu’il faut rester debout durant des heures.
Son chef attrape l’anse de la tasse entre le pouce et l’index et la porte à sa bouche. Il boit une gorgée de café, qu’il recrache ausitôt sur les pieds de Lionel.
_Je t’avais dit sucré ! Mais c’est incroyable ! T’es stupide ou quoi ? C’est compliqué de faire un café ? Trop de sang dans les muscles ? Plus assez pour le cerveau ?
Lionel n’en peut plus, un voile rouge lui passe devant les yeux et, sans réfléchir, il envoie sa main, bien à plat, sur la joue du petit homme. La tête de ce dernier bascule si fort et si vite que le corps entier la suit dans sa trajectoire et renverse la chaise à roulette.
Assis sur le sol, une main sur sa mâchoire, le chef le regarde, bouche bée.
_ Ca, c’était ma démission. J’en ai marre d’être traité comme un chien, va falloir que tu trouves quelqu’un d’autre pour supporter tes conneries ! Et, pour ton information, le petit bout de métal sert à remuer ton café, sinon le sucre reste au fond. Connard.
Une fois sa tirade terminée, Lionel réajuste son costume et quitte la pièce dans un silence absolu, sous les regards ahuris de son ex patron et de ses clients.
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