dimanche 28 décembre 2014

Les Jenkisplins et les Jenkisbouges



Je tiens sincèrement à remercier les gens qui se plaignent.
Pendant longtemps, je les ai haïs. J’en voulais au Jenkisplin parce qu’il me renvoyait sans arrêt à la face tout ce qui n’allait pas dans le monde. Tout ce que j’étais obligé de subir et qu’il était impossible de changer.
Le Jenkisplin est un idéaliste. Il a une vision d’un monde parfait, où tout va bien, où tout se passe comme cela devrait se passer, comme on s’attend à ce que ça se passe.
Et lorsque le monde réel ne colle pas avec la vision du Jenkisplin, celui-ci va repérer cette différence, se focaliser dessus, la ruminer et l’enrober d’émotions négatives, de frustrations jusqu’au moment où il va régurgiter sa plainte. Comme un chat qui régurgite une boule de poils.
Forcément, quand on est en train de (di)gérer sa propre frustration et que l’on souffre  de la même chose sans avoir pu l’expulser, se prendre une plainte chargée en pleine face, ça énerve. On se dit « Je suis en train de vivre la même chose que lui et j’en fais pas tout un foin » ou « Si ça l’embête tant que ça, il a qu’à  fuir/régler le problème/regarder ailleurs »
Par exemple, la personne qui paie tous les matins son ticket de bus 18 euros sans rien dire va s’énerver contre la personne qui se plaint tous les matins du prix du ticket de bus.
Pendant une période de ma vie, parce que j’avais pas mal de temps libre, je me suis promené sur Internet et j’ai regardé de quoi se plaignaient les gens. Je ne vais pas faire le détail ici mais ça va de l’apolitique au politique en passant par le conspirationniste, etc…
Tout le monde trouve toujours une bonne raison de se plaindre. Et à force, devant tant de négativité, on finit par se dire que le monde va mal, que c’est foutu et qu’on est tellement loin de notre vision du monde idéaliste qu’il n’y a aucun moyen d’y arriver.
Et puis j’ai décidé d’essayer quand même, me retrouvant par cette décision même dans la tribu des Jenkisbouge.
Au début, ça fait un peu peur, on a une vision du monde où tout le monde s’entend bien, personne ne souffre, où la guerre et la famine n’existent plus, etc… La tâche paraît énorme.
Et on ne sait pas par où commencer. C’est comme si, dès que l’on commençait à chercher une solution, on ne parvienne plus à se souvenir du problème.
C’est là que le Jenkisplin intervient. Il va nous cracher au visage sa plainte, cet élément qui fait que le monde réel ne colle pas avec le monde idéal.
Alors au début, forcément, c’est brut. C’est enrobé de frustrations, de découragement, de tristesse et il faut décortiquer tout ça, le nettoyer, récupérer le message qui est au milieu, la clé de son bonheur.
Le Jenkisplin a le bonheur bien caché et le Jenkisbouge a besoin de beaucoup de ténacité et de courage pour aller le trouver.
A chaque plainte, le Jenkisplin nous fait un cadeau, emballé dans une grosse couche de négativité bien puante et collante, mais un cadeau quand même. Il nous indique dans quelle direction on pourrait aller pour construire un monde meilleur.
Il y a bien sûr tout un tas de nuances.
Par exemple, on a le Jenkisplin qui en  a marre de mettre 3 heures pour aller au travail chaque matin. Si un Jenkisbouge  en charge de la programmation des feux rouges l’entend et décide de l’écouter vraiment, de décortiquer sa plainte et d’aller chercher le message derrière la frustration, il pourra aider à faire un pas en avant vers un monde meilleur.
Certains Jenkisplins sont particulièrement doués pour toujours adresser leur plainte à la mauvaise personne. Leur objectif sera d’abord de régurgiter leur boule de poils. Il faut la sortir, peu importe que ce soit sur le tapis du salon ou sur la table à manger devant toute la famille. Il faut que ça sorte.
Ça fait du bien quand ça sort.
Les probabilités pour qu’un Jenkisbouge compétent soit là à ce moment-là sont faibles mais peu importe. Il faut que ça sorte.
D’autres Jenkisplins vont viser un peu, attendre pour que la sortie ait un maximum d’impact. Ils vont se retenir pendant des jours ,  des semaines jusqu’à tomber sur le bon Jenkisbouge. Et là, ce dernier a intérêt à avoir les épaules solides.
On est tous un peu Jenkisplin. On est également tous un peu Jenkisbouges. Mais on ne peut pas être un Jenkisbouge compétent en tout.
Si les Jenkisplins apprennent à donner des plaintes qui sont un peu mieux emballées, les Jenkisbouges compétents auront moins de mal à retrouver leurs petits et pourront plus rapidement nous rapprocher d’un monde meilleur.
C’est un peu pour ça que je bosse sur www.democracia.fr.
Ca devrait permettre que le Jenkisplin trouve le Jenkisbouge qui pourra l’aider à rendre le monde meilleur.


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