dimanche 17 août 2014

Scénario "DananeCorp"

Un scénario de court métrage que j'ai écrit à l'époque où je prenais des cours de scénarisation en 2007-2008 :



2060. Suite aux grands cataclysmes de 2012, de puissantes multinationales ont créé de gigantesques bulles d’atmosphères artificielles pour héberger leurs employés. David, passionné des années 2000, reprend l’ancienne mode du blog et nous raconte sa vie…


Personnages

David Ngokoso :

David, 25 ans, grand brun aux yeux bleus est né dans la bulle atmosphérique Dananecorp et y a vécu toute sa vie. Ayant été séparé de ses parents à trois ans, comme tous les enfants de son âge,il est reconnaissant envers Dananecorp de le protéger des cataclysmes du monde extérieur et de lui fournir un toit. Il a passé toute son enfance dans la zone d’éducation 750, où les éducateurs l’ont formé aux différents métiers qui lui permettent maintenant de mériter son salaire. Contrairement à beaucoup d’autres enfants, il n’a jamais changé de bulle, donnant le meilleur de lui-même pour satisfaire ses employeurs et participer ainsi au développement de sa bulle mère. Il passe beaucoup de temps dans le monde B et, comme la plupart de ses congénères, n’est absolument pas habitué aux grands espaces et à la foule, ne sortant qu’occasionnellement pour visiter Sylviane et son voisin, Anouar.
Il se passionne pour l’histoire, plus particulièrement la période 1990-2010 et rêve de créer un musée dans le monde B pour exposer les différents objets qu’il a réussi à modéliser à partir du témoignage des anciens.
David a rencontré Sylviane Tâm, sa copine, lors d’un B-Trek organisé par un ami. Ils se voient régulièrement dans le monde réel.
David entretient également d’excellents rapports avec Anouar Mc Cormick, son voisin de palier et meilleur ami.
Lorsque David apprend qu’un tunnel entre Dananecorp et Applesoft va bientôt se terminer, il décide d’explorer et décrire sa bulle aux futurs visiteurs par le biais de son blog.
Lorsqu’il découvre que Sylviane a été impulsée, il se sent trahi et son monde, qui commençait déjà à se fissurer s’effondre pour de bon, provoquant une colère immense et une envie de détruire ce monde qui l’a trahi.

Sylviane Tâm :
                 
Sylviane Tâm a 24 ans, des cheveux rouges et des yeux marrons, légèrement bridés dû à ses gènes asiatique. Malgré sa petite taille, elle possède une présence certaine et aime rire de tout. Originaire de la bulle Technomotors, elle fut envoyé à Dananecorp pour pallier au manque d’hôtesses du monde B.
Son rêve est de retrouver ses parents et elle ne comprend pas la loyauté de David envers son entreprise. Elle parle souvent de s’évader, de découvrir le monde extérieur si hostile et ne tient pas en place. Sylviane a gardé beaucoup de ses manières de petite fille comme sauter sur les lits  ou se promener à cloche pied. Elle peut parfois être exubérante jusqu’à en être ennuyante, reprochant souvent à David d’être trop calme et conventionnel.

Anouar Mc Cormick :

Anouar, physique maghrébin, du haut de ses quarante ans, aime philosopher et se lancer dans des conversations interminables sur le sens de la vie. Il se passionne pour les religions anciennes comme l’Islam ou le christianisme. Avide d’informations sur tous les sujets, il aime aussi partager ses connaissances avec David.
Né au début de la période des bulles, il a vécu dans plusieurs bulles différentes et est considéré comme un expert en techniques de communications. Il est un des développeurs du monde B et en connaît tous les recoins.
Il estime maintenant que sa vie est monotone, que toutes les bulles se ressemblent et rêve de nouveauté. Il disparaît parfois pendant plusieurs jours sans que personne ne sache où il va et revient comme si de rien n’était, éludant les questions de David au sujet de ses « voyages ».

Lincoln Ivanov

Lincoln, 25 ans blond au visage dur et aux yeux bleus, est musclé grâce au travail physique qu’il exécute. Il a fait la connaissance de David dans la zone d’éducation 750 où il a passé son enfance avec son frère Adam. Malheureusement tous trois furent séparés à la puberté lors de l’attribution des emplois. Lincoln, considéré comme un élève turbulent et peu adapté à la vie en société fut envoyé au niveau des ouvriers, pour travailler à l’usine.
Aigri et habitué à une vie difficile, n’ayant jamais revu son frère, il éprouve une haine profonde pour ces employeurs qu’il ne voit jamais et rejette toute forme d’autorité, admettant tout juste de recevoir des ordres à l’usine.

Adam Ivanov

Adam est le frère de Lincoln, son avatar ressemble comme deux gouttes à son frère car il n’a pas abandonné les recherches, il connait le nom de chaque bulle atmosphérique et possède un contact dans chacune d’entre elles, ce qui va largement faciliter le travail de David.


Synopsis

En 2060, la population vit dans des bulles d’atmosphère artificielles construites pour abriter les locaux et employés des grandes multinationales. Ces dernières s’occupent du logement, de la nourriture, du salaire et de l’éducation de ces habitants, comme tant de mini gouvernements. La communication entre les bulles s’effectue grâce au monde B, une évolution du jeu en ligne Second Life. La plupart des activités humaines se déroulent dans ce monde virtuel et les réels rapports physiques sont plutôt rares. Chaque employé possède plusieurs emplois à la fois dans le monde réel et le monde B.

David Ngokoso a vécu toute sa vie dans la bulle Dananecorp, il est passionné par les années 90-2000 et fait installer chez lui un panneau publicitaire rémunéré pour financer l’achat de terrain dans le monde B. Car son hobby est d’entretenir un musée des années 90 ou il a modélisé de nombreux objets de cette période. Mais le panneau publicitaire se révèle vite envahissant et l’énerve à tel point qu’il décide de s’en débarasser une fois la période obligatoire de un mois terminée.
Il passe également beaucoup de temps avec sa copine, Sylviane Tâm, partant en B-trek ( trekking virtuels ou  le randonneur  marche sur un tapis roulant en regardant le paysage défiler sur son écran.) et chahutant soit chez l’un soit chez l’autre. Le couple passe également de nombreuses soirées avec Anouar Mc Cormick, à philosopher et discuter des précédents emplois d’Anouar dans d’autres bulles, il évoque notamment l’origine des produits et matières premières supposant que cela provient d’une autre bulle sans savoir laquelle.
David rencontre un de ses anciens amis de zone d’éducation, Adam Ivanov en faisant ses courses dans le monde B, celui-ci lui dit qu’il n’a jamais revu son frère depuis qu’il travaille et qu’il n’en trouve aucune trace.
Un reportage dans le monde B sur le nouveau tunnel entre Dananecorp et Applesoft
( visite virtuelle du tunnel, mais bizarrement il ne voit personne travailler dans le reportage ),

Anouar Mc Cormick se fait attraper, fumant une cigarette, il est immédiatement licencié avec une semaine de préavis pour trouver un emploi dans une autre bulle, mais il soutient qu’il préfère aller voir l’extérieur.
DAVID décide d’explorer sa bulle pour la faire découvrir aux futurs visiteurs. Il visite d’abord les étages inférieurs et découvre une petite porte qui le mène au niveau des ouvriers, un endroit glauque et sombre ou sont toutes les usines de production. Il découvre que toute une population n’a pas accès au monde B et qu’ils fabriquent tous les objets que les cadres utilisent.
D’abord abasourdi de voir autant de monde d’un coup, il cède assez vite à une crise de panique et se réfugie dans une ruelle ou il se fait agresser par des ouvriers. Une homme les met en fuite et David se rend compte que c’est Lincoln Ivanov, le frère d’adam.
Une fois de retour à son étage, David s’empresse de prévenir Adam, qui habite applesoft et veux rejoindre son frère une fois le tunnel terminé. En discutant avec Anouar, il se rend compte qu’il était au courant mais qu’il n’a rien fait, préfèrant fuir à l’extérieur.
Il en discute avec Sylviane qui lui propose de lancer, par le biais du musée, une opération pour aider les gens à retrouver leurs proches. Sylviane espère ainsi retrouver ses parents et tient absolument à descendre au sous sol.
Elle les retrouve et lorsqu’elle découvre quel niveau de vie ils ont, se remplit de haine contre ses supérieurs et demande un entretien avec son  patron. Lorsque le patron apprend qu’elle connait la vérité, il lui fait subir des impulses, electrochocs dirigés pour lui faire oublier tout cela et elle oublie jusqu’à l’existence de David.
Dans le même temps, David connait un grand succès grâce à son blog et avec l’aide des frères Ivanov, il se lance à la recherche d’autres personnes, étonné de voir tant de gens disparus. Ils dialoguent en se passant des messages par la porte qu’il a découverte. Mais ses supérieurs ont vent de l’opération et lui demandent de cesser ses activités sous peine d’être licencié sans espoir d’être embauché dans une  autre bulle, il est également placé sous surveillance grâce à sa puce RFID.
David se retrouve contraint d’oublier son musée et Lincoln.
Il dépérit peu à peu, toujours sans nouvelles de Sylviane et se consacre entièrement à ses petits emplois, tout en suivant une formation de goût à la vie, censé le ranimer. Même l’inauguration du tunnel ne lui change pas les idées.

Un jour, il croise Sylviane dans le monde réel, la rattrape et s’énerve en voyant qu’elle ne le reconnait pas. Il se doute alors que quelque chose ne va pas et décide de tenter le tout pour le tout en organisant une manifestation dans le monde B. Se sachant surveillé, il met tout cela en place en demandant à un collègue d’effectuer des modifications dans le musée, un message caché appelant à manifester tel jour et il fait passer le message à Lincoln.
Une semaine se passe et le jour de la manif arrive. Au lieu de rendez-vous, une cinquantaine de personnes avec des avatars immenses, des banderoles et des feux d’artifices lumineux hurlent des slogans. Ils sont rejoints par de plus en plus de gens. Soudain des avatars commencent à disparaitre, preuve que la sécurité les a repéré. Ils décident de changer de lieu se retrouvant devant le palais d’une autre bulle. La même scène se répète plusieurs fois, ils sont à chaque fois plus nombreux et plus énervés. Soudain un décompte commence annonçant le shut down du monde B. tous décident de détruire les serveurs respectifs de leur bulle, anéantissant le monde B. scène d’adieu ou l’on voit disparaître les quartiers les uns après les autres. La sécurité ne parvient pas à les en empêcher et ils détruisent les serveurs.
Ils se dirigent ensuite vers la grande porte extérieure mais lorsqu’ils l’ouvrent, ne découvre qu’un immense fourneau.
Ils se rendent compte que tous les gens qui étaient licenciés étaient en fait brûlés vifs.
Ils se dirigent ensuite vers l’étage supérieur, reste à définir comment, celui des patrons, découvrant une bulle de verre gigantesque éclairée par le soleil et remplie de verdure.   
Jusqu’à une porte grande ouverte qui donne à l’extérieur ( trouver une tirade de fin )
On découvre alors que toute une civilisation existe à l’extérieur et qu’ils n’étaient que des esclaves.


SCENE A SCENE

1. INT. MUSEE (MONDE B). JOUR : On se promène dans le musée, flânant, s’arrêtant parfois sur des objets en vitrine pour finir un vieil écran de PC ou est écrit « mon blog » en gros  

2. INT. APPARTEMENT DAVID. JOUR : DAVID regarde les techniciens installer le panneau publicitaire, discutant avec SYLVIANE des raisons qui l’on poussé à l’acheter. Puis les techniciens lui expliquent qu’il ne doit pas le déconnecter, le font signer et s’en vont.

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3. INT. APPARTEMENT DAVID. SOIR : DAVID, SYLVIANE et ANOUAR discutent du musée, du panneau publicitaire et des précédents emplois d’ANOUAR. SYLVIANE dit que si ça se trouve, il a déjà travaillé avec ses parents qu’elle cherche depuis sa sortie de zone d’éducation, elle avait réussi à les retrouver mais a été mutée dans une autre bulle et les a perdus de vue. Ils parlent aussi des fréquentes absences d’anouar qui reste évasif sur le sujet

4. INT. APPARTEMENT DAVID. MATIN : On entend DAVID parler de falaises et dire à SYLVIANE qu’ils ne s’arrêteront qu’une fois arrivé à la cascade pendant que l’on ne voit que la déco de l’appartement. Puis on aperçoit DAVID et SYLVIANE debout sur des tapis roulants, des casques virtuels sur la tête.

5.EXT. CRETE FALAISE(MONDE B). JOUR : Un décor majestueux une cascade vertigineuse et DAVID et SYLVIANE qui font une randonnée au sommet d’une crête pendant que des aigles immenses leur tournent autour.

6. INT. APPARTEMENT DAVID. MATIN : SYLVIANE enlève son casque virtuel, David aussi, ils discutent de la randonnée..

7. INT. SUPERMARCHE (MONDE B). JOUR : David rencontre un homme qu’il croit être LINCOLN à cause de son avatar mais c’est Adam, son frère. Retrouvailles et David apprend qu’Adam n’a jamais revu son frère et que lui a dû changer de bulle. Pendant qu’ils discutent un gars en arrière plan n’arrive pas à diriger son caddie et se prend le rayon à plusieurs reprises

8.EXT. PLACE D’INFORMATION (MONDE B). JOUR : Un reportage montre deux ouvriers de chaque bulle qui se serrent la main à travers le trou du tunnel. On ne voit pas les visages des ouvriers. Peut-être visite virtuelle du chantier, dans ce cas-là, aucun ouvrier n’apparaît. Ils disent que cela permettra enfin aux deux dernières bulles de communiquer physiquement, terminant le réseau.


9. INT. APPART DAVID. SOIR : Sylviane se prépare à dormir,on entend le panneau publicitaire en fond, DAVID, assis à une table fait de la soudure et assemble des composants électroniques, expliquant qu’il va visiter la bulle et mettre un plan dans son musée pour les futurs visiteurs. Sylviane lui dit que c’est bizarre, mais qu’elle n’a jamais eu même l’idée de visiter la bulle, elle demande à David s’il veut venir se coucher mais celui-ci répond qu’il a reçu du travail et qu’il aimerait bien le terminer puis elle met un casque sur ses oreilles avec un livre audio. David met des boules quiès en jurant contre le panneau. On sonne à la porte et un livreur trop laid lui donne des sacs en plastiques sans ménagement. DAVID verifie les sacs et il manque des trucs, il veut rattraper le livreur mais trop tard.

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10.INT. SOUS SOL. JOUR David se promène dans un sous sol plein de tuyauterie, filmant ce qu’il voit avec une caméra sur ses lunettes. Derrière une porte se trouve la salle informatique avec tous les serveurs du monde B.

11.INT. APPART DAVID. JOUR Tout ce que filme DAVID apparaît sur un écran.

12. INT. SOUS SOL. JOUR DAVID arrive près d’une porte, une voix enregistrée style vous avez un nouveau message, l’appelle par son nom et lui dit qu’il n’a pas accès aux Zones d’éducation. David se plaint et continue sa visite. La voix de Sylviane lui parvient et lui dit que quelque chose d’horrible vient d’arriver.

13. INT. COULOIR. JOUR. Des hommes en costumes de flics emmènent Anouar, David arrive à ce moment-là et tente de les arrêter mais celui-ci lui dit que c’est bon, David et sylviane le regarde partir et sylviane lui explique qu’il s’est fait attraper en train de fumer dans sa chambre. Ils se demandent où il a bien pu trouver une cigarette David lui dit de le tenir au courant, qu’il retourne au sous sol.

14. INT. SOUS SOL. JOUR DAVID se demande si c’était vraiment une bonne idée lorsqu’il entend soudain une voix d’enfant. Croyant avoir découvert un passage vers la zone d’éducation, il cherche la provenance de la voix. Il voit une bouche d’égout entrouverte et une échelle qui descend « vous voyez les sacrifices que je fais ? » Il descend l’échelle, les voix se rapprochent.

15. EXT. NIVEAU OUVRIERS. JOUR : DAVID descend son échelle, rajuste sa caméra et lorsqu’il se retourne, découvre une caverne immense avec des hangars, des échoppes de fortune, bref un gros bidonville souterrain.

16. EXT. NIVEAU OUVRIERS. JOUR : DAVID se retrouve au milieu d’une foule, on voit un homme qui fume une cigarette. Les gens le regardent bizarrement et il cède à une crise de panique, se réfugiant entre deux hangars pour être un peu seul.

17. EXT. RUELLE SOMBRE. JOUR : DAVID se repose contre un mur lorsqu’il est interpellé par deux hommes qui veulent savoir d’où il vient et pourquoi il n’est pas escorté par la sécurité comme tous les chefs, ils l’agressent et lui prennent sa caméra. David crie à l’aide. Un autre homme arrive et attrape un tuyau qui traîne. David se protège, sûr de se faire frapper mais l’homme fait fuir les autres et l’attrape par le bras pour le sortir de là.

18. EXT. GRANDE RUE. JOUR : DAVID et l’inconnu courent et entre dans un abri de tôle.

19. INT. ABRI DE TOLE. JOUR : DAVID dit à l’homme de ne pas lui faire de mal mais lorsque l’autre se retourne, il se rend compte que c’est LINCOLN, retrouvailles. Il est mentionné que les ouvriers n’ont pas accès au monde B.

20. INT. APPART DAVID. SOIR : DAVID fait irruption dans l’appartement et se jette sur sa borne de monde B pour contacter ADAM, qui lui répond que dès que le tunnel est terminé, il va pouvoir revoir son frère.

21. INT. APPART SYLVIANE. SOIR :DAVID et SYLVIANE sont en train de manger une bouillie informe, ils parlent du sous sol et SYLVIANE dit que si ça se trouve, d’autres gens ont perdu leur famille, que DAVID devrait pouvoir les retrouver, que ses parents sont peut-être en bas. Il décide d’utiliser son musée et, aidé d’Adam, de retrouver les personnes crues disparues.

22. EXT. SITE DE REMISE EN FORME (MONDE B). JOUR : DAVID et ADAM sont au bord d’un volcan, visuellement très joli et des boules de lave leur arrivent dessus qu’ils doivent renvoyer avec les mains et les pieds. Ils discutent de l’organisation de l’opération de recherche.

23. EXT. COULOIR. JOUR :DAVID croise ANOUAR qui sort de chez lui, celui-ci lui dit qu’il est viré mais qu’il ne va pas rechercher de travail, il veut voir le grand extérieur, les bulles l’ennuient. David lui dit que tout le monde sait que c’est la mort assurée.
ANOUAR dit qu’il est pressé mais qu’ils en reparleront.

24. INT. BARAQUE DE LINCOLN. JOUR : DAVID parle de son projet à LINCOLN qui lui dit à quel point c’est dangereux, ils décident de le faire quand même, LINCOLN fait visiter le site à DAVID

25. INT. HANGAR PRODUCTION. JOUR : LINCOLN et DAVID entrent dans un hangar immense ou des dizaines de personnes travaillent à la chaîne.

26. INT. FONDERIE. JOUR : LINCOLN montre à DAVID une gigantesque fonderie où sont fabriquées les pièces en métal qui servent aux travaux d’assemblage de DAVID.

27. EXT. GRANDE RUE. JOUR :DAVID et LINCOLN se séparent discutant d’un système pour que DAVID n’ait plus à descendre, en se posant des messages en haut de l’échelle.

28. INT. APPARTEMENT DAVID. SOIR : DAVID voit un message d’ADAM qui lui demande de se rendre au musée.

29. EXT. DEVANT LE MUSEE. JOUR : Une foule d’avatars sont massés devant le musée, ils tournent sur eux-mêmes en répétant une phrase de la même voix synthétique : « Je m’appelle….J’ai été aperçu pour la dernière fois …..Si vous m’avez vu contactez…. » d’autres gens en amènent d’autres au fur et à mesure. DAVID se promène au milieu d’eux, abasourdi.

30. INT. APPART ANOUAR. SOIR : DAVID, SYLVIANE ET ANOUAR mangent ensemble, ANOUAR dit qu’il veut partir voir l’extérieur, qu’il était au courant pour les ouvriers et qu’il ne peut pas supporter ça, c’est eux qui lui ont donné la cigarette, qu’il part le lendemain. Il dit qu’il s’est déjà fait transféré d’une bulle pour avoir tenté de prévenir les gens de la situation des ouvriers. SYLVIANE veut que DAVID l’emmène au sous sol mais il refuse parce que c’est trop dangereux.

31.INT. APPART DAVID. MATIN : DAVID s’habille, prend un papier sur la table pendant que SYLVIANE l’observe. Il sort.

32. EXT. SOUS SOL. MATIN : DAVID ouvre la trappe qui mène à l’échelle et y glisse un papier, la liste des gens disparus. Il s’en va et SYLVIANE arrive pour descendre l’échelle.

33. EXT. NIVEAU DES OUVRIERS. MATIN : SYLVIANE marche au milieu de la foule et observe la misère visiblement touchée par tout ça.

34.INT. APPART DAVID. APRES MIDI : DAVID enfile son casque virtuel et entre dans le monde B

35.EXT. GRANDE PLACE (MONDE B). JOUR : DAVID lit un panneau « ceremonie d’inauguration du tunnel inter bulles », Beaucoup de gens sont là, la cérémonie est retransmise sur écran géant , musique de fête etc.


36. EXT. CEREMONIE INAUGURATION DU TUNNEL. APRES MIDI : Deux, trois personnalités sont là, un podium, des caméras volantes, etc et un peu de sécurité. Un grand chef fait un discours . Soudain SYLVIANE surgit sur le podium et attrape le micro en hurlant ils se moquent de vous etc… La sécurité monte sur le podium et la maîtrise.

37. EXT. GRANDE PLACE (MONDE B). JOUR : DAVID hurle le nom de sa copine et porte les mains à sa tête.

38. INT. APPART DAVID. JOUR. : DAVID enlève son casque virtuel et se rue en dehors de son appartement.

39. EXT. ACCES CHANTIER. JOUR : David arrive en haut d’un ascenseur ou des panneaux indiquent l’accès chantier. Un garde posté à l’entrée l’empêche de passer, la zone est fermée suite à une intrusion, DAVID essaye tout de même mais le garde devient agressif.

40. INT. APPART  DAVID. JOUR. ANOUAR tente de réconforter DAVID, lui parle des impulses, et dit que les supérieurs règlent leurs problèmes comme ça. Ils se disent adieu, DAVID est désolé que SYLVIANE ne soit pas là.

41. EXT. DEVANT LA PORTE DE L’EXTERIEUR. JOUR : DAVID dit au revoir à ANOUAR, la porte s’ouvre, ANOUAR passe, il fait coucou et la porte se referme.

Il faudrait poser un truc montrant que le temps passe
42. EXT. SOUS-SOL. JOUR : DAVID retourne à l’échelle et récupère la liste, seulement deux ou trois personnes ont été retrouvées.

43.EXT. DEVANT MUSEE(MONDE B). JOUR : DAVID arrive devant le musée pour afficher la liste mais il n’y a plus aucun avatar, ils ont tous été enlevés. Un avatar de sécurité répète vous êtes prié de contacter votre supérieur au plus vite, autorisation n.4569872.

44.INT. APPARTEMENT DAVID. JOUR. : DAVID se trouve en face d’un écran, il demande à une secrétaire de lui passer son supérieur, lui donne le numéro d’autorisation. Le supérieur apparaît, et lui dit de ne plus chercher à contacter le niveau des ouvriers sous peine d’être renvoyé sans préavis. Il lui dit qu’ils vont activer sa puce RFID et le mettre sous surveillance et que son musée va être fermé.

45. EXT. CRETE DE FALAISE (MONDE B). JOUR : DAVID est assis au bord de la même cascade que précédemment et regarde le vide, inserts d’images de SYLVIANE, il se lève et saute dans le vide, tombe et s’explose. Le programme affiche veuillez réinitialiser votre connexion.

46. INT. APPART DAVID.JOUR : DAVID est allongé sur son lit pendant que le panneau publicitaire montre des pubs.

47. INT. SUPERMARCHE (MONDE B). JOUR : DAVID parcoure les allées et dès qu’il passe devant un produit qu’il connaît, il chantonne le slogan et le fourre dans son caddie, comme un zombie. Soudain, il croise l’avatar de SYLVIANE, elle a changé de couleur de cheveux, mais elle ne le reconnaît pas, dit qu’elle ne l’a jamais vu, il insiste mais elle lui dit de le laisser tranquille. Il sort du monde B  

48. INT. APPART DAVID (MONDE B). JOUR : DAVID est très énervé, il pète un plomb, saccage tout dans son appartement et arrache le panneau publicitaire du mur qui s’éteint en faisant un bruit bizarre. Il se met à pleurer et s’asseoit. Son regard tombe sur la liste de gens disparus qui git sur le sol. Il la prend et la regarde longuement.

49. EXT, ENTREE DU TUNNEL INTERBULLES. JOUR. : ADAM sort du tunnel, d’une sorte de capsule à air comprimé, DAVID le rejoint, et lui indique où se trouve l’entrée du niveau des ouvriers, il lui demande de faire passer un message à LINCOLN lorsqu’il le voit. Ils discutent un moment sans que l’on sache ce qu’ils se disent et en se quittant DAVID lui rappelle : n’oublie pas, le 20 Juin.
                                                      
Les jours passent, jusqu’au 20 Juin.

50. INT. APPART DAVID. JOUR : DAVID modélise un géant sur son écran, il a quatre bras et brandit une banderole et deux panneaux avec des slogans. David enfile son casque et dit que c’est le grand jour.

51. EXT. DEVANT MUSEE(MONDE B). JOUR : Une quinzaine d’avatars de toutes formes et de tous styles sont là, l’un d’eux s’approche du géant, il dit c’est moi adam. Il dit qu’il n’a réussi à  réunir qu’une ca mais qu’ils sont très motivés, qu’ils font partie de gens ayant perdus des proches. Ils commencent à défiler dans  le monde B, hurlant et brandissant des slogans, des feux d’artifices qui écrivent des slogans dans le ciel. De plus en plus de gens les rejoignent, on  voit des avatars se modifier et des slogans apparaître. Une personne à coté de DAVID disparaît, puis une autre. DAVID hurle Ils nous ont répérés, on  se rejoint au deuxième point puis il chuchote à l’oreille de ses voisins qui à leur tour chuchote à celles des leurs, les avatars disparaissent progressivement, DAVID en premier.

52. EXT. DEVANT PALAIS APPLESOFT. JOUR :Un palais majestueux, plein d’immenses avatars apparaissent et crient des slogans, David est parmi eux, de plus en plus de gens apparaissent, ils manifestent à nouveau jusqu’à ce que quelqu’un crie qu’ils sont repérés, et DAVID crie troisième point de ralliement et chuchote à l’oreille de ses voisins. Ils disparaissent.

53. EXT. DEVANT PALAIS ADIBOK. JOUR : c’est un château avec une grosse chaussure de tennis qui tourne au dessus. Même cinéma, des avatars apparaissent, des tonnes. ADAM signale à DAVID qu’il y  a trop de gens, ce qui crée des ralentissements dans le monde B. DAVID hurle : on se sépare en petits groupes de 20 et on va tous manifester à un endroit différent. Pleins d’avatars disparaissent.

54. EXT. SURVOL MONDE B. JOUR. Le monde B est sens dessus dessous, plusieurs avatars démontent des palais et ça commence vraiment à partir en couille.

55. EXT. CRETE FALAISE. JOUR : Le palais est détruit, DAVID jubile, il a une vue sur une bonne partie du monde B, soudain un message apparaît sur l’écran, shut down du monde B dans trente secondes. ADAM, à côté de lui, lui dit que c’est le moment de passer à la deuxième phase. Peu à peu des portions entières disparaissent, ils se disent adieu et tout ça et ADAM disparaît. DAVID disparaît aussi.   

56. INT. APPART DAVID. JOUR : DAVID enlève son casque et sort en trombe de son appart.

57. INT. COULOIR. JOUR : DAVID court dans les couloirs, rejoint par d’autres personnes qui sortent de leur appartement, discutant de ce qui vient de se passer.

58. EXT. SOUS SOL. JOUR : DAVID arrive devant la porte du local des serveurs. LINCOLN est déjà là avec plein d’ouvriers. Ils se saluent et LINCOLN dit que la porte est presque démontée, une alarme sonne sans arrêt, la sécurité arrive et les ouvriers les repoussent tant bien que mal tandis que DAVID et LINCOLN penetrent dans la salle des serveurs,

59. INT. LOCAL SERVEURS. JOUR. DAVID et LINCOLN arrachent les fils, saccagent tout, détruisant les serveurs.

60. EXT. SOUS SOL. JOUR : Les ouvriers sont en train de se faire déborder mais soudain les cadres arrivent de l’étage supérieurs et aident à vaincre la sécurité. Victoire et tout

61.INT. ZONE D’EDUCATION. JOUR plusieurs rangées de PC où sont installés des enfants, ils regardent des images de cataclysmes et tout, quelque chose tape contre une grosse porte blindée, les enfants se réunissent autour de la porte étonnés, suivis de leurs professeurs, la porte éclate et des adultes se déversent à l’intérieur serrant les enfants dans leurs bras

62. EXT. DEVANT LA PORTE VERS L’EXTERIEUR. JOUR : Une foule de gens est massée devant la porte, LINCOLN fait signe à un de ses comparses d’ouvrir la porte, et tout le monde s’avance. La deuxième porte s’ouvre et on voit un gigantesque fourneau. Tout le monde recule en hurlant. DAVID crie de refermer la porte.
Ils discutent de tout ça, parlent d’ANOUAR qui a dû être brulé vif et se demandent où est la véritable sortie. Un employé dit qu’il a déjà été convoqué à l’étage supérieur par son chef, ils décident de le suivre.

63. INT. DEVANT L’ASCENSEUR. JOUR LINCOLN, DAVID et une vingtaine de personnes attendent, la porte s’ouvre et ils pénètrent à l’intérieur d’un immense monte charge.

64.EXT. COULOIR. JOUR : La porte du monte charge s’ouvre et ils sortent, de part et d’autre se trouvent des salles de réunion. En face, une grande double porte avec deux gardes. Ils démontent les deux gardes et ouvrent la double porte.

65. EXT. EXTERIEUR. JOUR :  Ils sortent sur une immense place où pleins de gens se promènent, habillés comme dans le monde B, il fait un temps magnifique. La vue s’élargit et on se rend compte qu’ils viennent de sortir d’un palace identique à celui de Dananecorp dans le monde B

FIN

SCENARIO

FONDU A L’IMAGE


1. INT. MUSEE (MONDE B). JOUR 

INSERT

Succession d’images de tornades, de feux de forêt, de cyclones, d’océans déchaînés.

NARRATION
Le début du 21ème siècle fut
marqué par une vague de catastrophes
naturelles dues au réchauffement
climatique et à la montée des eaux,
ravageant la planète, décimant des
populations entières.

Deux cent personnes entrent par une gigantesque porte, taillée dans la montagne surmontée d’une banderole DANANECORP. Des militaires gardent l’entrée, faisant signe aux gens d’avancer.

NARRATION
 A partir de
2012, les plus puissantes
corporations décidèrent de construire
de gigantesques bulles souterraines
d’atmosphère artificielle afin de
protéger leurs employés et leurs
locaux, échappant ainsi à
l’apocalypse annoncé.

Tout le monde est entré, la porte se referme.

PV
Un immense hall de musée est
rempli d’objets apparemment anodins,
comme un grille pain, un aspirateur,
une cheminée, qui lévitent à quelque
centimètres de hauteur et tournent
sur eux-mêmes. En dessous une petite
plaque dorée porte le nom de l’objet
et son utilité. Au fond du hall,
sous une banderole portant l’inscription :
DE LA CALCULATRICE AU MONDE B,
trône un ordinateur sous une bulle
de verre dont l’écran est allumé,
diffusant ce qui se passe dans
l’appartement de DAVID.



2. INT. APPARTEMENT DAVID. JOUR

TEXTE EN SURIMPRESSION
Bulle Dananecorp, 2060

L’appartement de david est une pièce d’environ cinquante mètres carré au fond de laquelle, face à la porte d’entrée, se trouvent deux tapis roulants circulaires entourés chacun d’une rambarde de sécurité, deux casques de réalité virtuelle sont  posés sur un petit support.
Sur la gauche se trouve une porte coulissante qui mène à la salle de bains, juste après, un petit établi rabattable contre le mur est couvert de composants électroniques et d’un fer à souder, au fond, à côté des bornes de monde B est installé un coin cuisine. Sur le mur opposé, un canapé lit deux places à côté duquel se trouve une table de chevet où est posée une horloge qui projette l’heure et la date au plafond. Au centre trône une table en aluminium cernée par quatre chaises. Deux techniciens en salopettes portant un écusson Dananecorp installent un immense écran plat sur un support au mur en face du lit. DAVID, portant une combinaison en vinyle bleue clair, debout, les observe alors que SYLVIANE, en orange clair, est assise en tailleur sur le lit.

DAVID
Et vous dites que ça va me rapporter
 combien par mois ?

TECHNICIEN 1
Vous avez choisi le modèle le plus lucratif,
à 1000 cocas par mois.

SYLVIANE
C’est sympa, tu vas pouvoir me faire plein
de petits cadeaux avec tout cet argent

DAVID
(hésitant)
Euh oui, mais pas tout de suite, je veux
d’abord finir de payer le crédit du musée.

SYLVIANE
(faisant la moue)
Encore ton stupide musée ! Je vais aussi
devoir me taper la pub de ce panneau, je te
signale et j’en ai rien à faire de savoir
comment ils grillaient leur pain dans les
années 90.

DAVID
(souriant à demi)
Et si on se faisait ce B-trek dont tu parles
 depuis si longtemps ?


SYLIVANE se lève et saute au cou de DAVID,
tournant autour de lui en sautillant jusqu’à ce
qu’ils tombent sur le lit en riant.

SYLVIANE
(en l’embrassant, assise sur lui )
Tu sais que je t’aimes toi ?

TECHNICIEN 1
(off, se racle la gorge)


DAVID et SYLVIANE se retournent vers le technicien puis se regardent avant d’éclater de rire. David se lève du lit, laissant SYLVIANE allongée et prend une plaquette et un stylo que tend  TECHNICIEN 1 pendant que TECHNICIEN 2 attend vers la porte avec ses outils.

DAVID
Excusez nous. Je signe où ?

TECHNICIEN 1
(montrant les emplacements du doigt)
Ici, ici et la date ici.


David prend la plaquette et signe.

TECHNICIEN 1
Je vous rappelle les termes
du contrat : vous n’avez pas le droit
d’éteindre le panneau pour quelque
raison que ce soit, une prime de
 3 cocas sera attribuée par heure
et par personne présente
dans la pièce en dehors du contractant,
vous venez de signer
 pour une durée d’un mois
renouvelable automatiquement sauf
ordre signé de votre part
 au minimum 5 jours avant
le renouvellement,
 Dananecorp décline toute responsabilité en cas
 d’insomnie ou de troubles
psychologiques liés à une exposition
au panneau publicitaire D921C.

 
DAVID rend la plaquette signée au TECHNICIEN 1 et SYLVIANE se lève pour prendre DAVID dans ses bras, se tenant derrière lui. TECHNICIEN 2 ouvre la porte et fait au revoir de la main.

TECHNICIEN 1
(passant sa main derrière le panneau)
Voilà, je vais le mettre en route et merci
d’avoir choisi le panneau Dananecorp D921C.

INSERT (PUBLICITE 1)

INT. SUPERMARCHE (MONDE B). JOUR

D’immenses rayonnages, d’une vingtaine de mètres de haut, sont parcourus par des avatars assis dans des caddies volants choisissant parmi les centaines de produits arborant le logo DANANECORP. Une musique d’ambiance composée de slogans comme « j’aime acheter » ou « acheter me rend heureux » à peine dissimulés résonne dans les couloirs.

VOIX FEMININE
(off)
Bienvenue au B-mart ! Venez chercher votre
bonheur parmi notre choix de plus de 50000
produits. Apprenez à piloter nos caddies
volants pour vivre une expérience inoubliable.


Une fois leurs courses terminées, les clients garent leurs caddies de manière parfaitement synchronisée sur une piste d’atterrissage, un panneau lumineux leur indiquant le total de leurs achats surmonté d’un « seulement » et suivi d’un point d’exclamation.

VOIX FEMININE
(off)
Aucun effort à faire, garez votre caddie et
notre ordinateur calcule automatiquement le
 montant de vos achats.


Le panneau clignote et une voix robotisée résonne.


VOIX FEMININE
(off)
Merci de scanner votre puce d’identification sur
 votre B-borne afin de procéder au règlement de
vos achats.


Le client en face de la borne passe son avant-bras devant un laser rouge.

VOIX FEMININE
(off)
Félicitations, Adrien ! Vous venez de payer
 la somme de seulement 318 cocas !
(Applaudissements)


INT. APPARTEMENT ADRIEN. JOUR

ADRIEN, le client du supermarché est assis dans son appartement, semblable à celui de DAVID sauf pour la déco, devant son établi et soude des composants électroniques sur un circuit. Une sonnerie retentit et ADRIEN lève la tête avant de se diriger vers la porte pour l’ouvrir.

VOIX FEMININE
(off)
Profitez de notre service de livraison
ultra-rapide et recevez vos provisions directement
chez vous.


Derrière la porte, un LIVREUR souriant en combinaison verte DANANECORP tend des sacs plastiques pleins à ADRIEN, qui les prend et les pose à côté de lui. Le LIVREUR échange quelques mots avec ADRIEN, ils éclatent de rire de bon coeur et ADRIEN referme la porte.

VOIX FEMININE
(off)
Chez B-mart, notre première préoccupation
est la satisfaction de nos clients.


ADRIEN dresse son pouce et adresse un clin d’œil en souriant.

VOIX FEMININE
(off)
Votre bonheur se trouve chez B-mart !


FIN DE L’INSERT (PUBLICITE 1)



3. INT. APPARTEMENT DAVID. SOIR.

DAVID, SYLVIANE et ANOUAR, assis autour de la table, mangent une bouillie blanche informe, jetant de temps à autre un coup d’œil au panneau publicitaire qui diffuse des spots en continu. DAVID feuillette le mode d’emploi du panneau publicitaire.

SYLVIANE
Et ça s’éteint la nuit ?

DAVID
D’après le manuel, j’ai le droit de baisser
 le volume mais il remonte au bout de
 deux heures progressivement.

SYLVIANE
Mais c’est un truc de fou ! Tu veux pas
 dormir chez moi plutôt ?

DAVID
Ben non, sinon le capteur de mouvement me
 verra pas et je serais pas payé. D’ailleurs
 plus on est nombreux, plus chuis payé.

ANOUAR
Aaah d’accord ! Je viens de comprendre pourquoi
 tu m’as invité à manger ce soir.

SYLVIANE
(d’un ton joueur)
Voyons, tu es la première personne à qui
 il a  pensé, ça devrais te flatter !

DAVID
Et pour une fois que t’es là.

SYLVIANE
Tiens, c’est vrai ça, on te vois pas souvent,
 tu disparais où à chaque fois ? Tu  restes
enfermé chez toi ? Parce que je vois pas ce
que tu pourrais faire d’autre…à moins que…

DAVID et SYLVIANE
(ensemble)
T’as trouvé une copine ?

ANOUAR
Voyons, les enfants, lorsque vous aurez mon âge,
 je suis sûr que vous apprécierez un peu
d’intimité. (silence)David, parles moi plutôt de ce musée,
 ça en est où ?


SYLVIANE se cache les yeux de la main et pousse un soupir exagéré.

DAVID
Et bien, j’ai encore pu modéliser
quelques objets grâce aux photos
anciennes que tu m’as ramené,
et ça avance pas mal, j’ai presque
pu reconstituer tout un salon
des années 90, je compte
également ajouter une famille d’avatars
intelligents en habits d’époque
dès que le panneau m’aura
rapporté assez d’argent pour
m’offrir le programme de
développement.

SYLVIANE
( levant les yeux au ciel, l’air faussement ennuyé)
Et voilà, il va nous en parler
pendant des heures maintenant,
 c’est malin.

ANOUAR
Voyons, ça m’intéresse aussi.
J’essaierais de te trouver d’autres photos…

DAVID
Justement, je voulais te demander,
tu sors d’où tout ces trucs ? Parce
que si tu me le dis je peux aller
me fournir moi-même.

ANOUAR
(après un moment d’hésitation)
Non, ça vient juste de mes vieilles
affaires, tu sais, j’ai beaucoup
de souvenirs des autres bulles.

SYLVIANE
(l’air soudain intéressé)
T’as vu beaucoup de bulles ?

ANOUAR
Oui, quatre ou cinq, c’était au début,
j’aidais à coordonner les serveurs
du monde B, ça m’a permis de voyager un peu.

SYLVIANE
Et t’es déjà allé à Technomotors ?

ANOUAR
J’y ai effectué un bref séjour mais
tu sais toutes les bulles se
ressemblent, malheureusement.

SYLVIANE
(soudain excitée)
Peut-être que tu as rencontré
mes parents !

ANOUAR
(surpris)
Tes parents ?

DAVID
Voyons Sylviane, c’est stupide !

SYLVIANE
Oui mes parents, ils vivent à
Technomotors, je les avais retrouvés
en sortant de zone d’éducation, mais
les supérieurs m’ont envoyée ici.

DAVID
T’es même pas sûre que ce soit tes
 parents, tu les as vus quand t’avais
 trois ans pour la dernière fois,
fais comme tout l’monde, oublie-les

SYLVIANE
( en lançant un regard noir à DAVID)
Je suis sûre que c’était eux ! Ma mère
 a pleuré quand ils m’ont emmenée.

DAVID baisse les yeux et mange sa bouillie en silence.

4. INT. APPARTEMENT DAVID. NUIT

DAVID et SYLVIANE dorment, éclairés par la lumière du panneau publicitaire.

FEMME 1
(off, ton enjoué)
Tu verras, essaies, ça a
changé ma vie !

FEMME 2
(off)
C’est vrai que tu as bonne mine,
oui, tu m’as convaincue.
Moi aussi, je vais acheter des
laxatifs amincissants Liquislim.


5. INT. APPARTEMENT DAVID. MATIN

DAVID
(off, d’une voix forte)
Fais attention, marche pas trop au bord,
les pierres tiennent pas.

SYLVIANE
(off, d’une voix forte)
Tu voudrais pas t’arrêter un moment
pour manger ? J’en ai vraiment
plein les pattes.

DAVID
(off, d’une voix forte)
Attends, encore quelques mètres et
on est arrivés, tu entends
pas la cascade ?


DAVID et SYLVIANE sont debout sur les bornes d’accès au monde B, en combinaisons sans manches, portant des casques de réalité virtuelle. Les tapis roulants sont inclinés pour simuler une côte.

SYLVIANE
(essoufflée)
Ca fait une demi-heure qu’on l’entend,
la cascade ! A chaque fois, tu
me dis que c’est après la butte.

DAVID
Encore celle-ci et si c’est pas là,
on s’arrête d’accord ?

SYLVIANE
Ok.


6. EXT. CRETE FALAISE (MONDE B). JOUR

DAVID, représenté par un avatar de taille et de corpulence moyenne, marche  sur le terrain rocailleux, presque désertique, au bord d’une falaise vertigineuse, tentant d’atteindre le sommet devant lui, plié sous l’effort, quelques mètres devant SYLVIANE, représentée par un avatar aux habits colorés et aux longs cheveux rouges et bleus coiffés en nattes. Lorsqu’il atteint le sommet, il se retourne vers SYLVIANE.

DAVID
(Parlant fort)
Ca y est ! C’est là !

SYLVIANE
(haletante)
Hé ben, c’est pas trop tôt, je sais pas
si j’aurais pu tenir encore bien longtemps.


SYLVIANE rejoint DAVID au sommet et tous deux contemplent le panorama, un large lac de montagne qui se jette de la falaise en une gigantesque cascade, cerné d’une végétation luxuriante. D’immenses oiseaux multicolores volent en cercle, poussant des cris aigus.

SYLVIANE
Wow, ça valait l’coup d’cracher ses poumons !

DAVID
Tu m’étonnes.


Au bas de la falaise, se trouve le plateau du monde B, la place avec le palais DANANECORP et, plus loin, d’autres immenses édifices, palais des autres bulles.

7. INT. APPARTEMENT DAVID. MATIN 

DAVID et SYLVIANE enlèvent leurs casques virtuels, les posent sur le support et se frottent les yeux. SYLVIANE se jette dans les bras de DAVID et l’enlace tendrement, posant sa tête sur son épaule.

SYLVIANE
Merci mamour, on peut regarder toutes
 les pubs que tu veux maintenant.

DAVID
C’est vrai que c’était beau, et
 ca rend l’exercice plus agréable,
 on devrait faire ça plus souvent.


8. INT. SUPERMARCHE (MONDE B). JOUR

DAVID se promène dans les rayonnages attrapant un produit de temps à autre pour le mettre dans son caddie volant. Il croise un avatar au corps musclé, et le regarde distraitement, puis avec insistance. Soudain son regard s’éclaire.

DAVID
LINCOLN ? C’est toi, LINCOLN ?

ADAM
(d’un air surpris)
DAVID ?

DAVID
Ouais ! Ca alors ! J’hallucine.

ADAM
(secouant la tête)
Non, en fait c’est Adam !


Un homme quelques mètres derrière DAVID a du mal à contrôler son caddie et ne cesse de heurter le rayonnage. Il finit par tomber hors de vue.

DAVID
(fronçant les sourcils)
Adam ? Mais ton avatar ressemble
à Lincoln, non ?

ADAM
Oui, c’est pour le retrouver, mais
 c’est une longue histoire, ça va toi ?

DAVID
Bien, ouais, ton frère a disparu ?

ADAM
Ca fait combien de temps qu’on
ne s’est pas vus ? 7 ans, depuis
notre sortie de la zone d’éducation ?
Et tu vis dans quelle bulle ?

DAVID
(haussant le ton)
Dananecorp. Adam, il est où,  LINCOLN ?

ADAM
Nous avons été séparés à la sortie
de la zone d’éducation, j’ai été
envoyé à Applesoft et Lincoln est
resté vers chez toi, du moins je
crois. Je ne sais pas où il est David,
c’est comme s’il avait disparu.
Je sais qu’il était un peu turbulent,
mais ils ne l’auraient quand même
pas envoyé à l’extérieur, non ?

DAVID
T’es sûr qu’il est pas
sur une aut’ bulle ?

ADAM
J’ai des contacts sur chaque bulle,
je le cherche partout depuis sept
ans et j’ai aucun signe de vie.

DAVID
Je me souviens, vous étiez
inséparables, donne moi ton adresse,
qu’on puisse se joindre, comme ça si j’entend quelque chose je te dis, on sait jamais.


Un écran sous forme de panneau liquide apparaît devant DAVID, puis un autre devant ADAM.

ADAM
Tiens, tu n’as qu’à m’appeler ici.
Je suis plutôt occupé avec mon
boulot mais tu n’as qu’à me laisser
un message si jamais.
 

ADAM sélectionne son adresse avec le doigt et la fait glisser devant DAVID qui l’attrape et la met sur son carnet.

ADAM
Merci David, ça m’a fait plaisir
 de te revoir, ça serait bien
qu’on se fasse un truc un de ces jours.

DAVID
Pas de problème, mon
pote, je t’appelle.


DAVID et ADAM repartent sur leurs caddies volants, se saluant de la main, heurtant un rayonnage de temps à autre.


9. EXT. PLACE DANANECORP (MONDE B). JOUR

DAVID sort du B-Mart et, après avoir marché sur un dizaine de mètres se trouve face à un écran géant situé sur une immense place cernée de bâtiments extravagants. Derrière lui se trouve le palais Dananecorp, un majestueux palais dans le style Kremlin, surmonté d’une énorme enseigne DANANECORP, autour duquel tournent de nombreuses enseignes publicitaires volantes. Sur l’écran, un présentateur aux dents blanches et à la peau bronzée, habillé d’une combinaison bleue marine s’adresse à la foule.

PRESENTATEUR
Chers collègues, le conseil de
Dananecorp ainsi que le département
génie civil sont fiers de vous
annoncer l’inauguration imminente
du dernier tunnel interbulles.


L’écran affiche maintenant l’image d’un chantier qui prend peu à peu du relief et sort du cadre pour engloutir les spectateurs.


10. INT. CHANTIER DU TUNNEL. JOUR

Un tunnel immense est creusé dans la roche, à sa gauche se trouve une maquette animée ou l’on aperçoit de petites capsules propulsées à l’intérieur à grande vitesse, jusqu’à une sorte de gare. Le chantier réel est quasiment terminé et il ne manque plus grand-chose pour qu’il ressemble à la maquette, le bâtiment de la gare n’a plus besoin que d’un coup de peinture sur la façade.

PRESENTATEUR
(off)
Voici la future gare de Dananecorp.
Ce tunnel terminera ainsi le réseau,
permettant la circulation inter-bulles
et l’échange de denrées entre
Dananecorp et Applesoft. Comme vous
pouvez le voir sur la maquette,
le mode de déplacement est le même
que pour les autres : un système de
capsules propulsées par de l’air
comprimé. Le conseil prévoit pour
cette occasion une grande cérémonie
d’inauguration qui aura lieu dans deux
semaines. Je vous donne donc rendez-vous
sur cette même place pour entendre le
discours de notre PDG et accueillir
les premiers visiteurs officiels
d’Applesoft. Bonne journée à tous.
Que Dananecorp nous préserve de l’extérieur !


INSERT (PUBLICITE 2)

INT. APPARTEMENT DAMIEN. JOUR

DAMIEN, un jeune homme blond de 25 ans, est allongé sur son lit dans un appartement semblable à celui de DAVID mais décoré de posters de pub.

DAMIEN
Pffff, j’en ai marre, je sais pas
quoi faire ! Je m’ennuie.


Un REPRESENTANT en combinaison à paillettes, les dents blanches et le teint bronzé apparaît dans un grand flash lumineux.

REPRESENTANT
(portant une main en coupe à son oreille)
Comment ? Tu ne sais
pas quoi faire de ton temps ?
Alors je crois que
TRAVAIL + a la solution !


Le REPRESENTANT claque des doigts et un fer à souder apparaît sur l’établi.

REPRESENTANT
Voilà ton outillage, que tu peux
acheter à crédit au taux
extraordinaire de 15%

(off)
Sonnerie de porte


DAMIEN est maintenant assis sur le lit, l’air émerveillé pendant que le REPRESENTANT ouvre la porte sur un livreur en combinaison verte DANANECORP qui tend un gros colis plastifié.

REPRESENTANT
Et voilà le travail qui va te permettre
de gagner de l’argent tout en
occupant ton temps libre !


DAMIEN s’est levé et déballe le colis comme si c’était un cadeau de Noël, posant des composants électroniques, des bouts de câbles et des connecteurs sur l’établi.

PRESENTATEUR
Il suffit de suivre les plans fournis
 avec le colis, de faire le montage
demandé et de renvoyer le tout à
TRAVAIL+ pour gagner ton argent !

DAMIEN est maintenant assis à l’établi, soudant un composant sur un circuit d’un air appliqué.

PRESENTATEUR
Bien sûr, si tu n’aimes
pas l’électronique,
(il claque des doigts et une machine à coudre apparaît)
tu peux aussi faire
de la couture,
(il claque des doigts et un petit ordinateur apparaît)
Ou de la programmation. Alors si tu
t’ennuies, n’hésites pas :
TRAVAIL+ ? Pour gagner plus !

FIN DE L’INSERT

11. INT. APPARTMENT DAVID. SOIR

SYLVIANE, debout derrière DAVID, l’enlace  alors qu’il est assis devant un écran, modélisant un fer à repasser d’après une photo posée à côté de lui puis elle se déshabille et prépare le lit pour se coucher pendant la conversation. Elle baisse également le volume du panneau publicitaire.

DAVID
J’ai vu un reportage aujourd’hui.
Ca parlait de l’inauguration du
tunnel avec Applesoft, ils vont faire
ça dans deux semaines.

SYLVIANE
Ouais, je vois pas trop l’intérêt,
on reste toujours dans notre bulle
de toute façon, ça va pas changer
grand-chose à nos vies.

DAVID
Ben, je me disais que j’allais
ajouter un plan de notre bulle
dans le musée pour les
futurs visiteurs.

SYLVIANE
Et tu vas trouver
ça ou ?

DAVID
Je vais le faire. Ca me donnera
l’occasion de visiter un
peu notre bulle.

SYLVIANE
Ca, ça m’était jamais venu à l’idée.
Je pense pas qu’il y ait grand-chose
à voir, à part des tuyaux et des
couloirs d’appartement.

DAVID
Je verrais bien, je vais filmer
de toute façon, comme ça, tu
pourras regarder aussi.

SYLVIANE
(allongée dans le lit)
Ouais bon, tu veux pas
venir te coucher ?

DAVID
Pas tout de suite, je veux d’abord
finir ça, pour le mettre dans mon musée.

SYLVIANE
(chausse des écouteurs et ferme les yeux)
Bon, je vais écouter un livre alors.

La sonnette  retentit. DAVID se lève et se dirige vers la porte.

DAVID
(dans sa barbe)
Et qui c’est encore à cette heure ci ?


DAVID ouvre la porte sur un homme mal coiffé, dans une combinaison verte B-MART crasseuse, qui pose sans ménagement un colis volumineux sur le sol.

EMPLOYE B-MART
David NGOKOSO ?

DAVID
(méfiant)
Ouais ?

EMPLOYE B-MART
(Parlant vite, récitant du par cœur)
Votre commande est arrivée, merci
d’avoir choisi B-MART,
 signez là.


L’employé tend un papier et un stylo que DAVID utilise pour signer.

EMPLOYE B-MART
Bonne journée monsieur, nous restons
à votre disposition pour
toute information.


DAVID penché sur le colis, lève la tête pour répondre et reste la bouche ouverte en voyant que l’EMPLOYE B-MART est déjà parti. DAVID attrape un couteau sur l’établi et déballe le colis.

DAVID
(marmonnant dans sa barbe)
Pas idée de livrer à des
 heures pareilles.


DAVID ouvre le colis, prend plusieurs produits, regarde les étiquettes, les pose à côté du carton et retourne le reste des emballages dans le carton.

DAVID
(énervé)
Oh mais c’est pas vrai !

SYLVIANE
(ouvre les yeux et enlève un écouteur)
Qu’est-ce qui t’arrive ?

DAVID
(se relève et montre le colis)
C’est B-MART, ils m’ont livré
que la moitié des colis, putain !


SYLVIANE sourit, remet son écouteur et referme les yeux.

INSERT (PUBLICITE 3)

EXT. PLACE DANANECORP (MONDE B). JOUR

Une cinquantaine d’avatars en tous genres se promènent sur la place. Tout à coup, un FORCENE, habillé d’une combinaison en vinyle noire hurle au milieu de la foule et agite les bras, tabassant des avatars proches de lui. Il sort un sabre de son dos et les attaque violemment, s’acharnant sur les corps au sol, qui disparaissent. Les avatars survivants s’éparpillent en hurlant.

INT. APPARTEMENT FORCENE. JOUR

LE FORCENE, vêtu d’une combinaison en vinyle noire, debout sur son module du monde B, le casque sur la tête, s’agite en hurlant et en bavant. La porte d’entrée de son appartement coulisse et deux hommes en uniforme Dananecorp bleus se ruent sur lui, lui font une piqûre et l’emmènent. Le PRESENTATEUR, la quarantaine, le teint bronzé, les dents blanches et une coiffure grisonnante impeccable apparaît en costume vinyle brillant.

PRESENTATEUR
(l’air sérieux)
L’homme que vous venez de voir a
été victime d’une crise d’identité.
Le stress de sa vie réelle et une
utilisation trop prolongée du monde B
l’ont déconnecté de la réalité,
provoquant un épisode de délire
intense.
(en souriant)
Heureusement, grâce aux
impulses, cet état est réversible.


INT. LABORATOIRE. JOUR

L’HOMME EN NOIR est attaché sur un fauteuil de dentiste dans une pièce aux murs blancs éclairée par des néons. Deux hommes en combinaisons blanches lui posent des électrodes sur le crâne, le raccordent à toute une batterie d’appareils médicaux et lui placent un morceau de caoutchouc dans la bouche. Le PRESENTATEUR, au sourire éclatant, est debout derrière le fauteuil, les mains posées sur les épaules du FORCENE. Il enlève ses mains et contourne le fauteuil en parlant.

PRESENTATEUR
Grâce à une série d’impulsions
électriques précises, nous allons pouvoir
(marquant les guillemets de ses doigts)
 « redémarrer » son cerveau
et effacer certains souvenirs de
manière à ce qu’il puisse reprendre
une vie normale.


Le PRESENTATEUR se déplace sur la gauche tout en parlant, s’éloignant du FORCENE.

PRESENTATEUR
Bien sûr, nous nous trouvons ici
dans un cas extrême, mais il est
possible d’agir dès les premiers
symptômes de dépression. Alors ne
faites pas comme lui, prenez rendez
vous avant qu’il ne soit trop tard.


(OFF)
Bruit de chocs électriques et cris
 du FORCENE, étouffés par le
morceau de caoutchouc.

PRESENTATEUR
(désignant la caméra du doigt)
Si vous désirez effacer quelques
souvenirs déplaisants ou évacuer
votre stress, offrez vous une séance
d’impulses pour la modique somme de
500 cocas. Redonnez un peu
d’énergie à votre vie !

VOIX FEMININE
(OFF)
Une seule séance d’impulses autorisée
par personne et par semaine, pour plus
d’informations veuillez contacter
nos hôtesses du monde B.

FIN DE L’INSERT


12. INT. SOUS SOL. JOUR

DAVID, vêtu d’une combinaison grise, une petite caméra fixée sur sa tête et un petit boitier clignotant à la ceinture, parcoure des couloirs sombres et crasseux, encombrés de tuyaux et de câbles. Il avance prudemment à la lueur de petites lampes néons fixées tous les dix mètres, regardant tout autour de lui, de temps à autre, des grincements ou des chuintements se font entendre.

DAVID
(tout bas)
Je suis actuellement dans le sous sol
de Dananecorp, au milieu des câbles
et des canalisations.


Il s’arrête devant une porte marquée de deux panneaux indiquant « défense d’entrer »  et « salle des serveurs », et tente d’actionner la poignée sans succès.

DAVID
Voici la salle des serveurs. Tout
le palais Dananecorp, mon musée
et beaucoup d’autres choses sont
dans cette pièce, sous
forme de 0 et de 1.


13.INT. APPARTEMENT DAVID. JOUR.

Un écran plat raccordé à un petit boitier clignotant retransmet les images enregistrées par DAVID

DAVID
(off)
Ca fout un peu les boules, ces tunnels !
J’espère que la vidéo fonctionne bien


14. INT. SOUS SOL. JOUR

DAVID continue son chemin, descend un escalier de métal et pose son pied sur le sol.

VOIX METALLIQUE
DAVID NGOKOSO !


DAVID sursaute, pousse un cri de surprise, pose sa main droite sur son cœur et s’appuie de la main gauche sur la rambarde de l’escalier.

VOIX METALLIQUE
Vous n’êtes pas autorisé à pénétrer
dans la zone d’éducation, veuillez
faire demi-tour.

DAVID
(énervé)
La vache ! Pas possible de me faire
des frayeurs comme ça !

VOIX METALLIQUE
DAVID NGOKOSO ! Vous n’êtes pas
autorisé à pénétrer dans la zone
d’éducation, veuillez faire demi-tour.


DAVID remonte l’escalier doucement.

DAVID
Ouais c’est bon ! Bon, on dirait
qu’on va pas voir grand-chose à
part des tuyaux. Pas le droit de
rentrer dans la salle des serveurs,
pas de zone d’éducation, ça sert
plus à rien cette visite ! Je vais
encore voir l’échelle là-bas et si
ça donne rien, j’abandonne.


(off)
Un homme crie quelque chose
d’incompréhensible

DAVID
(chuchotant)
Et c’était quoi ça ?

SYLVIANE
(off, voix grésillant)
David ?


DAVID sursaute à nouveau.

DAVID
Mais c’est pas vrai, ça ! Je vais
choper une crise cardiaque
avec ces conneries !

SYLVIANE
(off, voix grésillant)
DAVID ? CRRR… m’entends ?


DAVID approche son poignet de sa bouche et appuie sur un bouton.

DAVID
Oui, qu’est-ce qui ya ?

SYLVIANE
(off, voix grésillant)
CRRR…Problème…CRRR….ANOUAR….CRRR…
aut…que..CRRR…remontes vite.

DAVID
Bon, j’ai rien compris
mais j’arrive.


DAVID lâche son poignet et cours.

15. INT. COULOIR. JOUR.

DAVID court dans un long couloir éclairé au néon, plein de portes numérotées sur sa droite et sa gauche. DAVID tourne à l’angle du couloir et ralentit le pas, SYLVIANE, dos à lui, interpelle deux hommes en combinaison bleue qui entraînent ANOUAR, menotté, le tenant par les bras.

SYLVIANE
(criant)
Laissez-le tranquille, qu’est-ce
que vous faites !

DAVID
Sylviane ! Qu’est ce
qui se passe ?


SYLVIANE se retourne et se jette dans les bras de DAVID. ANOUAR tourne la tête, très calme.

ANOUAR
Ne vous inquiétez pas, tout va bien
se passer. Je n’en ai pas
pour longtemps.

DAVID
(regardant tour à tour Sylviane et Anouar)
C’est quoi le problème ?
Ou ils l’emmènent ?

SYLVIANE
(l’air affolée)
Je sais pas, David,
fais quelque chose !

ANOUAR
(en s’éloignant)
Non, David, ne t’en mêles pas,
je vais revenir. Tout va
bien se passer.

DAVID
(à Sylviane)
Qu’est ce qui se passe à la fin,
quelqu’un va me répondre ?

SYLVIANE
(posant sa tête sur l’épaule de David)
Anouar s’est fait choper en train
de fumer une cigarette chez lui.

DAVID
(étonné)
Une cig… mais c’est interdit de
fumer ! Et comment il a fait
pour en trouver une ?

SYLVIANE
(les larmes aux yeux)
Je sais pas, David, mais ils
parlaient de le virer, ils l’emmènent
chez les supérieurs.


ANOUAR disparaît à l’angle du couloir accompagné des deux gardes. DAVID serre SYLVIANE dans ses bras.

DAVID
(doucement)
T’inquiètes pas, il est pas con,
il sait ce qu’il fait. Et pis
vu le temps que ça fait qu’il
travaille pour la bulle, ils vont
pas le virer comme ça. Au pire il
pourra choisir les impulses. Et
où il a trouvé une clope ?


16. INT. APPARTEMENT DAVID. JOUR

DAVID allonge SYLVIANE sur le lit, il s’assoit à côté  et rabat les couvertures sur elle, déposant un baiser sur son front.

DAVID
T’inquiètes pas, reposes toi.
De toute façon, on peut rien faire
pour l’instant. Anouar savait qu’on
n’a pas le droit de fumer, y a des
règles à respecter. Je sais
pas ce qui lui a pris.

SYLVIANE
Ils vont le virer ! Tu sais
ce que ça veux dire ?

DAVID
Mais non, t’inquiètes. Ca fait peur,
je sais, mais on n’y peut rien.


DAVID se relève et prend sa caméra posée sur l’établi.

SYLVIANE
Où tu vas ? Me laisse pas !

DAVID
T’inquiètes pas, je vais revenir
dans pas longtemps. J’ai entendu
quelque chose et je veux voir
ce que c’est. Reposes toi, écoutes
un peu de musique et si tu as
besoin de quelque chose,
appelle-moi sur le multicom.


DAVID éteint l’écran qui retransmet l’image de sa caméra et sort de l’appartement
 

17. INT. SOUS SOL. JOUR

 DAVID, est à l’endroit où il a entendu la voix d’homme.

DAVID
C’était par là, doit y avoir
un passage vers la zone d’éducation.


DAVID éclaire quelques recoins sombres avec sa lampe de poche et trouve une bouche d’égout entrouverte. Il pose la lampe sur le bord et déplace la plaque, découvrant une échelle.
Il reprend la lampe et illumine l’échelle qui descend très profond.

(off)
Un homme crie quelque chose d’incompréhensible


DAVID pose les pieds sur le premier barreau et descend

DAVID
Pourrez pas dire que je me suis
pas cassé le cul pour vous
faire voir où on vit.


DAVID disparaît dans le noir.


18. INT. CANALISATIONS. JOUR

DAVID avance prudemment dans une immense canalisation d’égout.

(off)
Acclamation de foule

DAVID
Y a quelqu’un ?


DAVID avance dans le réseau, tourne une fois à droite, deux fois à gauche, se guidant au son des voix. Après le dernier virage, il débouche sur une ouverture, avec de la lumière et avance jusqu’au bord.

DAVID
(stupéfait)
Oh putain !


Une quinzaine de mètres plus bas, une immense caverne peuplée de petites baraques en tôle et d’une foule de gens habillés en guenilles, au loin une dizaine de gigantesques hangars. Le tout est un bidonville très animé, un VENDEUR, debout sur un tonneau, procède à une vente aux enchères, proposant des cigarettes, des livres, etc . C’est la voix qu’entendait DAVID

VENDEUR
(parlant très vite)
Un paquet de tabac tout neuf,
fraîchement cueilli dans une serre
clandestine. Je fixe la mise à
200 cocas. Y a-t-il des amateurs ?


Un homme dans la foule lève le bras.

VENDEUR
Oui ! Monsieur là-bas est preneur
à 200 cocas ! Qui dit mieux ?

FEMME EN GUENILLES
(levant le bras)
220 !

VENDEUR
220 ici ! y a-t-il un amateur à 240 ?
Allons messieurs, une
tite clope ?


19. EXT. NIVEAU OUVRIERS. JOUR

DAVID avance au milieu d’une rue poussiéreuse, regardant autour de lui, la bouche ouverte. Les passants, habillés de chemises déchirées, de vieux jeans et de guenilles reprisées le bousculent en le dépassant, le fixant d’un œil mauvais, certains fument des cigarettes. DAVID, conscient des regards fixés sur lui, rentre la tête dans les épaules et respire rapidement, pris d’angoisse. La foule se referme sur lui, il s’arrête respirant de plus en plus vite et pousse tout le monde sans ménagement jusqu’à atteindre un espace libre entre deux cabanes en tôle.

DAVID
(d’une voix paniquée)
Poussez-vous, poussez-vous.


Une fois entre les deux cabanes en tôle, il se penche, appuyant ses mains sur ses genoux, respirant profondément.

DAVID
(se parlant)
Tout ce monde d’un coup, jamais
vu autant de monde.


Deux hommes, un GRAND COSTAUD et un PETIT TOUT SEC mais musclé arrivent entre les deux cabanes, l’air hostile. DAVID se relève et recule un peu.

GRAND COSTAUD
Alors, on a perdu ses gardes
 du corps ?

PETIT TOUT SEC
C’est rare un supérieur sans
 garde du corps.

GRAND COSTAUD
Viennent pas sans gardes du
corps, trop peur.

DAVID
(levant les mains ouvertes devant lui)
Ecoutez, je veux pas
d’ennuis.

PETIT TOUT SEC
Pour les ennuis, c’est nous
qu’on décide.


GRAND COSTAUD arrache la caméra de la tête de DAVID et la regarde attentivement pendant que PETIT TOUT SEC pousse DAVID sur le torse.


PETIT TOUT SEC
(Poussant DAVID)
Je hais les supérieurs.
Vous nous laissez dans la merde.
Tranquilles devant vos écrans.
Pendant qu’on trime.

Soudain, GRAND COSTAUD s’effondre, assommé par un HOMME brandissant un tuyau derrière lui. DAVID se cache le visage mais l’HOMME frappe PETIT TOUT SEC qui tombe, une main plaquée sur le front.

HOMME
(Faisant un signe de la main)
Dépêches-toi, suis-moi,
grouille !


DAVID se redresse, méfiant puis suis L’HOMME qui retourne dans la rue en courant. Tous deux se fraient un chemin dans la foule sur une dizaine de mètres puis l’HOMME fait glisser une tôle sur sa gauche et s’engouffre dans l’ouverture, suivi par DAVID.

20. INT. ABRI DE TOLE. JOUR 

Un matelas recouvert de vieilles couvertures est posé sur le sol à côté d’une table en métal rouillé recouverte d’une plaque de verre. Plusieurs outils et ustensiles de cuisine sont accrochés à des clous plantés dans la tôle.
DAVID recule vers le fond de l’abri pendant que l’HOMME referme l’ouverture.

DAVID
Ecoutez, je sais pas ce que vous
voulez mais laissez moi partir,
s’il vous plaît, je reviendrais pas.

L’HOMME
(en se retournant)
T’inquiètes pas, je vais rien te
faire mais tu peux pas sort… DAVID ?

DAVID
( l’air étonné )
Comment  vous connaissez… LINCOLN ?
C’est toi, LINCOLN ?


Ils se jettent dans les bras l’un de l’autre.

DAVID
Oh putain, LINCOLN ! Mais qu’est-ce
que tu fous ici ? Et on est où ?
J’hallucine ! LINCOLN !

LINCOLN
( donnant une grande claque
sur l’épaule de DAVID)
Si tu savais comme ça me fait
plaisir de te voir, mon gars !
Alors comme ça tu fais partie des supérieurs ?

DAVID
Comment ça ? Non. Je visitais la
bulle pour mettre un plan
dans le monde B et…

LINCOLN
Excuse moi mais vu comme t’es fringué,
ça se voit que t’es pas du coin,
la zone d’éducation t’a mieux
réussi apparemment.

DAVID
Et toi ? Mais qu’est-ce que tu
fous là ? Tu parles d’une coïncidence,
j’ai croisé ton frangin et
il te cherche partout.

LINCOLN
( fait mine de rouvrir la tôle)
Adam ? T’as croisé Adam ? Il est
où ? Il est venu avec toi ?

DAVID
Non ! Dans le monde B, je l’ai croisé
dans le monde B. Je suis
venu tout seul ici.

LINCOLN
C’est quoi ce monde B dont tu parles ?
Emmènes moi là-bas !

DAVID
Tu connais pas le monde B ? Je peux
pas t’emmener, c’est juste un programme
informatique. Putain mais
on est où ?

LINCOLN
Bienvenue au niveau des ouvriers !
On nous a pas parlé de ça en
zone d’éducation, hein ?

DAVID
C’est quoi ce bordel ? Me
dis pas que tu vis là.

LINCOLN
Ben si, t’es chez moi, là, alors
essuie tes pompes et tiens toi bien.

DAVID
Mais vous faites quoi tous,
ici ? Tout ce monde…

LINCOLN
Ils nous ont jugés trop bêtes ou
trop turbulents pour passer au niveau
au-dessus, du coup, ils nous
empilent là comme des rats.

DAVID
Et vous vous laissez faire ?

LINCOLN
On a pas bien le choix, c’est soit
ça, soit l’extérieur alors plutôt
que de crever de froid à moins
douze, on est toujours mieux ici.
C’est pas le grand luxe mais on
s’habitue et si on fait pas de
vagues et qu’on fait notre boulot,
ils nous emmerdent pas.

DAVID
Putain, tu peux pas rester là,
viens habiter chez moi,
y a de la place.

LINCOLN
( en riant)
Hé mais c’est une super bonne idée !
Comment j’ai fait pour pas y penser
avant ? Comme ça, on se fait  virer
tous les deux. Tu crois que
j’ai le choix ?

DAVID
Mais y a bien quelque chose à faire,
ça fait sept ans que ton frère
te cherche partout.

LINCOLN
Crois-moi qu’il doit y avoir plein
de gens qui nous cherchent tous de
partout. D’ailleurs il va falloir
que tu partes parce que si ils
apprennent que t’es là, t’es bien
dans la merde. Je vais
t’escorter à la sortie.

LINCOLN rouvre la tôle et passe la tête par l’ouverture puis il fait signe à DAVID.

LINCOLN
C’est bon, la voie est
libre, viens !


21. INT. APPARTEMENT DAVID. SOIR

DAVID entre précipitamment dans l’appartement et attrape un bout de papier plastique qui traîne sur le lit pour le lire.

SYLVIANE
(off)
Je suis rentré chez moi, j’ai besoin
de réfléchir. Je t’aime.


DAVID jette le papier plastique sur le lit et se dirige vers sa borne de monde B, chausse son casque.

22. EXT. PLACE DANANECORP (MONDE B). JOUR

DAVID est debout au centre de la place et le panneau liquide apparaît devant lui, comportant des informations sur ses amis. DAVID passe la main sur la photo d’ADAM.

VOIX FEMININE
(off)
Appel en cours : ADAM MC CORMICK

ADAM
(off, après quelques instants)
Oui ?

DAVID
(sur un ton pressant)
ADAM ? Il faut qu’on se voit,
j’ai une très bonne nouvelle,
t’as le temps ?

ADAM
Euh non. Pas là. Demain ? Ca te va,
demain ? Mais tu peux pas me
dire ça vite fait ?

DAVID
Non, trop long. Demain matin ?

ADAM
Ben…ouais. Au centre de remise en
forme alors. Ca te va ? On dit dix
heures ? T’es bizarre, tout va bien ?

DAVID
Ouais, ouais. A demain alors. Dix
heures au centre de remise en forme.


23. INT. APPARTEMENT SYLVIANE. SOIR

L’appartement est semblable à celui de David, sans panneau publicitaire, sans établi et avec une seule borne de monde B, le tout décoré avec des couleurs très vives. Sylviane se trouve dans la cuisine avec deux boites en plastique.

(off)
Sonnerie de la porte

SYLVIANE
(trottinant vers la porte)
Oui, j’arrive !


SYLVIANE ouvre la porte sur DAVID qui la prend dans ses bras et l’embrasse dans le cou.

DAVID
Ca va mieux ?

SYLVIANE
(l’air boudeur)
Oui. Tu as des nouvelles d’Anouar ?

DAVID
Non, ils ne l’ont toujours pas relâché.
(silence)
Je suis désolé de t’avoir laissé en plan.

SYLVIANE
(S’éloigne de DAVID et retourne
dans la cuisine)
Ouais, j’allais pas bien et toi, tu
t’en vas en me laissant toute seule !

DAVID
Je sais, excuse moi, Vi mais quand
tu entendras ce que j’ai à dire.

SYLVIANE
Je vois pas ce qu’il y a de plus
important que moi dans ta vie.


DAVID sourit et va s’asseoir à la table.

DAVID
Disons que ca concerne pas seulement
ma vie, mais tout le monde.

INSERT (PUBLICITE 4)

INT. CABINE DE DOUCHE. JOUR

ARLETTE, une jeune femme au physique agréable est nue dans la cabine, se versant la poudre contenue dans une bouteille blanche dans la main.

ARLETTE
Avant, je ne faisais pas attention
 à la marque de ma poudre douche.
(se verse la poudre dans les cheveux
et se frotte le corps avec.)
Mais c’était avant de
découvrir LAJLAX.
(elle se frotte partout et attrape
la pomme de douche suspendue à côté)
Avec LAJLAX, ma peau est redevenue douce
et mes cheveux sont soyeux.


ARLETTE ouvre une vanne et de l’air comprimé sort de la pomme de douche, la poudre sur son corps forme un nuage aussitôt aspiré par des trous dans la paroi. ARLETTE dirige l’air vers son visage, qui se déforme sous la pression.

INT. SALLE DE BAINS. JOUR

La salle de bains est minuscule, avec juste assez de place pour un toilette et un distributeur d’eau accroché sur le mur, alimenté par un tuyau sortant du mur. ARLETTE ouvre la cabine de douche et sort pour s’habiller.

ARLETTE
( se caressant l’avant bras
du bout des doigts)
Grâce à LAJLAX et son principe
actif bactéricide, je suis parfaitement
propre sans utiliser une seule goutte
de mes cinq litres d’eau quotidiens.
(le pouce levé)
LAJLAX, mon partenaire hygiène !

FIN DE L’INSERT
 

DAVID
Et voilà, LINCOLN est sous nos
pieds à dormir dans une poubelle
en tôle pendant qu’on mange des
bons plats préparés au chaud.

SYLVIANE
Mais tu te rends compte de ce que
ça veux dire ? Tous les gens
là-dessous sont des proches de
quelqu’un ! Si ça se trouve mes
parents sont là-dessous ! Je
veux que tu m’emmènes.

DAVID
(d’un ton ferme)
Alors ça pas question ! C’est
dangereux là-dessous ! Et t’imagines
pas comme c’est flippant de voir
autant de gens d’un coup, ils
étaient des centaines !

SYLVIANE
Je veux revoir mes parents ! Et
si tu veux pas m’y emmener,
j’irais toute seule.

DAVID
( tend ses mains pour prendre
celles de SYLVIANE)
Non, écoutes, j’ai eu une idée tout
à l’heure. Je vais poster une
annonce au  musée pour voir si des
gens ont perdu des proches et si
j’ai des réponses, je fais une liste
 que je donne à LINCOLN et on peut
rétablir le contact. Si tes parents
sont en bas, on va les retrouver.
Mais promet moi de jamais descendre là-bas.

SYLVIANE
(baissant les yeux)
Ouais.

   
24. EXT. SITE DE REMISE EN FORME (MONDE B). JOUR 

ADAM, dont l’avatar reflète maintenant son vrai visage est debout au bord d’un volcan en éruption,  renvoyant avec les pieds et les mains des boules de lave de la taille d’un ballon de football qui lui arrivent dessus. Un grondement continu résonne, ponctué par le bruit des impacts contre la lave. Lorsque DAVID apparaît à côté de lui, ADAM baisse le son ambiant sur un panneau liquide qui se matérialise devant lui et continue à frapper tout en discutant.

DAVID
Salut, c’est marrant je t’imaginais
plus comme un coureur.

ADAM
J’aime bien frapper aussi, ça détend.
Alors, qu’est ce qui était si urgent ?

DAVID
(sur le ton de la conversation)
J’ai retrouvé ton frère.


ADAM se retourne d’un coup et les boules de lave continuent à arriver, explosant sur lui, sans effet.

ADAM
Quoi ? Tu rigoles ?

DAVID
Non, c’est vrai, il est au niveau
des ouvriers. Tu lui manques.

ADAM
Au niveau des ouvriers ?
C’est quoi, ça ?
Une spécialité de votre bulle ?

DAVID
Je sais pas, j’ai découvert
ça hier. Il y a toute une population
dans le sous-sol, qui vit dans des
cabanes en tôle, LINCOLN est là-bas.
Ils l’ont pas jugé digne de notre étage.

ADAM
Et pourquoi il me contacte pas
dans le monde B ? Il se cache ou quoi ?

DAVID
Ils ont pas accès au monde B.
Ils ont même pas d’habits potables.

ADAM
(respirant un grand coup)
Putain ! Tu te rends compte que
je le cherche depuis 7 ans et
tu m’annonces ça comme ça ? Pourquoi
tu me l’as pas dit hier ? J’aurais
arrêté de bosser pour te voir !

DAVID
Je savais pas trop comment faire.
Il se passe tellement de choses
depuis hier. Mon voisin va sûrement
 se faire virer et Vi, ma copine le
prend pas très bien.

ADAM
Ils sont pas censés le
passer aux impulses ?

DAVID
Ouais. Je sais pas.

ADAM
Ca devrait bien se passer,
t’inquiètes.
(silence)
Bon, tu vas
revoir mon frère alors ?

DAVID
Ben justement, j’ai eu une idée.
Tu dois pas être le seul à chercher
ton frère, et je pense qu’il y a
un bon paquet de disparus au niveau
des ouvriers, tu veux m’aider à
réunir tout le monde ?

ADAM
C’est clair, je veux surtout
voir mon frangin.

DAVID
Alors voilà ce que
j’ai pensé….


25. EXT. COULOIR. JOUR

La porte de l’appartement s’ouvre sur DAVID, habillé en combinaison jaune, qui sort et tourne à droite alors qu’ANOUAR, des cernes sous les yeux et le teint pâle, débouche de l’angle du couloir, marchant droit devant lui en regardant ses pieds.

DAVID
Anouar ? C’est toi ?


ANOUAR, le teint pâle,  relève la tête.

ANOUAR
(d’un ton égal)
Tiens DAVID, ca va ?

DAVID
On s’en fout de moi, t’as vraiment
une sale tronche, qu’est-ce
qu’ils t’ont fait ?

ANOUAR
Interrogé pendant des heures,
essayé de savoir où j’avais pu me
procurer une cigarette, bref l’enfer.

DAVID
Ils t’ont pas fait
d’impulses ?

ANOUAR
Non, plus d’impulses pour
moi, je suis viré.

DAVID
( l’air horrifié)
C’est vrai ? Mais ils peuvent
pas faire ça ! C’est la mort assurée !

ANOUAR
Mais non, t’inquiètes pas,
ça va bien se passer.

DAVID
T’as déjà trouvé un job
dans une autre bulle ?

ANOUAR
Non, mais j’ai toujours rêvé de
voir l’extérieur, ça peut pas
être si terrible que ça.

DAVID
T’es fou ou quoi ? Des températures
à moins vingt degrés, des tempêtes,
des tsunamis, c’est impossible de
survivre, tout le monde sait ça.

ANOUAR
(baillant, recommence à marcher)
Ca t’ennuies pas si on en parles
plus tard ? Je suis claqué, ils
m’ont pas laissé dormir.

DAVID
Euh, d’accord, reposes toi bien.
SYLVIANE va être contente de ton
retour, elle se faisait du souci.

ANOUAR
(en ouvrant la porte de son appartement)
Passe lui le bonjour,
bonne nuit.

26. INT. ABRI DE TOLE. JOUR 

DAVID, accoudé à la table, est assis sur une chaise pendant que LINCOLN fait les cent pas dans l’abri.

LINCOLN
Tu sais qu’on peut se faire virer
avec tes idées à la con ?

DAVID
Lincoln, j’ai vu ton frangin et
il est prêt à nous aider, il veut
 venir te voir dès que le
tunnel sera terminé.

LINCOLN
Vous êtes tous tarés ! Tu sais
qu’à chaque fois que tu passes
une porte, ta puce d’identification
leur indique où tu es ? Les derniers
ouvriers qui ont essayé de sortir se
sont fait dégager direct. Ils
s’embarrassent pas avec nous,
y en a plein des comme nous.

DAVID
Tant que je passe par l’échelle,
ils sauront rien, y a pas
de détecteur là-bas.

LINCOLN
Ouais, ben je préfère que tu restes
en haut, on se passera des
messages par l’échelle.

DAVID
T’es d’accord alors ?

LINCOLN
Ouais, mais avant je veux que tu
saches ce qui se passe ici, ça te
donnera sûrement un peu de perspective.


LINCOLN prend des vieux habits sur le lit et les jette à DAVID.

LINCOLN
Tiens, enfile ça, on va
faire du tourisme.

27. INT. HANGAR PRODUCTION. JOUR 

DAVID, habillé en guenilles et LINCOLN sont sur une passerelle à dix mètres de haut dans un immense hangar, divisé en plusieurs parties. Dans la première, une cinquantaine de femmes sont assises devant des machines à coudre et cousent des combinaisons de multiples couleurs, pendant que dans la deuxième, des hommes utilisent des machines pour souder, couper du métal, assembler des pièces et travailler à la chaîne. Trois gardes armés en combinaison bleue font la ronde sur la passerelle.

LINCOLN
Essaye de pas trop te faire voir,
sinon ils vont nous mettre au boulot.
Déjà que j’en chie pour avoir
une demi-journée de libre.

DAVID
J’hallucine ! C’est vous qui
faites ça ! Je croyais que c’était
des collègues à l’étage qui faisaient
ça pour gagner un peu d’argent.

LINCOLN
D’après ce que j’ai compris,
ton appartement permet pas
vraiment  de bosser avec une meuleuse.

DAVID
Non, mais la couture et tout ça…
Je sais pas, je sais plus… J’en
prends plein la gueule depuis
quelques jours… Ca allait bien pour
moi avant…On était bien, à l’abri
de l’extérieur, je gagne bien ma vie,
pas de questions à se poser et là
tu me montres que si on a tout ça
c’est uniquement parce que vous trimez
comme des fous dans des conditions
de merde, qu’est-ce que tu veux faire ?

LINCOLN
Je veux juste te montrer que
t’auras beau expliquer à tes
collègues que ceux qu’ils cherchent
sont là, ça va rien changer pour
ceux qui sont ici. Tes collègues
seront soulagés ou blasés ou j’en
sais rien mais c’est tout. Tu va
améliorer leur vie, pas la nôtre.



28. INT. CANALISATIONS. JOUR

DAVID enlève les vieux habits et remet la combinaison, alors que LINCOLN regarde son village en contrebas. A l’autre bout de la caverne, une colonne d’ouvriers avance, cernée par des policiers.

DAVID
( les montrant du menton)
Qu’est-ce qu’ils font ?

LINCOLN
Ils vont au tunnel

DAVID
Au tunnel ?

LINCOLN
Le tunnel de liaison, il est pas
encore fini et l’inauguration
est dans une semaine.

DAVID
Putain, je croyais qu’y
avait des machines….

LINCOLN
(en s’énervant)
Ca fait pas tout les machines, sors
de ton monde, un peu. T’as une
machine qui te torche le cul ? Une
machine qui t’habille ? Et les
machines, qui c’est qui les construit ?
Vous êtes élevés dans un putain
de cocon, c’est pas de ta faute je
sais mais quand tu vois la vie qu’on
mène, tu comprends que ça me donne
envie de te réveiller à coups de
pieds au cul, non ?

DAVID
Excuse moi, je voulais pas…

LINCOLN
(se retourne vers la canalisation)
Ben ouais mais bon. Allez, tires
toi, ta femme t’attend. Je
passerais une fois par jour
vérifier si t’as laissé un message.

DAVID
On risque de pas se revoir
avant un moment

LINCOLN
Ouais, c’est plus prudent, passe
le bonjour à mon frangin.

DAVID
(en partant)
J’y manquerais pas.

29. INT. APPARTEMENT DAVID. SOIR :

DAVID rentre dans son appartement, une lumière clignote sur la borne de monde B. DAVID appuie sur un bouton.

ADAM
(off, tout excité)
DAVID, Il faut que tu passes à
ton musée, c’est hallucinant.

30. EXT. DEVANT LE MUSEE (MONDE B). JOUR

Le musée est situé au bord de la place Dananecorp, dans une  rue parallèle, cerné de petits bâtiments comme « Le palais du Flipper » ou « Atelier de coloriage ». DAVID se matérialise au milieu d’une centaine de personnages sous forme d’hologrammes tournant sur eux-mêmes et débitant tous en même temps un texte quasi semblable. Il se promène parmi les hologrammes, les observant.

(off, brouhaha de dialogue composé de ces mots)
Je m’appelle….J’ai été
aperçu pour
la dernière fois…Si vous m’
avez vu contactez….

DAVID
(dans un souffle)
Mais comment c’est possible,
autant de monde…


31. INT. APPARTEMENT DAVID. SOIR :

DAVID, SYLVIANE et ANOUAR sont assis autour de la table à manger. SYLVIANE joue avec la bouillie dans son assiette.

ANOUAR
Non, je ne veux pas changer
de bulle, j’en ai marre.

SYLVIANE
Mais tu vas faire quoi ? Ils vont
t’envoyer à l’extérieur, et
c’est la mort assurée.

ANOUAR
Je n’en suis pas si sûr, j’ai
entendu pas mal de rumeurs
parlant de villes entières
préservées et habitées.

DAVID
Des rumeurs ! Personne est jamais
rev’nu de l’extérieur, c’est juste
des conneries pour faire rêver les
gens. Tu l’as appris comme moi,
tous ceux qui n’ont pas voulu se
réfugier dans les bulles sont morts,
c’est grâce à Dananecorp et aux
autres entreprises de l’Union
si nous sommes là.

ANOUAR
Je crois que tu gobe un peu trop
ce qu’on te dit, DAVID. C’est pas
 toi qui me parlais de la situation
des ouvriers ? J’étais au courant, 
c’est la même chose dans toutes
les bulles et j’ai vu ce qu’ils
font subir aux gens qui essayent
d’ébruiter l’affaire. Ou crois-tu
que je me sois procuré une cigarette ?

DAVID
T’étais au courant alors ?
Pourquoi tu nous as rien dit ?

ANOUAR
Je ne voulais pas vous mettre en
danger, ça n’aurait servi à rien.

SYLVIANE
Et mes parents ? T’as pensé que
je pourrais retrouver mes parents ?

ANOUAR
Crois moi, si tes parents sont au
sous-sol, il vaut mieux que tu
les laisses tranquilles, vous n’avez
pas l’air de vous rendre compte
de quoi les supérieurs sont capables.

DAVID
Je pense que tu diabolises tout,
si ces gens sont au sous-sol,
c’est tout simplement parce qu’il
n’y a pas assez de place ici
pour tout le monde. Si on habite
ici, c’est parce qu’on l’a
mérité… On connaît les langages
de programmation, c’est grâce à nous
si la bulle tourne.

ANOUAR
Et tu trouves ça normal, toi ?

SYLVIANE
Tu te rends compte de ce
que tu dis, David ?

DAVID
Ben, ils sont toujours mieux ici
qu’à l’extérieur, non ? Au
moins ils sont en vie.

SYLVIANE
David, je crois qu’Anouar n’a pas
tort, pourquoi ils m’ont séparée
de mes parents ? Ils en avaient
pas besoin, c’était pas
nécessaire.

DAVID
Je te l’ai expliqué mille fois,
les parents ne servent qu’à la
procréation. Une fois que nous
rentrons en zone d’éducation, la
bulle fait le reste et nos parents
nous oublient tout comme nous
les oublions. Tout le monde apprend
ça, je ne comprends pas pourquoi
tu as tant de mal à l’accepter.

SYLVIANE
J’ai revu mes parents après la
zone d’éducation et crois-moi,
ils ne m’avaient pas oubliée.

ANOUAR
Il faut que tu ouvres les yeux,
David. Tout n’est pas aussi rose
que tu voudrais bien le croire.

DAVID
(haussant la voix)
De toute façon, vous voyez le mal
partout ! Je pourrais dire ce que
je veux, vous aurez toujours
raison ! Et s’ils sont aussi pourris
que tu le dis, pourquoi tu t’enfuis,
pourquoi t’essaies pas d’arranger
les choses, Anouar, hein ?

ANOUAR
(pose sa serviette et se lève)
Bon, je vais y aller, je pars demain
et j’ai encore pas mal
d’affaires à préparer.


DAVID regarde son assiette pendant qu’ANOUAR s’en va, raccompagné par SYLVIANE qui jette un regard noir à DAVID en passant et ouvre la porte.

ANOUAR
Merci pour ce repas,
passez une bonne soirée.

DAVID
(sans se retourner)
Ouais, bonne soirée.

SYLVIANE
Je m’excuse pour lui, tu sais,
toutes ces histoires…

ANOUAR
C’est pas grave, je vous
verrais demain.


32. INT. APPARTEMENT DAVID. MATIN

DAVID se lève du lit et enfile une combinaison grise pendant que SYLVIANE, allongée, la tête sur l’oreiller l’observe d’un œil, à son insu. DAVID attrape la liste des personnes disparues sur l’établi, dépose un baiser sur le front de SYLVIANE, qui a refermé l’œil et sort. SYLVIANE relève la tête, regarde en direction de la porte, se lève et s’habille précipitamment.

33. EXT. SOUS SOL. MATIN.

DAVID relit la liste, ouvre la trappe qui mène à l’échelle et y glisse la feuille de plastique puis s’en va. Quelques secondes plus tard, SYLVIANE arrive sur la pointe des pieds et ouvre la trappe pour descendre l’échelle.

34. EXT. NIVEAU DES OUVRIERS. MATIN.

SYLVIANE se promène au milieu des ouvriers, regardant autour d’elle, deux bébés sont accrochés dans des couvertures sur un mur, une FEMME AU VISAGE CRASSEUX tape au marteau sur une feuille d’acier pour la transformer en bol. Les regards de la foule se tournent peu à peu vers SYLVIANE, qui recule, hypnotisée par cette scène de pauvreté.
Un GROUPE D’HOMMES fend la foule et se dirige vers SYLVIANE, qui fait demi-tour et retourne vers l’échelle, en courant.
35. INT. APPARTEMENT.  DAVID. APRES MIDI :

 DAVID enfile son casque virtuel et appuie sur un bouton.

36. EXT. PLACE DANANECORP (MONDE B). JOUR.

Un écran géant est déployé devant des centaines d’avatars, certains aux habits ou aux formes extravagants, d’autres plus conventionnels, diffusant une vidéo retransmettant la cérémonie accompagnée de musique festive. Une immense banderole annonce la cérémonie d’inauguration du tunnel interbulles. Des cotillons tombent sur la foule en continu et le ciel est inondé de feux d’artifices multicolores, et de slogans de publicité.
Sur l’écran, LE PDG, un homme apparemment grand et musclé, au teint hâlé, prononce un discours.

LE PDG
(sur un ton solennel)
Mes chers collègues, aujourd’hui
est un grand jour. Malgré tous les
obstacles posés par la nature, la
race humaine a survécu à l’environnement
hostile qu’est devenue la terre.


37. EXT. ENTREE DU TUNNEL. JOUR

LE PDG de la bulle, en réalité un homme chétif au front grandissant lorsque l’image n’est pas retouchée, habillé d’une combinaison noire et blanche comme un costume, est debout sur un podium installé devant l’entrée du tunnel. Devant lui, se massent une dizaine de personnes toutes en combinaisons noires et blanches, manifestement des VIP, cernées par trois gardes en combinaison bleue. Des caméras volantes tournent autour de la scène.

LE PDG
(sur un ton solennel)
Grâce à notre persévérance et notre
ingéniosité, nous avons enfin réussi
à créer un réseau de tunnels reliant
les bulles entre elles. Qui aurait
cru, lorsque les grands cataclysmes
nous ont forcés à migrer vers les
profondeurs, que nous serions capables,
tous ensemble de faire face. Car,
plus que survivre, nous pouvons
maintenant vivre.
(applaudissements de la foule)


Des bruits se font entendre sur la droite du podium.

GARDE
(tentant d’attraper quelque chose)
Hé, revenez ici !


SYLVIANE apparaît sur le podium, et s’avance d’un pas déterminé vers le PDG, qui recule, se protégeant le visage de ses bras, puis elle se tourne vers la foule, cernée par les caméras volantes.

SYLVIANE
Ne les écoutez pas !
Ils vous mentent !


Deux GARDES s’approchent et saississent SYLVIANE qui se débat, tentant de la faire descendre du podium.

SYLVIANE
Il y a tout un tas de gens au sous-sol !
Ils vivent comme des rats !
Comme des esclaves !
Ils vous mentent !


Un garde lui met la main sur la bouche pour la faire taire mais SYLVIANE le mord et il retire sa main avec un  cri de douleur.

SYLVIANE
Ecoutez-moi !
Ceux que vous avez perdus
sont au sous-sol !
Lâchez moi !

SYLVIANE disparaît derrière la scène, trainée par les gardes et le PDG reprend sa place, lissant sa combinaison.

LE PDG
Excusez-nous pour cette interruption.
Je vous rappelle qu’il est possible
d’éviter ce genre de crise par une
petite séance d’impulses préventive.
Ne vous inquiétez pas pour elle.
Notre personnel s’en occupe.
Que Dananecorp nous préserve
de l’extérieur !



38. EXT. PLACE DANANECORP (MONDE B). JOUR :

DAVID
(hurlant, et portant les mains à sa tête )
Sylviane !


39. INT. APPARTEMENT  DAVID. JOUR. :

DAVID enlève son casque virtuel et se rue en dehors de l’appartement.
                  
40. EXT. ACCES CHANTIER. JOUR 

DAVID arrive en courant devant une porte d’ascenseur portant un signe qui indique le tunnel vers Applesoft et un autre indiquant « Accès au chantier interdit ». Un garde en combinaison bleue, debout devant l’entrée lève la main, paume face à DAVID, interdisant le passage.

GARDE
Monsieur, vous ne pouvez
pas descendre.

DAVID
Mais je voudrais rejoindre le tunnel,
ma copine est là-bas.

GARDE
Le niveau d’alerte vient d’augmenter,
l’accès à l’ascenseur est interdit.

DAVID
Et il n’y a pas
d’escaliers ?

GARDE
Monsieur, vous ne pouvez
pas accéder au tunnel.

DAVID
(haussant le ton)
Mais puisque je vous dis que ma
copine est en bas. Elle est en
danger. Laissez moi passer,
à la fin !

GARDE
(sur un ton ferme, sortant un
taser de sa ceinture)
Monsieur ! Veuillez regagner
immédiatement votre domicile
ou je me verrais contraint
d’employer la force !

DAVID
(tente de calmer le garde)
Vous hallucinez ou quoi ? J’ai rien
fait de mal, je veux juste voir ma
copine ! Je vais assassiner
personne alors calmez-vous.
(en s’avançant)
Laissez moi passer,
merde !


Le GARDE donne un coup de Taser à DAVID, qui s’effondre pris de convulsions, puis range son Taser dans sa ceinture et croise les bras.

41. INT. APPARTEMENT DAVID.  JOUR

ANOUAR, un sac entre les jambes, est assis sur le lit à côté de DAVID, penché en avant, le visage entre ses mains.

ANOUAR
Je sais que ce n’est pas facile,
mais ce qu’elle a fait est très grave.
On ne s’approche pas
du PDG comme ça.

DAVID
Qu’est-ce qui lui
a pris, putain ?

ANOUAR
Elle n’a pas pu le supporter. Tu
sais, ça te bouffe de savoir et
de ne pas en parler, de ne rien faire.
Pourquoi croyais tu que je ne
vous en ai jamais parlé ?

DAVID
(relevant la tête)
Mais j’essaie de faire quelque chose !
On veut retrouver les disparus !

ANOUAR
(en allant vers la porte)
Ecoute, DAVID, je dois y aller,
sinon les gardes vont
venir me chercher.

DAVID
Anouar ?

ANOUAR
Oui ?

DAVID
Tu crois que je vais revoir SYLVIANE ?

ANOUAR
Je ne sais pas. Les chances sont minces.
 Désolé de te quitter comme ça.

DAVID
Merci pour tout, et j’espère que
tu trouveras ce que tu cherches.

ANOUAR
(en sortant)
Adieu

DAVID
Salut

42. EXT. DEVANT LA PORTE DE L’EXTERIEUR. JOUR 

Une immense porte métallique coulissante surveillée par deux gardes s’ouvre devant ANOUAR, qui tient son sac sur l’épaule. Sur la droite se trouve un local vitré d’où un homme actionne les commandes de la porte, deux gyrophares clignotent et une sirène se fait entendre. ANOUAR pénètre dans un sas très large terminé par une autre porte et la porte se referme sur lui.

43. EXT. SOUS-SOL. JOUR

Une semaine a passé. DAVID avance dans le tunnel jusqu’à l’échelle qui descend au niveau des ouvriers, ouvre la plaque d’égout et récupère une feuille plastique coincée sous le premier barreau de l’échelle, qu’il éclaire avec une lampe de poche.

LINCOLN
(off)
David, je n’ai pu retrouver que
deux personnes sur toute la liste,
Elisa Al Fayed et Mounir Han Nien Sinh,
les autres doivent se trouver dans
d’autres bulles, s’ils sont encore
vivants. Je reviens chercher une
réponse dans trois jours, salut.


44. EXT. DEVANT MUSEE (MONDE B). JOUR

DAVID est devant le musée, tous les avis de recherche ont disparu, sauf un.

DAVID
C’est quoi ce bordel ?


DAVID s’approche de l’avis de recherche, qui est en fait la reproduction d’un agent de sécurité.

AGENT DE SECURITE
Mr Ngokoso, vous êtes prié de
contacter votre supérieur référent
dans les plus brefs délais en
utilisant le code d’autorisation
suivant : 4569872………. Mr Ngokoso,
vous êtes prié de contacter votre
supérieur référent dans les plus
brefs délais en utilisant le code
d’autorisation suivant : 4569872……….


DAVID ouvre son écran liquide et appuie sur un bouton

VOIX METALLIQUE
(off)
Appel en cours, veuillez patienter…
Appel en cours, veuillez patienter…

SECRETAIRE
Oui ?

DAVID
Bonjour, je m’appelle DAVID NGOKOSO,
et je viens de recevoir une
convocation pour un entretien
avec mon supérieur.

SECRETAIRE
Bien, vous avez un numéro
de convocation ?

DAVID
Oui, c’est le 4569872.

SECRETAIRE
Très bien, merci de vous présenter
demain à 15 heures dans le
bureau d’entretien 21 C
  
PV DAVID

Pendant que la secrétaire parle,
un plan en trois dimensions
apparaît et DAVID se deplace en
accéléré dans ce plan, depuis la
porte de son appartement, tourne
à gauche dans le couloir, prend
un ascenseur et arrivé au niveau
supérieur tourne deux fois à droite,
arrive dans un long couloir ou
une porte sur la gauche clignote en rouge.

FIN DE PV

DAVID
Très bien, merci.


DAVID referme le panneau de commande et enlève son casque.

45.INT. BUREAU D’ENTRETIEN. JOUR

DAVID est assis sur une chaise derrière une table métallique, dans un bureau aux murs blancs nus excepté pour deux portes, une devant DAVID et une derrière. Une chaise, vide, devant lui. La porte devant DAVID s’ouvre et LE SUPERIEUR, cheveux bruns la quarantaine, le teint bronzé en combinaison blanche entre, en riant, un écran plié en rouleau à la main, terminant sa conversation avec une personne dans le couloir.

LE SUPERIEUR
Ca a dû lui faire bizarre, vu
les prix de l’immobilier.


LE SUPERIEUR referme la porte et s’assoit sur la chaise, fixant DAVID sans ciller, tout en déroulant son écran.

LE SUPERIEUR
DAVID NGOKOSO ?

DAVID
Oui, bonjour.

LE SUPERIEUR
(son regard passe de
l’écran à DAVID)
D’après votre dossier, vous êtes
un excellent élément. Vous
n’avez aucun problème avec l’autorité,
êtes psychologiquement stable et
avez toujours effectué un bon
travail pour Dananecorp.

DAVID
Merci

LE SUPERIEUR
Ce n’est pas un compliment,
c’est une constatation. Il semblerait
que vous ayez tenté d’établir un
contact avec le niveau des ouvriers ?

DAVID
Oui, monsieur.

LE SUPERIEUR
Et dans quel but ?

DAVID
Je désirais simplement aider des
amis à retrouver des proches disparus.
Je ne voulais pas faire de mal.

LE SUPERIEUR
(sur un ton condescendant)
Parce que vous pensez que cela ne
leur fait pas de mal de savoir que
leurs proches ne sont que de vulgaires
ouvriers ? Vous pensez que cela ne
va pas faire de mal aux ouvriers de
savoir que leurs proches ont une
meilleure situation qu’eux ?

DAVID
Je voulais juste les aider.

LE SUPERIEUR
Mr NGOKOSO, l’équilibre des bulles
atmosphériques est fragile à de
nombreux niveaux, nous sommes
limités par la place et ne pouvons
fournir d’appartements à tous les
ouvriers, il est donc normal que les
plus méritants soient les
mieux logés, non ?

DAVID
Euh, oui mais…

LE SUPERIEUR
Mais quoi ? Vous désiriez créer une
révolution ? Vous croyez mieux savoir
que les patrons, ces bienfaiteurs qui
ont sauvé l’humanité de l’extinction ?
Que croyiez vous qu’il se passe
si les ouvriers décident qu’ils
ont droit eux aussi à un appartement ?

DAVID
Non, je…

LE SUPERIEUR
Bien. Je ne vous cache pas que
vous êtes actuellement en sursis
Mr Ngokoso. Si nous vous reprenons
à communiquer ou à vous approcher
du niveau des ouvriers, nous
serons contraints de vous soumettre
à une séance d’impulses. Et
croyez-moi, c’est un peu plus
douloureux que la publicité pourrait
le laisser penser. Votre puce
d’identification RFID a été activée et
nous saurons désormais où vous vous
trouvez lors de chacun de
vos déplacements.
Il va également sans dire que vous ne
devez communiquer aucune
information sur le niveau des ouvriers
à qui que ce soit.

DAVID
Bien monsieur, je suis désolé,
cela ne se reproduira pas.

LE SUPERIEUR
Très bien, je n’en attendais pas
moins de vous, votre musée sera
également mis hors ligne pendant
votre période de probation, qui
devrait durer six mois.

DAVID
Mais ? Mais non, vous pouvez pas
faire ça ! Mon musée, c’est
tout ce qui me reste.

LE SUPERIEUR
(en se levant)
Considérez cela comme une sanction.
Vous saurez dorénavant que nous
prenons la sécurité de la bulle
très au sérieux.

DAVID
(suppliant)
Laissez moi au moins le musée,
je vais faire quoi ?

LE SUPERIEUR
(en sortant, sans se retourner)
Au revoir, Mr NGOKOSO.
Que Dananecorp vous préserve de l’extérieur.

DAVID
S’il vous plaît !

VOIX METALLIQUE
(off)
L’entretien est terminé,
vous êtes prié d’évacuer la salle
L’entretien est terminé,
vous êtes prié d’évacuer la salle

     
46. EXT. CRETE DE FALAISE (MONDE B). JOUR 

David est assis au bord de la cascade ou il se promenait avec SYLVIANE et regarde l’eau se jeter dans le vide.

INSERT

SYLVIANE et DAVID sont dans un lit, chahutant.

FIN DE L’INSERT

DAVID se prend la tête entre les mains.

INSERT 2

David et SYLVIANE s’embrassent, nus, dans la cabine de douche qui leur projette de la poudre.

FIN DE L’INSERT 2

DAVID se lève et reste debout au bord du précipice, le visage vers le ciel. Il tend les bras en croix et s’avance d’un pas, tombant sur une trentaine de mètres puis l’écran s’assombrit et un message apparaît.

TEXTE EN SURIMPRESSION
(texte clignotant)
Il s’est produit une erreur, merci
de réinitialiser votre connection.


INSERT (PUBLICITE 5)

INT. APPARTEMENT JOSIANE. JOUR

JOSIANE, belle femme, la trentaine sort de la cuisine pour poser deux plats de bouillie blanche visqueuse sur la table dans un appartement semblable à celui de DAVID mais décoré différemment.

JOSIANE
A table !

OLIVIER
J’arrive.

OLIVIER, debout sur le module de monde B, retire son casque et va s’asseoir pendant que JOSIANE sert de la bouillie blanche dans les assiettes.

OLIVIER
(en passant une serviette dans le
col de sa combinaison)
Qu’est-ce qu’on mange
aujourd’hui ?

JOSIANE
(souriante)
Aaah, aujourd’hui, j’ai préparé du
canard à l’orange et du riz cantonais.

OLIVIER
(souriant, se frottant le ventre)
Mmmmh, ça a l’air bon tout ça


JOSIANE prend le deuxième plat de bouillie et en met un peu dans chaque assiette.

JOSIANE
Et voilà le riz cantonais.


Une fois la bouillie servie, JOSIANE s’asseoit et OLIVIER en enfourne une cuillerée dans sa bouche.

OLIVIER
(fermant les yeux de contentement)
Tu t’es surpassée, c’est
vraiment délicieux !

JOSIANE
(montre un compte gouttes, souriante)
Oh, tu sais, sans la multisauce,
je n’aurais rien pu faire !

INT. CUISINE. JOUR

PRESENTATEUR
(off)
Cuisinez de bons petits plats
grâce à la multi sauce.


JOSIANE met deux cubes surgelés de bouillie dans un micro-ondes.

PRESENTATEUR
(off)
Réchauffez votre bouillie nutritionnelle
pendant deux minutes

Le minuteur du micro ondes réglé sur 2 minutes défile en accéléré et sonne lorsqu’il arrive à zéro, JOSIANE en retire la bouillie.

PRESENTATEUR
(off)
Choisissez un flacon de multi
sauce parmi nos 500 parfums.


JOSIANE choisit avec son doigt parmi une dizaine de flacons posés sur une étagère.

PRESENTATEUR
(off)
Versez en quelques gouttes sur
votre bouillie, remuez, et
le tour est joué !


JOSIANE renverse le flacon au-dessus du plat et remue à l’aide d’une spatule métallique.

PRESENTATEUR
(off)
Vous pouvez maintenant déguster
un plat digne des meilleurs
cuisiniers du 20ème siècle.

JOSIANE montre le plat et exécute une courbette en souriant.

PRESENTATEUR
(off)
Multi sauce vous redonne
goût à la vie !


FIN DE L’INSERT

47. INT. APPARTEMENT DAVID.JOUR

DAVID est allongé sur son lit regardant le panneau publicitaire, qui débite des slogans stupides.

48. INT. B-MART(MONDE B). JOUR

DAVID circule entre les rayons, s’arrêtant de temps à autre devant un produit, chantonne le slogan correspondant d’un air absent (Plastessuie, l’élastique qui essuie tout ! LAJLAX, mon partenaire hygiène !) et le met dans son caddie. Au détour d’un rayonnage, il manque de percuter SYLVIANE, teinte en brune, avec son caddie.

SYLVIANE
(se tourne vers DAVID)
Excusez moi, je rêvassais.

DAVID
C’est rien..
(surpris)
Sylviane ?

SYLVIANE
(souriante)
Euh non, vous devez faire erreur
monsieur. Je m’appelle SYLVIE.

DAVID
Mais enfin, tu me reconnais pas ?
C’est moi, David !

SYLVIANE
Non, je ne vous connais pas
monsieur, désolé.

DAVID
Mais enfin, on est sorti ensemble
pendant trois ans ! David Ngokoso !

SYLVIANE
(inquiète)
Ecoutez, je suis juste venu faire mes
courses, je ne veux pas d’ennuis !

DAVID
Ils t’ont fait des impulses, c’est
ça ? Ils ont effacé ta mémoire,
les salauds !

SYLVIANE
Bon, David, c’est ça ? Je vous dis
que je ne sais pas qui vous êtes,
je ne vous ai jamais vu alors
laissez moi tranquille.

DAVID
Mais essaies de te souvenir,
s’il te plaît ! Je t’aimes,
Sylviane, tu me manques !

SYLVIANE
(énervée, porte les mains à sa tête)
Bon, puisque c’est comme ça !


L’avatar de SYLVIANE disparaît et DAVID reste sans bouger pendant un moment puis hurle de rage.

49. INT. APPARTEMENT DE DAVID. JOUR

DAVID, debout sur sa borne de monde B arrache son casque et le jette au sol puis pose ses mains sur la barrière de protection en respirant fort et hurle à pleins poumons. DAVID descend de la borne et renverse tous les outils de son établi, arrache les draps de son lit et saccage tout dans son appartement. Il s’arrête pour respirer, le regard perdu.

VOIX FEMININE CHANTANTE
(off)
Nutalla visage, c’est la crème
antirides qu’il me faut !

DAVID se retourne, attrape une chaise et la jette en hurlant sur le panneau publicitaire qui explose dans une gerbe d’étincelles avant de s’asseoir sur son lit dévasté en pleurant. Il reste ainsi sanglotant pendant quelques instants puis son regard se pose sur la liste de gens disparus qui gît sur le sol, il se baisse pour la ramasser et la contemple longuement.
                     
50. EXT, ENTREE DU TUNNEL INTERBULLES. JOUR

DAVID attend dans ce qui semble être une station de métro, des capsules propulsés par de l’air comprimé arrivent à intervalles réguliers, déchargeant des groupes d’une dizaine de personnes. ADAM sort de l’une de ces capsules et se dirige vers DAVID qui le prend dans ses bras.

DAVID
Putain, si tu savais ce que je suis
content de te voir, mon pote !

ADAM
Moi aussi, même si je trouve que
ton avatar a moins une
sale tronche.
(sur un ton inquiet)
Qu’est-ce qui se passe ? On dirait
que t’as pas dormi depuis trois jours !

DAVID
T’inquiètes pas pour moi
(sortant une feuille plastique de sa poche)
Tiens, je t’ai fait un plan pour
le niveau des ouvriers, je
peux pas t’accompagner, les
supérieurs me surveillent.

ADAM
Qu’est-ce qui t’arrives ? Si t’as
besoin de quelque chose, dis le moi.

DAVID
Ben justement, il faut que tu
fasses passer un message à ton frère…


DAVID et ADAM discutent pendant encore quelques instants. ADAM gesticule de temps à autre, en désaccord avec DAVID, puis ils se serrent la main et s’étreignent à nouveau.

DAVID
(en s’éloignant)
N’oublie pas ! le 20 Juin !

51. INT. APPARTEMENT DAVID. JOUR

La vie de DAVID défile en accéléré, succession de trajets entre le module du monde B, son établi et son lit où il mange seul, dans l’obscurité. 

52. INT. APPARTEMENT DAVID. JOUR

L’horloge indique au plafond que nous sommes le 20 juin. Le panneau publicitaire est toujours détruit, DAVID dessine sur son écran un géant à quatres bras en 3D, qui tient dans deux mains des panneaux indiquant « Les disparus sont au sous-sol ! » et «  les supérieurs vous mentent » tandis que les deux autres mains tendent une banderole « Nos bulles sont des prisons ! ». DAVID sauvegarde et enfile son casque.

DAVID
(un soupir puis sur un ton déterminé)
C’est le grand jour !


53. EXT. DEVANT MUSEE(MONDE B). JOUR

Une dizaine d’avatars de toutes formes et de toutes tailles sont devant le musée. DAVID, en géant, apparaît au milieu d’eux. ADAM, en pieuvre portant de nombreux panneaux avec des slogans, avance vers lui.

ADAM
Salut, David. J’ai pas réuni beaucoup
de gens mais ils ont tous perdu
quelqu’un alors ils sont bien motivés.

DAVID
Ca devrait suffire, T’as réussi
à parler à Lincoln ?

ADAM
Oui, ça m’a fait tellement plaisir
de le revoir, tu peux pas savoir.

DAVID
Excellent, t’es prêt ?

ADAM
Ouais.


DAVID lève les bras de son avatar et les agitent.

DAVID
(parlant fort)
Nos supérieurs nous cachent la vérité,
toutes les personnes disparues,
vos amis, vos frères et sœurs et
parfois même vos parents sont au
sous-sol, dans des cabanes en
tôle, traités comme des chiens
sous le prétexte qu’il n’y a pas
assez de place pour tout le
monde. Je sais pas vous, mais
je préfères vivre un peu à l’étroit
et tous égaux que de laisser des
amis se tuer à la tâche pour mon confort.
Vous êtes pas d’accord ?

FOULE
Ouais !

DAVID
Aujourd’hui, nous devons leur montrer
que nous n’acceptons pas cette
situation, nous devons faire éclater
la vérité ! Il est temps de faire
entendre notre voix.

FOULE
Ouais !

DAVID
Lorsque nous serons repérés, il nous
faudra nous rendre au second site,
ADAM ici présent vous dira ou se
trouve le prochain à chaque
réapparition. Et, ne vous inquiétez
pas, tant que nous restons groupés,
ils ne peuvent rien faire.
(en hurlant)
Libérez les ouvriers !

FOULE
Libérez les ouvriers !
Libérez les ouvriers ! 
Libérez les ouvriers !


Des feux d’artifices explosent dans le ciel, exposant des slogans. Peu à peu, des avatars se rapprochent et demandent ce qu’il se passe. D’autres gens, au début normaux, se transforment en avatars immenses, des panneaux de protestation apparaissent dans leurs mains. La foule grandit peu à peu. Soudain un avatar à côté de DAVID disparaît, puis un autre et un troisième.

DAVID
(en hurlant)
Ils nous ont repérés, on passe
au second site !

Les avatars alentours se relaient l’information et tous disparaissent peu à peu
  
54. EXT. DEVANT PALAIS APPLESOFT. JOUR

Tous les avatars réapparaissent sur une place devant la Maison blanche, sur lequel tourne une immense insigne Applesoft.

FOULE
Libérez les ouvriers !
Libérez les ouvriers !
Libérez les ouvriers !


Les avatars marchent en scandant leurs slogans, plusieurs volent, d’autres lancent des feux d’artifices. Ce manège dure encore un moment et la foule grandit de plus en plus.

OURS BLANC
(hurlant)
On est repérés !

DAVID
(hurlant)
Troisième point de ralliement !

A nouveau les avatars se chuchotent le nom du troisième site à l’oreille et disparaissent peu à peu.

55. EXT. DEVANT PALAIS ADIBOK. JOUR

Des centaines d’avatars apparaissent sur la place d’un château style versailles portant l’enseigne ADIBOK. Les mouvements sont ralentis comme dans un jeu qui demande trop de puissance. ADAM se rapproche de DAVID.

ADAM
Y a trop de gens, David !
Les serveurs n’arrivent pas à suivre !

DAVID
Ok, il faut qu’on
se sépare.
( En hurlant)
On se sépare en groupes !
Chaque groupe à un endroit différent !
Les serveurs arrivent pas à suivre !
Libérez les ouvriers !

FOULE
Libérez les ouvriers !


Des groupes d’avatars se créent et disparaissent.

56. EXT. SURVOL MONDE B. JOUR.

Partout des petits groupes d’avatars apparaissent, des feux d’artifices illuminent le ciel. Un groupe d’avatars se promène avec les caddies du B-Mart. Un autre pose des hologrammes de gens disparus partout. C’est le chaos. Des avatars se jettent des immeubles et disparaissent. D’autres renvoient les boules de feu du centre de remise en forme vers les zones peuplées.


57. EXT. CRETE FALAISE (MONDE B). JOUR 

DAVID et ADAM sont sur le bord de la falaise, observant ce qui se passe dans le monde B.

TEXTE EN SURIMPRESSION
Compte à rebours à partir de 30 secondes

VOIX DIGITALE FEMININE
(off)
Suite à un problème technique, la
totalité du monde B va être
réinitialisée. Veuillez vous déconnecter….
Suite à un problème technique, la
totalité du monde B va être réinitialisée.
Veuillez vous déconnecter

ADAM
Je crois que c’est le moment de
passer à la deuxième phase.

DAVID
Ouaip, c’est dommage,
c’était joli à voir

ADAM
C’est clair, on se dit
adieu, alors ?

DAVID
Non, mon pote, on se dit au
revoir. On se reverra à l’extérieur.

ADAM
Ouais, j’espère juste qu’on n’est
pas en train de faire une grosse connerie.

DAVID
Vu le nombre de choses sur lesquelles
ils nous mentent, ca devrait aller.
De toute façon, j’ai plus rien à perdre.

ADAM
Allez, dépêches toi, mon frère
aime pas attendre.

58. INT. APPARTEMENT DAVID. JOUR

 DAVID enlève son casque et sort en trombe de son appart.

59. INT. COULOIR. JOUR 

DAVID court dans les couloirs, alors que des portes d’appartement s’ouvrent pour laisser sortir des gens qui discutent entre eux de la situation du monde B.

HABITANT 1
Vous avez vu ça ?

HABITANT 2
C’était hallucinant

HABITANT 3
Le monde B est éteint ?

HABITANT 4
Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ?


60. EXT. SOUS SOL. JOUR 

(off,une alarme sonne)

DAVID cours dans le couloir plein de tuyauteries jusqu’à arriver à une foule d’ouvriers, qu’il traverse pour atteindre la porte de la salle des serveurs qu’ils sont en train d’essayer de détruire à la meuleuse, faisant voler d’immenses gerbes d’étincelles. LINCOLN, un peu en retrait, lève le bras pour que DAVID le voie.

LINCOLN
Ca va ? J’ai cru que
t’allais jamais arriver.

DAVID
Ouais, j’aurais bien voulu que tu
voies ça, c’était grandiose.

LINCOLN
On s’amuse bien ici aussi,
feux d’artifices et tout.

DAVID
Vous en êtes où ?

LINCOLN
Encore quelques minutes
et ça devrait tomber.

SUPERIEUR
(off)
Veuillez cesser immédiatement
toute activité et redescendre
au niveau des ouvriers !

UN OUVRIER
(off)
Cause toujours !

SUPERIEUR
(off)
Ne nous obligez pas à faire
usage de la force !

LINCOLN
(avec ses mains en porte voix)
Retenez les, on y est presque !


Des rumeurs de bagarre montent du couloir, des bruits de chocs électriques résonnent ainsi que des cris.

UN OUVRIER
Dépêchez-vous, on va pas les
retenir bien longtemps !


Finalement la porte cède, DAVID et LINCOLN pénètrent à l’intérieur accompagnés d’un groupe d’ouvriers

61. INT. LOCAL SERVEURS. JOUR.

DAVID, LINCOLN et les ouvriers arrachent les fils, saccagent tout, détruisant les serveurs.

DAVID
Il faut tout détruire ! Ca devrait
couper les alarmes et les caméras !


Soudain, une vingtaine de gardes en uniforme armés de Tasers se déversent dans le local entraînant quelques ouvriers avec eux. Un garde envoie des décharges à un ouvrier qui rampe au sol en hurlant.

LINCOLN
(mettant ses mains en porte voix)
Ils sont là,
regroupez vous !


Tous les OUVRIERS se regroupent au fond de la salle et les GARDES avancent vers eux, menaçants menés par le SUPERIEUR, un homme carré au visage mauvais en combinaison blanche.

LE SUPERIEUR
Vous ne vous rendez pas compte de
ce que vous êtes en train de faire.

LINCOLN
Pas trop mais vu qu’on a rien
à perdre, ça coûte rien
d’essayer.

UN OUVRIER
Attention, tu vas salir ta
jolie combinaison !


Les ouvriers éclatent de rire alors que le SUPERIEUR fait signe aux gardes d’avancer. Les deux groupes se ruent les uns sur les autres, en une mêlée générale, plusieurs ouvriers tombant sous les décharges de tasers.

DAVID
(se débattant maladroitement)
Je sais pas si on va
tenir longtemps !


 Un groupe de cadres en combinaisons de toutes les couleurs arrivent en courant et en hurlant dans le local, se jetant sur les gardes. La bataille dure encore quelques instants puis les gardes encore debout fuient pendant que les vainqueurs poussent des cris de victoire.

62. INT. ZONE D’EDUCATION. JOUR

Une centaine d’enfants de 4 à 16 ans sont assis dans une salle de classe, chacun un casque sur les oreilles et regardent soit des cours de maths, soit un reportage sur les catastrophes naturelles ou des cours de programmation. Plusieurs éducateurs en combinaisons blanches circulent entre les rangées de table surveillant leurs élèves.

(coup sourd)

Un EDUCATEUR, maigre portant des lunettes se tourne vers une grosse porte métallique, l’air étonné et remontent ses lunettes sur son nez, d’un doigt.

(coup sourd)
   
L’EDUCATEUR se rapproche de la porte, observé par ses collègues. Plusieurs enfants ont retiré leurs casques et fixent également la porte.

(coup sourd)

L’EDUCATEUR pose la main à plat sur la porte et rapproche son oreille

(coup sourd)

Après un sursaut, l’EDUCATEUR recule et se tourne vers ses collègues, haussant les épaules.

(coup sourd)

Les collègues, l’air horrifié, montrent la porte du doigt. L’EDUCATEUR se retourne et esquive la porte qui s’effondre dans un grand clash.

VOIX METALLIQUE
Vous n’êtes pas
autorisé à pénétrer dans la zone d’éducation,
veuillez faire demi-tour.
Vous n’êtes pas
autorisé à pénétrer dans la zone d’éducation,
veuillez faire demi-tour.


La plupart des enfants ont maintenant retirés leurs casques et fixent le trou béant apparu dans le mur, par lequel des dizaines d’adultes déferlent, dont un qui assène un coup de barre métallique sur le haut parleur qui s’éteint en un râle synthétique. Certains enfants se lèvent et se jettent dans les bras des adultes tandis que d’autres attendent qu’ils viennent à eux, ébahis. La salle résonne du brouhaha des retrouvailles.  

63. EXT. DEVANT LA PORTE VERS L’EXTERIEUR. JOUR

DAVID et LINCOLN font face à la porte vers l’extérieur tandis que des dizaines de gens attendent derrière eux. LINCOLN fait signe à un homme dans la cabine de contrôle d’actionner la porte, qui s’ouvre sur le sas en montée. Tout le monde retient son souffle et LINCOLN fait signe d’actionner la deuxième porte qui s’ouvre sur un mur de flammes, qui profitent de l’aspiration pour pénétrer dans le sas. La foule recule en hurlant dans un mouvement de panique tandis que DAVID et LINCOLN se protègent le visage de leurs bras et reculent en regardant le feu.

LINCOLN
Referme ! Referme la porte !

DAVID tombe à genoux alors que la porte se referme sur les flammes et que LINCOLN reste abasourdi, se rendant compte de ce qu’implique ce qu’ils viennent de voir.

LINCOLN
C’est ça, l’extérieur ? Ils disaient la vérité ?

DAVID
ANOUAR est rentré là-dedans,
il voulait juste voir l’extérieur,
ils l’ont envoyés là-dedans.

LINCOLN
C’est pas possible, on a fait
tout ça pour rien ?

DAVID
C’est pas la sortie, il doit y en
avoir une autre. C’est une bulle
souterraine, il faut monter ! De
toute façon, je veux aller au niveau
des supérieurs pour leur faire
payer ce qu’ils ont fait.
ANOUAR voulait voir l’extérieur
et ils l’ont jeté là-dedans,
maintenant c’est sûr qu’ils
cachent quelque chose.

LINCOLN
D’accord avec toi, tu
sais par ou c’est ?

DAVID
Ouais, j’y suis déjà allé.
(se relève, hurlant)
Suivez-moi, je sais où est la sortie !

64. INT. DEVANT L’ASCENSEUR. JOUR LINCOLN.

DAVID et LINCOLN attendent devant une série de quatre ou cinq ascenseurs, derrière eux le couloir est bondé de gens. Lorsque les portes s’ouvrent, sept personnes s’engouffrent dans la cabine avec DAVID et LINCOLN, alors que les autres attendent la cabine suivante.

DAVID
N’oubliez pas, on se rejoint
au moins 1 !


65. EXT. COULOIR NIVEAU SUPERIEUR. JOUR

Les portes des ascenseurs s’ouvrent, laissant sortir les petits groupes, dans le couloir des salles de réunion. Au bout du couloir se trouve une double porte protégée par deux gardes, affolés par l’apparition de ce monde. Deux ouvriers avancent et descendent les gardes à coups de taser. DAVID et LINCOLN passent devant, ouvrent les doubles portes qui donnent sur un corridor qui monte en pente douce, pour aboutir en un carré de lumière alors que derrière eux, d’autres personnes arrivent par les ascenseurs.
  
66. EXT. EXTERIEUR. JOUR 

DAVID, LINCOLN et la foule qui les accompagnent sortent sur une place semblable à la place Dananecorp du monde B éclairée par un soleil éblouissant, où se promène une foule de gens habillés de combinaisons semblables aux leurs. DAVID, protégeant ses yeux du soleil à l’aide de sa main, se retourne pour regarder le palais Dananecorp d’où ils sont sortis, qui est en tout point semblable à celui du monde B.

FIN

FONDU AU NOIR
 
HISTOIRE PARALLELES : Reecrire des scènes pour qu’ils passent plusieurs fois dans les mêmes lieux comme l’accès au tunnel etc. Bien situer le devant musée VERIFier que tous les noms de lieux correspondent modifier les dialogues pour que ca corresponde plus aux persos. Une scène ou on voit Sylviane sur son lieu de travail.  Peut-être une scène ou un enfant est arraché à ses parents dans le monde des ouvriers. Retoucher l’écriture des descriptions à la fin et la mise en page
Pub sur la poudre de douche


  






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