mardi 3 mars 2015

Retraite Ayahuasca : 3ème et dernière partie



4ème cérémonie :

Pendant la réunion d’information, Jim nous avait dit qu’il était souvent bénéfique d’exprimer une intention avant de boire l’Ayahuasca.
Mon intention a été : Je veux me débarrasser de tout ce qui n’est pas moi. Et j’ai bu ¾ de dose.
J’avais un peu peur en attendant que ça fasse effet mais j’ai profité de ce temps pour réaffirmer mon intention.
Au bout d’environ 30 minutes, j’avais les yeux fermés et un truc est apparu devant moi, comme une sorte d’ombre qui tenait des granulés. Mon premier réflexe a été d’essayer de la faire disparaitre mais j’ai senti qu’il fallait que j’absorbe ces granulés.
Je les ai donc acceptés.
Et d’un coup, ils se sont mis à éclater dans mon cerveau, comme un feu d’artifice de couleurs, de sensations et de sons.
A ce moment-là, d’autres ombres sont arrivées et ont posé des panneaux de couleurs autour de moi, pour me séparer des autres. J’avais l’impression d’être sous une sorte de tente colorée. J’ai senti que l’objectif était de m’isoler de tout ce qui se passait autour.
Mes pensées ont commencé à s’affoler et la peur a refait son apparition. Une ombre a alors fait balancer un gros pendentif plein de mécanismes colorés, impossible à décrire ou à dessiner juste devant mes yeux. Les petits mécanismes bougeaient sans arrêt, s’imbriquant les uns dans les autres, et j’ai compris qu’il fallait que je garde mon regard dessus pour occuper mon esprit et mes pensées.
D’autres ombres se sont jointes aux premières qui écartaient doucement tous les sons venant de l’extérieur à la périphérie de ma vision. Elles portaient des coiffes incas et des rubans autour du cou.
Elles ont commencé à monter un échafaudage tout autour de moi, qui se reposait sur mes bras, mon torse et mes jambes.
Une fois le montage terminé, des colonies d’insectes semblables à des fourmis se sont mis à défiler dessus, apportant différents fluides qu’ils injectaient dans mon corps, tandis que d’autres pompaient une sorte de matière noire de mon ventre.
J’avais l’impression d’être sur une table d’opération.
J’ai ressenti une douleur dans la partie gauche de mon visage et quand j’ai commencé à avoir peur, un bourdonnement grave a retenti dans mon oreille, une sorte de vrombissement apaisant qui m’a immédiatement détendu.
Au bout de quelques minutes, j’ai levé ma main pour me gratter le front et tout l’échafaudage s’est effondré. Je me suis senti con, et n’ai trouvé de mieux à faire que de m’excuser, vraiment désolé de les avoir dérangés dans leur travail.
J’en ai profité pour m’allonger et ils remonté l’échafaudage et recommencé leur va et vient. L’une des ombres était assise en haut à gauche et me faisait signe de rester tranquille et de ne pas bouger.
Je lui ai répondu dans ma tête qu’il n’y avait pas de problème, que j’allais pouvoir me gérer. Et une demi-seconde plus tard quelque chose m’a piqué au petit orteil. Et par réflexe, j’ai allongé ma main pour me gratter et tout s’est effondré.
Je me suis à nouveau senti con, aie fait mes excuses et espéré qu’ils ne soient pas vexés ou en colère contre moi. Mais ils ont tout remonté et continué leur travail.
Je me suis laissé faire comme ça pendant un bon moment, jusqu’à ce que j’ai vraiment envie d’aller aux toilettes. Ils ont démonté l’échafaudage et m’ont fait signe que c’était bon.
Je suis donc allé aux toilettes et me suis complètement vidé, avec l’impression d’évacuer beaucoup plus que ce que j’étais réellement en train de faire ( mais je vais passer sur les détails ).
Lorsque je suis revenu m’allonger, j’ai senti un calme incroyable m’envahir, un paysage semblable aux images du télescope Hubble est apparu juste au-dessus de mon champ de vision et je me rappelle m’être demandé pourquoi elle n’était pas en face de moi. Le paysage que je voyais était tellement magnifique que j’aurais aimé en profiter plus mais il se levait dès que je levais les yeux.
Et soudain, j’ai vu que des trucs se détachaient de moi pour s’en aller vers cet autre monde. Et j’ai compris que la vision n’était pas pour moi mais pour attirer toutes ces pensées parasites. Des bouts se décollaient et volaient vers ce paysage. C’était l’équivalent d’un miroir aux alouettes.
J’ai donc attendu tranquillement que ça se passe, me sentant de plus en plus léger. Et soudain je me suis retrouvé dans un silence intérieur profond. Il n’y avait plus un son. Je n’étais plus qu’une mare de silence, de rien, de vide et parfois une bulle sortait de cette mare et s’envolait, comme emportée par un courant invisible. J’ai compris que ce silence était moi, mon essence et que tout ce qui n’était pas silence ne m’appartenait pas.
Lorsque j’ai réalisé ça, de gros bouts de moi se sont détachés et ont été emportés par le courant, bloc par bloc, pour qu’il ne reste à la fin plus que ce silence.
Tout ce qui n’était pas silence devait partir.
Et au milieu du silence, j’ai senti une présence. Une présence faible, timide. J’ai compris que c’était mon cœur.
Il avait des tas de choses à dire, à exprimer. Mais il est très poli et ne s’exprime que lorsque tout le reste se tait. Et cela faisait longtemps qu’il attendait son tour.
Je l’ai écouté un moment, et l’ai rassuré, lui ai dit qu’à partir de maintenant, je prendrais le temps de l’écouter, que j’allais lui donner plus d’espace pour se développer. Il flottait dans cette mare de silence et exprimait une émotion de temps à autre, qui provoquait de légers remous pour s’estomper ensuite.
J’ai passé un moment dans ce silence puis Manain est venu pour le « personal healing ». Il se met en face de chaque personne, une par une et chante pendant un moment.
La consigne de Jim était qu’il est généralement mieux de s’asseoir au bout de son matelas lorsque c’est notre tour.
Ce que j’ai fait, en tailleur.
Ses maracas étaient tous près de mes oreilles et faisaient un bruit assourdissant, j’avais l’impression que j’étais une plante qu’il saupoudrait d’engrais.
J’étais avachi en avant et peu à peu, je me suis redressé, jusqu’à être complètement droit et je sentais que ma tête et mon corps essayaient de m’emmener encore plus haut, mais mon cœur était encore trop faible. J’en suis donc resté là, à profiter de tout ça.
Il a terminé, je lui ai chuchoté « Gracias » et me suis allongé à nouveau. J’ai passé le reste de la nuit à cultiver ce silence intérieur et à observer tout ce qui en sortait, décidant si je devais le garder ou non.
A un moment, je suis tombé sur un gros bloc épineux, que je n’arrivais pas à faire bouger. Après quelques efforts, j’ai demandé à mon cœur ce qu’il fallait faire et j’ai senti une chaleur sortir de ma poitrine et se diriger vers le bloc qui s’est mis à fleurir de partout.
Le lendemain, je me sentais parfaitement calme et ma respiration était facile, tranquille.

 5ème et dernière cérémonie :


 J’avais l’impression d’avoir trouvé ce que j’étais venu chercher et je n’avais plus peur du tout. J’ai pris à nouveau ¾ de dose.
Mon intention cette fois était d’apprendre comment cultiver ce silence intérieur.
Lorsque je ressentais une tension ou une forme d’anxiété, je me laissais retomber dans le silence et ça passait tout seul.
Toute la nuit n’a été qu’une suite d’images et d’expériences qui m’ont montré au début que vivre est extrêmement simple : Il suffit de respirer. C’est le minimum.
Après, ça peut devenir un processus actif. La leçon était qu’il fallait que je prenne mieux soin de mon corps pour accueillir mon cœur et le faire grandir. Qu’il fallait que je transforme mon intérieur en havre de paix, accueillant et bienveillant pour y accueillir la vie. Et non pas en forteresse pour me protéger des dangers. Qu’il était plus important d’attirer les bonnes choses que d’essayer de se protéger de toutes les éventuelles mauvaises.
Et sur la fin, j’ai eu la réponse à ma question. Cela fait plusieurs années que je fais de la méditation en utilisant un mantra, que je me répète sans arrêt, en me concentrant sur ce mantra.
Il me suffisait de changer ma pratique pour qu’au lieu de revenir sur ce mantra, je revienne sur ce silence intérieur et m’habituer ainsi à le vivre.
Voilà, je passe sur tout ce qui s’est passé en dehors des cérémonies, tout ce que je peux dire est que j’ai vu des gens dépressifs, accros à divers substances qui sont repartis frais, le sourire jusqu’aux oreilles, pleins d’énergie. Et tous sont devenus des amis.
C’est une expérience extrêmement personnelle mais j’avais très envie de la partager et c’est trop long à raconter comme ça autour d’un verre. J’aurais peur d’oublier quelque chose.
Voilà, peut-être que je suis taré mais si c’est le cas, je suis très content de l’être :-D

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