mardi 3 mars 2015

Retraite Ayahuasca partie 2



Interlude : Journée de San Pedro

Le San Pedro est un cactus aux propriétés hallucinogènes également. C’est beaucoup moins violent que l’Ayahuasca et touche plutôt aux sensations et aux émotions.
Ca se présentait sous forme de poudre. Jim nous as conseillé de nous baser sur les doses d’Ayahuasca pour savoir combien nous devions en prendre. Je crois que j’ai pris une dose.
J’ai mis la poudre dans un verre, ajouté de l’eau, beaucoup remué, bu un peu, failli vomir, rajouté de l’eau, bu un peu etc… Il nous as conseillé de ne pas vomir avant les 2 premières heures pour être sûr d’avoir tout l’effet.
Ca monte au bout de 2 heures, et l’effet dure 12h.
Au début, c’était tranquille, j’étais dans mon hamac à regarder la mare avec les libellules, les tortues et tout ça, à profiter du vent qui soufflait de temps en temps. Puis j’ai eu l’impression qu’on passait du beaume sur tout mon corps mais à l’intérieur et je me sentais bien, vraiment très agréable.
Puis peu à peu, j’ai ressenti une douleur grandissante au niveau du ventre et une grande tristesse. La douleur ne m’était pas inconnue et la tristesse non plus, j’avais déjà ressenti ça et longtemps. J’ai fait comme on m’a appris et je l’ai laissé m’envahir pour la ressentir bien correctement et je me suis mis à pleurer. J’ai pleuré un bon moment, avec la sensation que ni la douleur, ni la tristesse ne diminuaient.
Au bout d’une petite heure, j’avais une question qui me trottait dans la tête et à laquelle je n’arrivais pas à répondre : Qu’est-ce qu’on est censés faire de la douleur ? On ne peut pas la donner à quelqu’un d’autre, ça serait salaud. On ne peut pas juste la poser. Qu’est-ce qu’on en fait ?
Et je me suis rendu compte que je m’étais posé plein de fois la question étant gamin sans jamais avoir de réponse satisfaisante.
Alors je me suis levé et je suis allé voir si je ne trouvais pas quelqu’un à qui poser cette question.
J’ai croisé une fille qui m’a dit qu’il fallait la ressentir, essayer de savoir d’où elle venait, la comprendre. Mais j’avais l’impression que ce n’étaient que des mots et ça ne me parlait pas plus que ça, alors après 10-20 minutes, je suis retournée dans mon hamac.
Et je me suis demandé quand elle avait commencé. Quand est-ce que je l’avais ressenti pour la première fois ? Et je n’ai pas réussi à trouver le début. Je me suis rappelé de tout ce que j’avais fait pour la fuir, l’ignorer, la faire taire, et plus ça allait , plus j’avais l’impression que mon ventre n’était qu’une grosse plaie ouverte, un puits sans fond de douleur et de tristesse et que j’avais lutté contre toute ma vie d’une manière ou d’une autre.
Je ne voyais pas le début, et je n’en voyais pas la fin. Tout ce qui variait avait été ma capacité à l’ignorer au cours de ma vie. Et là, j’avais encore une question : Maintenant je fais quoi ?
Mais j’avais l’impression que je n’avais pas le droit de poser la question. J’avais l’impression que si je demandais à quelqu’un, j’allais les engouffrer dans ma douleur et ma tristesse, les perdre dans mon puits sans fond, leur gâcher leur voyage. Pour moi, cette simple question était si noire qu’elle allait détruire tout sur son passage et noyer tout le monde.
Je me suis dit aussi que je ne pouvais juste pas continuer à l’ignorer. J’étais là pour faire quelque chose, et j’étais bien déterminé à repartir dans un meilleur état que j’étais arrivé. Alors je suis allé voir Jim et je lui ai tout expliqué.
Il m’a demandé ce qu’était cette douleur, si je la ressentais à ce moment précis. Elle était sourde mais toujours présente.
Il m’a conseillé de lui parler, de lui demander ce qu’elle voulait, ce qu’elle faisait là, de l’observer, de la ressentir.
Je suis donc allé dans ma chambre pour mener mon petit combat personnel. Je me suis allongé et j’ai fermé les yeux. J’ai vu cette plaie béante qui était mon ventre, j’ai vu comme des sortes de serpents/ lianes vivantes qui couraient sous ma peau , sous mes bras , mon torse et qui se nourrissaient de cette plaie et la gardaient ouverte.
J’ai donc essayé de les attraper pour les arracher mais c’était comme un unique organisme qui ne faisait qu’un avec mon corps. Même si j’en attrapais un bout, je n’arrivais pas à le tirer, c’était comme de me tirer moi-même par le bras.
Alors j’ai essayé de l’imaginer se séparant de moi mais je n’y arrivais pas, même mentalement elle me glissait entre les doigts. Et je me suis rendu compte d’un truc : Je n’avais aucune idée de ce à quoi je ressemblais sans cette chose. Je ne savais pas qu’est-ce qui était vraiment moi dans tout ça.
Cela faisait tellement longtemps qu’elle était là que je ne savais pas où elle s’arrêtait et où je commençais.
Jim m’avait dit qu’il arrivait aussi parfois, bien que ce soit rare , que des gens traînent des trucs de leurs vies passées. Je crois pas trop à tout ça mais j’ai cherché dans cette direction quand même.
Et en remontant dans mes souvenirs, je me suis rappelé que j’avais été malade étant gamin. Ma mère m’en avait reparlé il y a quelques années. J’étais resté un bon moment en chambre stérile et mes parents ne pouvaient pas m’approcher ou me toucher et tout ce que je pouvais faire était pleurer et souffrir sans que ça n’amène à rien.
Et je me suis rendu compte que c’était la source de ce truc. J’avais créé cette chose moi-même pour me protéger, me rendre autonome, me défendre. J’avais construit une machine pour devenir autonome et n’avoir besoin de personne.
J’avoue que j’étais un peu fier de moi parce que c’est une machine assez bien foutue. Je me suis rendu compte de tous les mécanismes de défense que j’avais mis en place : l’ironie, le sarcasme, la distanciation et de toutes les facettes de ma personnalité qui étaient liées à cette machine.
J’ai donc continué à essayer de m’en débarrasser, sans succès. J’étais comme une petit luciole dans mon corps en train d’essayer de déplacer un rocher. A un moment, j’étais tellement désespéré que je me suis dit « Ok, t’as gagné, je peux rien faire , je te laisse mon corps, je me casse » et je me suis vu sortir de mon corps.
Mais à ce moment-là, tout s’est éteint. La machine ne fonctionnait plus. Et j’ai compris que c’était moi qui la nourrissait, qu’elle n’avait pas de vie sans moi.
A ce stade, ça faisait un bout de temps que je me tortillais dans mon lit en pleurant et en gémissant, à me battre avec ce truc. J’ai décidé que j’avais assez d’infos et que j’utiliserais l’Ayahuasca pour régler tout ça.
J’ai rediscuté avec Jim, qui a eu l’air content de l’issue de mon combat et m’a dit que maintenant j’avais une vraie intention pour travailler avec l’Ayahuasca.
Pendant tout le reste de la journée, j’avais l’impression de me promener avec un trou au milieu du bide et que tous les gens qui me parlaient ne s’adressaient pas à moi mais à ma forteresse, c’était assez bizarre.
Mais bon, j’avais encore 2 cérémonies Ayahuasca pour gérer ça et j’avais bien l’intention d’envoyer du pâté.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire