mardi 18 janvier 2011

Le monde du travail

_ On vous rappellera ! Tu parles, oui ! Ils peuvent pas me dire la vérité tout de suite, non ?
John marmonnait dans sa barbe, serrant et desserrant les poings, sans prêter attention aux regards inquiets des gens qu’il croisait. Si perdu dans ses pensées qu’il ne remarqua pas la camionnette noire qui s’arrêtait à son niveau.
Seul le bruit de la portière coulissante attira son attention, mais trop tard, deux molosses cagoulés lui enfilèrent un sac sur la tête avant de le fourrer dans le véhicule sans ménagement.
_ mmmh !!! megnengne !!!
_ Moins tu te débat, et moins ça fera mal. Prévint l’un d’entre eux alors qu’ils lui attachaient les mains dans le dos à l’aide de colliers en plastique.
John tenta une ruade pour se dégager, espérant réussir à sortir avant que la camionnette ne redémarre.
_ Tu l’auras voulu.
Un violent coup sur la nuque lui fit perdre connaissance.

_ Ca va ?
La douleur irradiant dans son crâne faillit le faire sombrer à nouveau. Il voulut se masser la nuque mais ses mains étaient toujours attachées ; au prix d’un effort surhumain, John souleva ses paupières, pour ne découvrir qu’une masse informe remuant dans l’obscurité.
_ Ca va ? Bouge pas trop, je vais te détacher les mains.
Il tenta de parler mais seul un râle inarticulé sortit de sa gorge desséchée. Il avala sa salive pour refaire un essai.
_ t’es qui ?
_ David, on se connaît pas, apparemment ils t’ont enlevé aussi.
_ Qui ça, ils ?
_ Je sais pas, ils m’attendaient chez moi, m’ont assommé et m’ont enfermé ici .
_ Où ?
_ Aucune idée, une sorte de sous-sol.
Peu à peu, la vision de John s’habituait à l’obscurité, juste assez pour distinguer de la tuyauterie et des bouts de cables qui courait le long d’un tunnel. David, derrière lui, tentait de scier les colliers en plastique à l’aide d’un objet tranchant.
_ C’est tout ce que j’ai trouvé mais ça va le faire. Voilà, tu es libre.
John se massa les poignets pour faire circuler le sang tout en cherchant une issue. Une lampe néon brillait au bout du tunnel ; une cinquantaine de mètres plus loin.
_Ca fait combien de temps que t’es là ?
_ Dix minutes, peut-être plus, je me suis réveillé juste avant toi.
_ T’as pas essayé de sortir ?
_ Non, j’ai dû me détacher d’abord.
Il se leva et mille étoiles apparurent devant ses yeux, tandis qu’une douleur fulgurante lui traversait la nuque, le faisant tomber à genoux.
_ aaaaah ! Putain !
David voulut le soutenir par le bras mais John le chassa d’un mouvement tout en se tenant le front.
_ Merci, mais je vais me débrouiller, faut qu’on sorte de là.
_ la seule issue est par là, on dirait.
_Ok
John se releva tant bien que mal et s’avança en direction du néon, la tête penchée en avant, les sourcils froncés, la souffrance provoquée par chaque pas lui arrachant un grognement. David avançait prudemment à ses côtés.
Le tunnel se scindait en deux au niveau de la lumière. Sur la gauche, il s’enfonçait dans l’obscurité tandis qu’à droite, il semblait remonter vers la surface, où qu’elle se trouve. Ils se préparaient à monter lorsque des voix leur parvinrent.
_ Et tu les as attachés ?
_ Ben non, tu veux qu’ils aillent où, c’est un vrai labyrinthe
John reconnut la voix de celui qui l’avait assommé. Il fit signe à David et ils s’enfoncèrent dans l’obscurité, se plaquant au mur.
Deux ombres s’agitaient dans le couloir en face, grandissant jusqu’à l’apparition des deux malfrats qui se dirigèrent droit vers eux. S’ils restaient silencieux, ils étaient invisibles.
_ Abruti, j’espère pour toi qu’ils sont encore là.
_ Ouais, bon. On aurait dû prendre des lampes.
La chance était de leur côté et les deux inconnus les dépassèrent sans les voir puis bifurquèrent vers le tunnel obscur. John tapa sur le bras de David, lui faisant signe d’attaquer celui de gauche. Paniqué, David secoua frénétiquement la tête mais le regard qu’il reçut lui fit comprendre qu’ils n’avaient pas d’autre alternative. John mima un compte à rebours, tenant ses doigts devant la lumière, tout en s’avançant silencieusement vers leurs ravisseurs.
TROIS.
DEUX.
UN.
John joignit ses deux poings et les abattit de toutes ses forces sur la nuque de son adversaire. David, lui, préféra taper derrière les genoux, ce qui eu pour effet de faire basculer son ennemi sans l’assommer. Se rendant de son erreur, il lui sauta sur le dos et l’attrapa par la cagoule, lui frappant le crâne contre le sol à plusieurs reprises, tout en hurlant.
_AAAAAAAHHHH !
_ David ! Arrête ! Tu vas le tuer !
Hébété, ce dernier lâcha sa prise, qui retomba, inerte en émettant un bruit sec.
_ Faut pas traîner là ! Debout ! Dit John après avoir fouillé sa victime pour en retirer un trousseau de clés.
Ils se précipitèrent vers la sortie, ne ralentissant qu’au dernier instant pour s’assurer que la voie était libre.
Une porte rouillée leur barrait la voie mais après plusieurs essais infructueux, John parvint à trouver la bonne clé. Il entrouvrit prudemment la porte, laissant pénétrer un rayon de lumière et jeta un oeil de l’autre côté.
_ C’est bon, la voie est libre.
David le suivit, le regard vide, encore traumatisé de son expérience.

La pièce suivante était un bureau spacieux, éclairé d’une immense baie vitrée. Une table de conférence cernée de chaises en cuir prenait toute la longueur.
Soudain, à l’opposé, un siège pivota, laissant apparaître un homme en costume cravate, souriant.
_ Félicitations, messieurs, vous avez remporté l’épreuve haut la main.
John lança un regard à David, qui semblait aussi interloqué que lui.
_ Malheureusement, il n’y a qu’un poste de disponible et je ne peux pas vous embaucher tous les deux. Aussi…
Alors que tout devenait clair, John distingua un mouvement à la périphérie de son champ de vision et n’eut que le temps d’esquiver David qui se jetait sur lui. Ce dernier s’étala de tout son long. Afin qu’il se tienne tranquille, John posa son pied gauche sur son dos.
_ Félicitations, John Smith, votre sang-froid, votre esprit d’équipe et votre capacité à prendre de bonnes décisions sous pression vous ont permis de décrocher le poste. Veuillez me suivre pour signer votre contrat.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire