dimanche 9 janvier 2011

Le mythomane

_ Nous, cet été, on est partis à Calais au camping municipal. C’était pas mal, on a passé nos journées à jouer à la pétanque et à faire des jeux de société avec les voisins.
_ Ouais, ça doit être reposant.
Sophie, voyant que Gilles n’avait pas décroché un mot de toute la soirée, décida d’orienter un peu la conversation sur lui.
_ Et toi, qu’est-ce que tu as fait de tes vacances ?
Michaël leva les yeux au ciel avant de les reposer sur elle, l’air exaspéré, formant silencieusement de ses lèvres le mot « mytho »
Gilles s’éclaircit la voix, le sourire aux lèvres, avant de se lancer dans un interminable monologue.
_ Moi, cet été, je suis parti en antarctique, je voulais traverser la banquise. Alors je suis allé chez Avis, j’ai loué un attelage de chiens de traîneau et je suis parti à l’aventure.
Bon, il faisait un peu froid mais j’étais prévenu. Ca s’est plutôt bien passé les trois premiers jours, les chiens étaient sympas, même s’ils comprenaient pas toujours où je voulais aller. Et pis, c’est vrai que le paysage devient vite lassant, une fois que tu t’es fait à la neige et à la glace.
Par contre le quatrième jour, on avançait pas mal, les chiens avaient l’air en forme. A un moment, j’ai voulu tourner à gauche pour continuer vers l’Est mais les chiens voulaient pas alors je me suis servi du fouet, pour leur montrer qui c’est le chef de meute vous savez ? Après deux trois coups et quelques piaillements, ils ont bifurqués mais je sais pas, ça devait pas être assez épais ou quoi, le bleu de la glace s’est cassé et le cauchemar a commencé. Le traîneau s’est enfoncé direct sous l’eau, j’ai réussi à sauter sur le bord mais j’ai eu les pieds mouillés et tous les chiens se sont noyés. Je te raconte pas le bordel. Alors j’étais là, comme un con avec mes orteils tout bleus, debout au milieu de la banquise, sans tente sans habits.
_ allez c’est bon, arrêtes tes conneries, dis-le que t’as pas pris de vacances.
_ Non, Mick, laisse le continuer !
_ Ouais, laisse moi continuer, je m’en fous si tu me crois pas, je sais ce que j’ai fait. Donc, j’étais là sur la banquise et y a tout un groupe de manchots empereurs qui sont passés, alors, j’ai vu le film, je me suis dit, j’ai qu’à me mettre au milieu, comme ça j’aurais chaud. Bon, au début je me suis pris deux trois coups de bec mais ils ont fini par m’accepter. On a fait deux trois kilomètres comme ça, mais sans Emilie Simon, c’est moins drôle quand même et pis j’avais les pieds gelés, alors j’ai enlevé mes chaussures, je me suis massé les pieds un moment, et puis j’ai eu une idée, j’avais qu’à me faire des chaussons en manchots, tu les ouvres, c’est chaud à l’intérieur, et hop tu mets tes pieds dedans.
_ Oh non, c’est dégueu .
_ Tu m’étonnes, en plus j’ai dû en faire plusieurs avant de trouver ma pointure, je t’explique pas le combat. Enfin bref, une fois les pieds au chaud, je suis reparti, de toute façon les manchots s’étaient dispersés avec le bordel que j’ai fichu. J’ai marché un moment, c’est facile avec des manchots au pied parce que ça glisse tout seul, un peu comme le ski de fond. J’ai avancé un peu et je me suis rendu compte qu’un ours polaire me suivait, attiré par l’odeur du sang ou je sais pas, du coup j’ai accéléré un peu.
Du coup lui aussi. Je me suis dit qu’il allait pas tarder à me rattraper, alors j’ai eu une autre idée, y me restait une canette de coca dans la poche de ma veste, tu sais comme j’aime le coca, et pis j’avais vu dans une pub que les ours polaires adorent le coca, ils sirotent ça en famille et tout. Alors j’ai sorti la canette et j’ l’ai posée sur la glace, bien en vue et je me suis reculé un peu. Ca a pas raté, l’ours est arrivé, il a pris la canette, l’a regardée, et pis je sais pas, il a dû se dire que bobonne serait contente, il a fait demi-tour avec mon coca. Moi, j’étais comme un con je pouvais pas le laisser partir, c’était le seul truc qui me restait à boire alors je suis arrivé par derrière et je lui ai pété la nuque, tu sais comme Steven Seagal dans piège en haute mer. Après j’ai pris la canette et pis sa fourrure pour m’en faire un manteau.
Je me suis remis en route avant que d’autres ours arrivent, j’ai encore marché un bon moment et c’est là que j’ai vu un igloo, je t’explique pas le soulagement de pouvoir enfin retrouver le confort, le chauffage et tout. Y avait personne dans le jardin alors je voulais sonner mais y a pas de sonnette sur les igloos, tu savais ça ? Pis pas de porte pour frapper, rien. Alors bon je suis rentré comme j’ai pu par la petite porte à quatre pattes. Dedans y avait un esquimau. Au début, il m‘avait pas vu alors j’ai dit bonjour. Et il a sursauté, il s’est mis à hurler des mots tout bizarres, je captais rien. Je croyais que c’est parce que j’avais pas essuyé mes manchots sur le paillasson, je me suis excusé et tout, il a rien voulu savoir. Du coup, je me suis dit, autant aller droit au but, je lui ai demandé si je pouvais emprunter son téléphone pour appeler Avis. Mais là, il a sorti un fusil, avec le recul je comprends qu’il ait eu peur de moi, avec mes manchots aux pieds et mon ours sur le dos, plein de sang forcément. Enfin bon je suis sorti aussi vite que possible avant qu’il s’excite trop. Et je me suis cassé, tant pis, j’irais voir les voisins.
Et j’ai recommencé à marcher, pendant bien deux heures, jusqu’à ce que j’arrive à la côte. Et là, y avait un brise glace, c’est immense un brise glace. Je sais pas pourquoi ils ont besoin d’un bateau aussi gros pour faire ça alors que moi, j’avais réussi avec un bête traîneau, mais bon. C’est pas mon argent, c’est celui du contribuable du coin. Tu m’étonnes que les esquimaux se payent pas des maisons en dur.
Bon, donc, j’ai appelé, bougé les bras, tout ça, et pis ils se sont arrêté et ils m’ont pris sur leur bateau, filé des vêtements. Après on a mis du temps à rentrer mais l’équipage était sympa, on jouait aux cartes en buvant de l’alcool de phoque…
_ De l’alcool de phoque ?!!??
_ Gilles, tu devrais vraiment voir un psy.
_ Et voilà, j’en était sûr, dès que je veux discuter un peu, vous vous foutez de ma gueule. Puisque c’est comme ça, je vous raconterais pas ma descente de l’Amazone en pédalo.

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