dimanche 9 janvier 2011

Une journée pour faire le vide

Ce matin à 7h00, comme tous les jours, mon radio réveil a retenti dans mon oreille gauche ( je le mets toujours le près possible de mon oreille pour être sûr de l’entendre ).
Mais, pour un raison ou une autre, le flash info qui ne manque jamais de m’arracher le tympan ( le tympan gauche, bien sûr ) m’a aussi bouleversé le cerveau. Je sais pas, peut-être les guerres ou les élections, le chômage. Toujours est-il que la première chose qui m’est venue à l’esprit en ouvrant les yeux est : Aujourd'hui, c'est décidé, je n'irai pas travailler. J'ai vraiment mieux à faire.
Je me suis aussi dit que puisque cette journée était la mienne, un genre de petite fête nationale pour moi tout seul, autant bien la préparer. Je me suis donc lavé, rasé et j’ai enfilé mes habits du dimanche ( bien qu’on soit mardi ). Ensuite j’ai chargé toutes les pubs reçues dans ma boite aux lettres depuis un an ( je ramasse aussi celles des voisins des fois, quand elles traînent ) dans le coffre de ma voiture, un break fort heureusement. J’y ai également mis ma télévision et une hache.
Je suis allé me garer devant l’entrée de l’Intermarché, où je me suis délesté de toute cette paperasse superflue. Plusieurs personnes autour de moi ont applaudi, d’autres m’ont même aidé jusqu’à ce que le directeur du magasin arrive ( courageux les gens mais seulement dans l’anonymat ). Il m’a demandé ce que j’était en train de faire.
_ Voyez-vous, monsieur, je lui ai répondu, malgré l’autocollant sur ma boîte aux lettres, l’un de vos livreurs, dans un moment d’égarement, je n’en doute pas, dépose trois fois par semaine depuis un an, un monticule de publicité dans ma boite aux lettres. Je suis donc venu pour deux choses : d’abord vous prévenir à propos de votre livreur, peut-être devriez vous discuter avec lui parce que des moments d’égarement aussi fréquents sont peut-être précurseurs du syndrome d’Alzheimer. Un de ces jours, il risque de s’égarer pour de bon.
Ensuite, étant donné que je ne vais pas lire tout ça malgré l’intérêt certain que je porte à la littérature, je me suis dit que vous désireriez peut-être la redistribuer à des gens que ça intéresse.
Là, j’ai dit au revoir et je suis reparti sans attendre sa réponse, ou qu’il referme sa bouche béante.
La deuxième étape fut la place publique, mais se garer en plein centre ville à 9h du mat, c’est quasi impossible, le seul choix qui me restait était une place en zone bleue et je n’avais pas de disque de stationnement. Heureusement un couple de policiers faisait le tour des pare brises en verbalisant gaiement. J’ai donc fait mon créneau et suis parti les prévenir que je n’en avait que pour dix minutes, que j’avais des trucs à transporter et que je n’avais pas de disque.
Ce qu’ils m’ont répondu : C’est une zone bleue, ici monsieur, vous ne pouvez pas rester là sinon nous serons obligé de vous donner une amende.
Ce que je leur ai répondu : Vous ne voulez pas attendre dix minutes juste ? Si je ne suis pas revenu, je serais heureux de payer la prune.
Ce qu’ils m’ont répondu : Non, monsieur, c’est la loi, si vous n’avez pas de disque, c’est une amende.
Ce que je leur ai répondu : Rien, ça va pas non, j’avais trop les nerfs, je suis retourné à ma voiture.
Là, j’ai pris un single qui trainait depuis un moment dans la boite à gants et je l’ai posé sur le tableau de bord, NTM Nique la police, je sais pas si vous connaissez. Comme ça au moins, j’avais un disque, peut-être apprécieraient-ils l’attention. Ensuite, j’ai attrapé ma télé et je suis allé l’exploser à coups de hache sur la place publique. C’était jouissif. Là aussi, des gens ont applaudi ( dans ces cas-là, y a toujours au moins un con qu’applaudit ). J’étais content, c’était mon petit feu d’artifice. Puis je suis reparti.
Pas de prune sur le pare-brise, les flics devaient pas avoir fini leur ronde, tant mieux.
J’ai repris la voiture et en rentrant, il m’est venu une idée en plus d’une place de parking, du coup, j’ai décidé de me servir des deux. Parfois la vie vous offre des trucs, faut pas cracher dessus parce qu’après elle se vexe, et elle vous offre plus rien.
Une fois dehors, j’ai attrapé un gars au hasard et on a commencé à discuter.
_ Monsieur, je ne vous félicite pas !
_ Pardon ?
_ Oui, vous n’avez pas honte ?
_ Mais de quoi ?
_ Hé bien, des guerres, de la famine, du chômage, du réchauffement de la planète ?
_ Mais ce n’est pas de ma faute !
_ Ah si, il faut bien que quelqu’un soit responsable, on a eu une réunion hier avec le comité et aujourd’hui c’est vous le responsable. Demain, c’est quelqu’un d’autre mais aujourd’hui, c’est vous. Alors ? Qu’est-ce que vous comptez faire ?
_ Moi ? Mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Je n’y peux rien !
_ Ah, c’est facile, ça. Je ne peux rien faire, je suis tout seul, je n’ai aucun pouvoir, on ne peut rien y changer. Allons, on nous la fait tous les jours.
_ Ben, je sais pas moi, je vote ?
_ C’est déjà ça, mais ça ne résout pas tout.
_ Le covoiturage ? Aider mon prochain ?
_ Pas mal, vous me ferez le plaisir de militer aussi et de gronder un peu les gens qui polluent, et qui ne sont pas gentils parce que rappelez vous, c’est vous le responsable aujourd’hui, c’est sur vous que ça retombe.
_ Je…je vais essayer.
_ Bien, au revoir monsieur et faites moi le plaisir d’assumer un peu vos responsabilités.
_ Au…ben…au revoir.
Là-dessus, je suis remonté dans ma voiture et je suis rentré chez moi. J’ai lu un peu, puis vu, que j’ai plus de télé, j’ai regardé par la fenêtre, j’ai pas vu d’agression, pas de voitures qui brûlent, pas d’enfants qui meurent de faim. Juste des gens vaquant à leurs occupations. Ca m’a fait du bien.

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