samedi 22 janvier 2011

Les histoires des autres

Je me raconte des histoires. C'est pas nouveau, je l'ai toujours fait. C'est plutôt pas mal en fait comme truc, se raconter des histoires. Le problème est que parfois j'y crois.
Le problème quand je me raconte une histoire et que j'y crois, c'est que je ne sais plus que c'est une histoire.
Un peu comme un rêve où tout me paraît tout à fait normal.
Jusqu'à ce que je me réveille.
Je sais que je ne suis pas fou parce que tout le monde le fait. Je pourrais bien sûr argumenter que tout le monde est fou mais ça ne servirait à rien.
Parfois il se passe quelque chose...quelque chose de dur à vivre...quelque chose de pas facile...qui serait beaucoup trop à digérer d'un coup....trop....réel.
Alors je le décore un peu, j'embellis, je fais semblant de comprendre. En fait, il s'est passé ça parce que ça mais si j'ai fait ça, c'est parce que ça.
On peut parfois prendre un seul instant et en faire toute une histoire. Et ce moment, cet instant précis ou j'aurais préféré être ailleurs prend un sens. Les protagonistes deviennent les personnages principaux...avec des motivations...des raisons.
Parce que ça fait beaucoup moins peur quand ça a un sens.
Quand je regarde un film ou que je lis un livre, je sais, quand il se termine, que ce n'était qu'un film...ou un livre.
Quand c'est une histoire que j'ai créée moi-même, je suis au centre de l'action...j'y crois...Et c'est parfois très dur de me réveiller...Il n'y a pas toujours quelqu'un pour me pincer ou une sonnerie de réveil pour me tirer de là.
Et on le fait tous.
Prenons mon voisin, par exemple, qui descend du Nord Pas de Calais pour passer ses vacances avec sa femme.
Quand il passe toute la cour devant chez moi au râteau, il le fait parce que c'est tout à fait cohérent avec son histoire. Il a une raison de le faire. Une motivation. Mais c'est son histoire, il est à l'intérieur et n'a aucun recul sur elle.
Je pourrais moi aussi inventer des histoires pour comprendre pourquoi il fait ça. Je pourrais dire qu'il s'était engueulé avec sa femme ce jour-là, que l'atmosphère était si pesante dans leur petite maison de vacances qu'il a préféré sortir, qu'il a vu le râteau et s'est dit « Tiens, ça devrait m'occuper un moment ».
Ou peut-être que, dans le Nord, il faut toujours avoir une cour impeccable , que c'est signe de savoir-vivre, comme une pelouse bien tondue par exemple.
Mais tout cela n'en ferait pas mon histoire. Car si je devais me mettre à y croire, à chaque fois que je traverse la cour avec ma voiture, je devrais ensuite ratisser tous les petits cailloux pour les remettre à leur place.
On se raconte plein d'histoires. Certains se racontent des histoires qui font très peur, qui font très mal, des histoire qui paralysent, qui empêchent de vivre.
Parfois, un groupe entier de personnes croit à la même histoire et ils se la racontent ensemble. De temps en temps, une personne sort de l'histoire, se met sur le côté pour écouter, se rend compte qu'elle lui plaît toujours et reviens dedans, ou ce qu'elle entend ne lui plaît pas du tout, elle tente de prévenir les autres, de leur faire voir qu'elle va mal se terminer. Parfois sans succès.
Il est très difficile de montrer aux gens que ce ne sont que des histoires.
Je me suis rendu compte que la meilleure manière de le faire est de leur demander de me la raconter. J'écoute. Je pose des questions. Certaines histoires sont fascinantes. Je cherche à tout savoir sur l'histoire. Et ci ? Et ça ?
Et parfois, au bout d'un moment, la personne qui me raconte son histoire se rend compte qu'elle ne tient pas debout. Qu'il y a un trou énorme dans le scénario. Parfois elle se met à rire, parfois elle se met à pleurer. Parce que ça fait toujours quelque chose de se rendre compte qu'on vivait dans une histoire.
Ca a l'air tout con comme ça. Ca a l'air facile.
Mais il m'est souvent arrivé de tomber sur des gens très forts pour raconter des histoires. Des gens à qui je tenais. Des gens qui m'étaient chers.
Et comme quand on oublie qu'on est en train de rêver...j'ai oublié que c'était leur histoire. J'ai perdu mon recul. J'ai commencé à croire à l'histoire. Pire que ça, je voulais faire partie de leur histoire. Elle me plaisait. J'en suis devenu un personnage et je les laissais narrer mon rôle dans leur histoire. Ils racontaient si bien. Je me suis perdu. J'essayais d'agir comme mon personnage était censé le faire.
Et croyez moi, certaines histoires ne sont pas drôles. Certaines personnes sont capables de se raconter un véritable enfer et il ne fait pas bon devenir un personnage de cet enfer.
Mais ça fait aussi partie de mon histoire à moi ça.
Et pour être sûr que le scénario tient bien debout, je vais continuer à la raconter.
Aussi, je voudrais être le seul à décider de mon rôle dans cette histoire. Parce que je suis le seul à la connaître en entier.

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